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mercredi 19 août 2026

L'adolescence du perroquet


Résumé : 
« L'amour n'est pas un dû. »

L’histoire est celle d’Alban, orphelin de 17 ans, et de Joe, un perroquet. Alban est transi d’art et passe ses journées au Louvre, avant de trouver un travail de chroniqueur à la radio.

Un jour, il hérite de Joe, un gris du Gabon loquace, qui ne supporte pas la solitude, en proie à la dépression. Quand Alban fait la rencontre de deux femmes, le quotidien du garçon et de l’animal bascule.

Mon avis : 
Fidèle à son rendez-vous de la rentrée littéraire, Amélie Nothomb livre avec ce 35e roman une fable aussi singulière que déconcertante. On y retrouve sa plume inimitable, ce style à la fois vif, ironique et profondément humain qui fait tout le charme de son écriture. Pourtant, si la forme séduit, le fond laisse plus perplexe.

L’histoire met en scène Alban, un homme solitaire et passionné d’art, qui recueille un jeune gris du Gabon prénommé Joe. De cette rencontre improbable naît une relation complexe, presque fusionnelle, où l’oiseau devient bien plus qu’un animal de compagnie : un miroir, un confident, un enfant de substitution. À travers cette relation, Nothomb explore les thèmes de l’amour, de la solitude, de la parentalité et de la communication, avec cette touche d’absurde qui la caractérise.

Le problème, c’est que cette métaphore animalière, bien qu’originale, peine parfois à convaincre. La relation entre Alban et Joe, aussi intelligente soit-elle, frôle souvent le farfelu. Certes, l’idée d’évoquer les dynamiques familiales et les relations affectives à travers le prisme d’un perroquet est audacieuse, mais elle reste un peu trop artificielle pour créer un véritable attachement émotionnel. On admire la virtuosité de l’autrice, on sourit à ses trouvailles, mais on ne vibre pas vraiment.

En somme, L’Adolescence du perroquet est un roman typiquement nothombien : brillant, malicieux, mais qui ne touche pas autant qu’on pourrait l’espérer. Une lecture agréable pour les inconditionnels de son style, mais qui ne restera probablement pas comme l’un de ses meilleurs titres.

mercredi 29 avril 2026

Dans la jungle


Résumé :
Aurélie et Arnaud ont construit la vie dont ils rêvaient : deux enfants, une jolie villa, des vacances à la mer et à la montagne. Pourtant, un soir d'été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider. Le récit remonte leur histoire : la rencontre, le mariage, la mise en place du quotidien puis le malaise qui s'insinue chez Aurélie, la jalousie d'Arnaud et la tension qui monte.

Mon avis : 
Dans la jungle d’Adeline Dieudonné est une vraie claque.
Avec une écriture toujours aussi tranchante, l’autrice parvient à installer un malaise profond à partir de presque rien. Quelques scènes, disséminées dans le temps, suffisent à faire émerger une relation toxique, insidieuse, presque étouffante. C’est d’une précision redoutable, et émotionnellement très juste.

C’est d’ailleurs là que je reste un peu sur ma faim : cette construction fragmentée donne une vision parcellaire du couple. J’aurais aimé une continuité plus marquée, pour m’attacher davantage, pour plonger plus profondément dans leur histoire.
Mais malgré cette réserve, difficile de ne pas être emporté. Le roman est intense, dérangeant, et surtout profondément touchant.

Et cette fin… glaçante, brutale, presque terrifiante. Elle vous reste en tête longtemps après la dernière page.

lundi 8 septembre 2025

Tant mieux


Résumé : 
« Tant mieux : la version joyeuse du sang-froid »
Amélie Nothomb
Pour la première fois, après son père dans Premier sang (2021) et Psychopompe (2023), Amélie Nothomb évoque sa mère, et le lien singulier qui les unissait.

Mon avis : 
C'est le rendez-vous incontournable que je ne manque jamais : tous les ans, a la fin du mois d'aout, est publié un nouveau roman d'Amelie Nothomb. Je dois quand même confier qu'il y en a certains que je n'ai pas aimé, voir même détesté mais celui-ci est formidable.

Amélie Nothomb raconte l'enfance de sa mère jusqu'à son mariage avec son père. Et quelle enfance : avec une grand-mère tueuse de chats ! Dis comme ca, ca peut faire sourire mais c'est surtout complètement dingue.

C'est un récit autobiographique, vraiment bien écrit, romanesque, farfelu bref un excellent Amélie Nothomb. La dernière partie est très différente, plus personnelle mais tout aussi réussite. Elle tisse les liens sur sa propre personne et comment sa mère et ses parents en général l'on aidait a se construire. Une sorte de bilan que j'ai beaucoup aimé. C'est déroutant, car ca crée une cassure dans le rythme du récit mais c'est une jolie conclusion. 

Vivement l'année prochaine.

vendredi 15 août 2025

Célestine


Résumé : 
Années soixante, quelque part dans la France profonde. Célestine, orpheline dès sa naissance, est élevée par de lointains parents qui n'avaient jamais voulu d'enfants. Dix-sept ans plus tard, l'adolescente se retrouve devant la Cour d'assises des mineurs. Mais que s'est-il donc passé pour que la ravissante et douce Célestine, dont l'avenir était plus que prometteur, soit jugée pour un crime dont tout semble l'accuser ?

Mon avis : 
Un récit très court mais incroyablement intense qui nous plonge dans la jeunesse de Célestine dans les années 1960 dans un petit village Français. 

On éprouve beaucoup de tristesse et de colère pour tous ses adultes qui lui font du mal dans ses plus jeunes années. La fin est dure, choquante et au fil des pages, on sent le drame se rapprocher dangereusement. 

dimanche 20 juillet 2025

Une drôle de fille


Résumé : 
Rien de plus paisible que la Maison Borj, boulangerie d'une petite ville de province belge à la fin des années 1950. Un foyer sans histoire, deux adolescents charmants, un commerce florissant : les Borj ont tout pour être heureux. Avec générosité, ils acceptent de prendre Josée, une orpheline de guerre, en apprentissage. Une drôle de fille, cette Josée. Épileptique, pratiquement illettrée, mais pourvue d'un don d'autant plus émouvant qu'elle n'en a aucune conscience : elle chante divinement.
Comment imaginer qu'une jeune fille aussi innocente puisse devenir celle par qui le malheur et la ruine vont s'abattre, telle une tornade, sur cette famille en apparence si harmonieuse ?

Mon avis : 
Un vrai coup de cœur pour ce magnifique roman qui se déroule dans une petite ville de Belgique dans les années 1950. On fait la connaissance de la famille Borj qui tient une boulangerie. Monsieur fait le pain et les gâteaux, madame les vend et tient la caisse et leur deux enfants adolescents vont a l'école. C'est une famille normale et bien intégré au village. Ils décident de prendre Josée comme apprentie, c'est une jeune orpheline qui a perdue ses parents durant la Seconde Guerre Mondiale. La jeune fille, innocemment va semer la zizanie dans la famille et dans le village. 

J'ai adoré l'atmosphère du récit, les années 1950 superbement décrites, l'ambiance de ce village ou tout le monde parlent, lance des rumeurs et ou malgré tout, il y a toujours quelqu'un qui a un secret enfoui, pres a exploser.

J'ai beaucoup aimé Josée, qui m'a fait de la peine parfois par son innocence. Elle ne voit pas le mal que les adultes autour d'elle lui font subir. Ruben est aussi un personnage attachant, un peu ours mais qui finalement se fait marché sur les pieds par les femmes de la maison (son épouse mais aussi sa propre fille). 

L'écriture d'Armel Job est magnifique et je suis ravie d'avoir découvert cet auteur. J'ai hâte de lire un autre de ses romans. 

dimanche 30 mars 2025

Le train de Venise


Résumé :
"Pourquoi toute l'image était-elle centrée sur sa fille ? Cela le gênait un peu, ou plutôt c'est après surtout qu'il y pensa, une fois le train en marche. Et encore ne fut-ce, en réalité, qu'une impression fugace, née au rythme du wagon et aussitôt absorbée par le paysage.
Pourquoi Josée et non sa femme ou son jeune fils, alors qu'ils étaient groupés tous les trois dans la moiteur du soleil ?
Peut-être parce que la silhouette de sa fille, dans une gare, debout devant un train en partance, était plus incongrue ? Elle avait douze ans ; elle était grande et mince, les jambes et les bras encore grêles, et les bains de mer, le soleil de la plage avaient donné à ses cheveux blonds des reflets argentés."
À son retour de vacances, Justin Calmar croise un voyageur dans le train. Celui-ci lui confie une étrange mission.

Mon avis : 
Excellent roman de Georges Simenon, qui nous entraine dans une aventure folle. 

Justin Calmar rentre un peu plus tôt que sa famille a Paris après des vacances a Venise. Dans le train, il rencontre un homme qui lui demande de lui rendre un service : récupérer une mallette a la consigne de la gare de Lausanne et d'aller la déposer chez une femme. Mais arrivé sur place, tout ne se passe pas comme prévu, et il rentre a Paris avec cette fameuse mallette. Cette dernière et surtout son contenu va devenir une obsession, pendant des mois, et peu a peu le rendre fou.

J'ai vraiment adoré ce roman d'abord pour sa construction, avec des personnages intéressant, l'homme du train qui est un vrai mystère, notamment. Justin est un anti-héros par excellence, homme vraiment banal, ennuyeux qui va devoir ruser et mentir comme jamais. 

Le roman a un peu vieilli mais ca n'a pas gêné ma lecture, au contraire, j'ai aimé me plonger dans cette époque ou on s'informait en achetant le journal au kioske a journaux, ou on changeait son argent au bureau de change, ou on fumait partout et ou les voyages se faisaient en voiture ou en train pendant des heures.

mercredi 21 août 2024

L'impossible retour


Résumé : 
"Tout retour est impossible, l'amour le plus absolu n'en donne pas la clef."

Mon avis : 
Comme chaque année, je me plonge dans le nouveau roman d’Amélie Nothomb et j’ai vraiment aimé L’impossible retour. Elle raconte ici, son voyage au Japon avec son amie Pep en mai 2023.

Leurs aventures sont drôles mais aussi pleine de nostalgie. Amelie se confie, raconte ses souvenirs (d’enfance mais aussi dans la vingtaine), parle de son père décédait.

Elle arrive à merveille à écrire une énième autobiographie, à nous plonger dans le Japon qui est déjà présent dans plusieurs de ses livres sans jamais que l’on s’ennuie une minute. Certes, elle a un égo démesuré mais c’est aussi ce qui fait son charme et pourquoi on l’aime.

En revanche, comme toujours le livre est malheureusement bien trop court, deux heures dans sa version audio. J’espère qu’un jour, elle écrira un roman plus long car maintenant, il faut attendre une nouvelle année avant le prochain livre.

mercredi 14 août 2024

Comme si de rien n'était


Résumé : 
Dans l’existence d’Adèle, chaque chose est à sa place, toujours. Elle règne sur sa vie, parlemente avec le destin, orchestre le hasard qu’elle a appris à dompter mais qui – elle ne le sait pas encore –, est sur le point de lui exploser au visage.

À la sortie du cours de musique de son fils, elle rencontre le nouveau professeur de solfège, Hugues Lionel. Leurs regards se croisent. Lui, semble troublé et dit la reconnaître. Qui est cet homme, et pourquoi l’appelle-t-il Marie ?

Contrairement à Adèle, chez Hugues rien n’est sous contrôle, et le retour de cette femme qu’il pensait ne jamais revoir pourrait être le cadeau de la vie qu’il attendait depuis si longtemps. Quand bien même cette dernière prétend ne pas le connaître…

On peut tous se rassurer par de petits arrangements avec la vie, avec les erreurs du passé, avec ce que l’on n’aurait jamais dû voir ni même entendre. Mais peut-on indéfiniment faire comme si de rien n’était ?

Mon avis : 
Barbara Abel, la reine du thriller belge est de retour avec un nouveau roman et comme ses précédents livres, celui-ci se lit très vite. On est pris dans le suspense et l’on suit deux personnages : Adèle, mari a Bertrand et mère de famille et Hugues, professeur de musique. Lorsqu’il croise Adèle, il l’interpelle et l’appelle Marie. Pourquoi ? Vous ne le saurez qu’en lisant ce roman.

J’ai beaucoup aimé Hugues, son parcours, ses questions sur la paternité, sur la filiation et les secrets que l’on ne confie pas toujours à ses enfants. Adèle m’a moins plu et après ma lecture, je ne sais toujours pas cerner son personnage. Est-elle une victime ou une manipulatrice ?

Je ne m’attendais pas du tout au twist final, pourtant j’aurais du m’en doutais car c’est un classique de l’auteure. C’est une bonne lecture mais pas a la hauteur de Derrière la Haine.

lundi 18 décembre 2023

Psychopompe


Résumé : 
"Ecrire, c'est voler"

Mon avis : 
Comme tous les ans en aout, je m’empresse d’acheter le dernier livre d’Amélie Nothomb. Mais depuis plusieurs années, je suis déçue par ses romans. J’ai donc attendu décembre pour ouvrir Psychopompe et oser débuter ma lecture. Et verdict, ce n’est pas le meilleur mais certainement pas le pire.

J’ai vraiment aimé la premier partir avec en ouverture ce conte japonais très beau. L’enfance d’Amélie m’a fait rêver (soyons honnête, elle vient d’une famille riche et privilégiée) avec toutes ses descriptions des pays ou elle a vécu. C’est un livre très plaisant, jusqu’au viol dont elle est victime.

Ensuite le livre change : trop de métaphores, trop d’ésotérisme, de Dieu et d’oiseaux pour moi. JE n’ai pas compris qu’elle était le message qu’elle souhaitait faire passer à ses lecteurs, tantôt on se sent désolée pour elle, tantôt le livre est clairement narcissique.


mardi 7 février 2023

Duelle


Résumé : 
Abandonnée par sa mère à la naissance, Lucy a néanmoins vécu une enfance heureuse au sein de sa famille d'adoption. Aujourd'hui, elle mène une existence sans histoire entre son mari et leurs deux enfants. Mais le jour où l'équipe de Devine qui est là ? frappe à sa porte, son destin bascule. Il s'agit d'une émission de télé-réalité qui se propose de réunir ceux que la vie a séparés. Lucy n'a aucun doute sa mère biologique cherche à la retrouver. Elle a quinze jours pour se préparer à cette rencontre. Quinze jours d'excitation, d'angoisse et d'appréhension. Mais au fil du temps, la jeune femme n'est plus sûre de rien... Et s'il s'agissait de quelqu'un d'autre ? La confrontation aura bien lieu, surprenante, inattendue, qui fera éclater un bouleversant secret, conduisant Lucy aux confins de l'enfer, là où le rêve devient cauchemar.

Mon avis : 
Duelle : Non, Non et Non.

Lucy a été abandonné à la naissance et lorsque qu’une émission de télé la contacte pour retrouver une personne de son passé, elle pense tout de suite à sa mère. En réalité, elle découvre qu’elle a une sœur jumelle.

La suite, je l’ai trouvé terriblement prévisible. C’est un roman qui se lit très rapidement, la tension monte progressivement mais il n’y a aucune surprise. Les jumelles échangeant leur place, ce n’est pas original. Angèle et sa folie, on la devine dès les premières pages tout comme Lucy et sa famille parfaite qui n’est qu’une façade encore une fois rien d’original.

Je ne garderai pas un souvenir mémorable de ce roman et ne le recommanderais pas. Le duelle tant attendu n’est pas aussi palpitant que le titre peut le laisser penser et je ne parle pas de la fin qui m’a extrêmement déçue. Dommage.

lundi 11 avril 2022

Les fêlures

Résumé : 

Qui est le véritable meurtrier d’un être qui se suicide ?
Lorsque Juliette se réveille après que Roméo l’a crue morte et qu’elle se rend compte que son amour s’est donné la mort de désespoir, elle lui offre un dernier baiser avant de se tuer avec le poignard de celui qu’elle a tant aimé.
Quand Fanny, l’héroïne du nouveau roman de Barbara Abel, ouvre les yeux, malgré le chaos qui règne dans sa tête, elle sait qu’elle ne devrait plus être là. Pourtant l’histoire de Fanny sera tout aussi tragique que celle de Juliette.
Martin et elle formaient un couple parfait, fusionnel. Et puis un matin on les a retrouvés dans leur lit, suicidés. Si Fanny s’est réveillée sauvée mais mutique dans une chambre d’hôpital, Martin lui, n’a pas eu sa chance... ou sa malchance. La sidération est totale, pour Fanny et pour leurs proches. Comment expliquer la folie de leur geste ? Comment justifier la terrible décision qu’ils ont prise ? Celle de partir là d’où on ne revient jamais…
Fanny va devoir s’expliquer devant deux belles familles qui se déchirent, et bientôt devant la police, car ce suicide en partie raté ne serait-il pas en réalité un meurtre parfait ? Ce couple amoureux, était-il si uni, si complice et véritablement sans histoire ? Que savons-nous réellement de ce qui se passe au sein d’un couple ? Que savons-nous réellement de ce qui se passe au sein d’une famille ? Que savons-nous des fêlures de chacun ?
Qui est le véritable meurtrier d’un être qui se suicide ?
Lui, sans doute.
Et puis tous les autres, aussi.

Mon avis : 


Il y a longtemps que je n’avais pas lu un roman de Barbara Abel et je suis contente d’avoir retrouvé l’auteure avec ce très bon roman.

Tout d’abord le scenario est intriguant : Roxane et Martin commettent une tentative de suicide alors qu’’aux yeux de tous ils étaient un couple uni et soudé. Martin meure alors que Roxane survit. Mais s’agit-il vraiment d’une tentative de suicide ou Roxane a-t-elle voulait assassiner Martin ?
L’auteure joue vraiment avec nos nerfs et l’on se pose une tonne de questions aux fils des pages. Le suspense est omni présent et une fois commence il est difficile de poser le roman. On a envie de savoir…

Les personnages sont absolument bien décrits, ils sont tous profonds et torturés. Les relations de couples, mère-filles, mère-fils, ou entre sœurs sont travaillés à la perception et l’on voit les damages qui peuvent survenir à l’âge adulte lorsque l’on a souffert dans l’enfance.

J’ai beaucoup aimé Odile, je ne sais pas si c’est parce que je suis mère mais je me suis attachée a elle. C’est pourtant un personnage secondaire mais pour finir elle a un gros impact sur cette histoire. Je suis toujours touchée par ces mères qui font leur possible mais qui sont finalement humaines et non parfaites.

Le roman est très bien construit : des chapitres courts qui alternent entre présent et passé et qui rythme le récit.

C’est encore une belle découverte et je n’attendrai pas longtemps pour me replonger dans un roman de l’auteure.






Extraits :

En regardant autour d’elle, Garance se dit que la mort doit ressembler à ça : une étendue sans fin, sans limite, sans mesure. On a beau marcher, avancer droit devant soi ou même tourner, retourner, contourner, quelle que soit la direction que l’on prend, on a la sensation de faire du surplace. Parce que tout est toujours pareil. Rien ne change, ni à proximité, ni à l’horizon. Et pourtant on avance. Malgré soi. Parce que rester là où l’on est n’a aucun sens. Même si avancer n’a plus de sens, puisqu’il n’existe aucune direction, pas de droite, pas de gauche, et d’ailleurs par rapport à quoi ? Aucun chemin, aucune route. Pas de départ, pas d’arrivée.



Depuis hier, elle négocie avec son chagrin. C’est le mieux qu’elle puisse faire pour l’instant. Elle parvient ainsi à diluer la violence du deuil. Le pouvoir n’est pas l’absence des sentiments. Le pouvoir, c’est leur maîtrise totale.




Le problème, avec les suicidés, c’est que le bourreau et la victime ne sont qu’une seule et même personne. Impossible de condamner l’un pour pouvoir pleurer l’autre.

lundi 11 octobre 2021

Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 2 : À Knokke-le-Zoute !

Résumé : 

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague...
Enfin les vacances, direction Knokke-le-Zoute ! Le peintre Magritte et sa femme Georgette se préparent à savourer les plaisirs de la côte belge : promenades en cuistax, croquettes de crevettes et moules-frites. Mais avant ça, ils profitent de la plage, bien installés dans leur transat. Un peu plus loin, les aboiements de leur chienne Loulou sonnent la fin du farniente. En grattant dans le sable, elle a déterré une main. Une aubaine pour René et Georgette qui vont se livrer à leur plaisir secret : traquer le meurtrier.

Mon avis : 

René et Georgette m’ont tellement plu lors de notre première rencontre que j’ai voulu lire immédiatement la suite de leurs aventures.

On quitte Bruxelles pour la côte belge où les Magritte prennent quelques jours de vacances. C’est aussi l’occasion pour eux de mener l’enquête sur la disparition d’une femme qui très vite est suivie par la mort de son mari.

Encore une fois, je me suis régalée avec cette enquête. Difficile à dire si j’ai préféré le premier ou second tome. En tout cas, l’enquête est prenante, l’auteurs nous entraine sur de fausses pistes et pendant les ¾ du livre on se demande vraiment où l’on va. Et puis les pièces du puzzle s’emboitent et la résolution de l’enquête est à la hauteur de nos attentes.

Concernant les personnages, je les ai trouvés encore plus attachants ici car il y a beaucoup moins de personnages secondaires puisque notre couple est loin de chez eux. Dans le premier tome, René ramenait les informations pêchées au café ou lors de ses rencontres et Georgette faisait preuves de déductions. Ici, on est plus sur une enquête classique. Et si le procédé est différent les deux tomes sont vraiment prenants.

J’ai beaucoup aimé croiser du beau monde belge, après une rencontre avec Jacques Brel dans le premier tome, on fait la rencontre de Hergé dans celui-ci. Il me tarde de lire la suite te j’espère que de nombreux tomes verront le jour.

Nadine Monfils nous entraine dans son pays, nous le fait vivre grâce à ses personnages, son histoire, sa culture et sa gastronomie et je ne m’en lasse pas. Il faut dire que le récit est truffé d’humour, les dialogues sont vraiment très drôles et l’on savoure chaque page.



Extraits : 

— Rien de tel que l’iode pour se requinquer, avait décrété Georgette.
Chaque fois qu’ils allaient à la côte, ils séjournaient au même endroit, à l’hôtel de la Plage donnant sur la mer. C’était un hôtel chic mais familial et on s’y sentait comme chez soi. Georgette aimait beaucoup parce qu’on lui lançait du « madame Georgette » à tout bout de champ : « Tout va bien madame Georgette ? Besoin de rien madame Georgette ? », et que le personnel se souvenait de son prénom d’une année à l’autre. Elle faisait en quelque sorte partie de la famille ! René y retrouvait le tic-tac rassurant des pendules et le décor qui faisait penser aux salons de thé des vieilles ladies ou de Miss Marple. Tasses en porcelaine décorées de roses, buffet en bois foncé et fauteuils confortables recouverts de chintz. Ici, il était aussi à l’aise que dans ses pantoufles malgré le parfum de luxe que laissaient derrière elles les veuves argentées à la peau ridée par le soleil. Le personnel était aux petits soins pour la clientèle et voltigeait d’une table à l’autre, telles des mouches affairées soucieuses de satisfaire les moindres désirs et caprices de ces messieurs-dames. Le must est que leur chienne Jackie, qu’ils appelaient affectueusement Loulou, avait sa gamelle en faïence et quelques douceurs de bienvenue.
La chambre était dans le style du reste, avec une armoire flamande en chêne et un lit recouvert d’une parure fleurie assortie aux tentures. Chaque fois que René se trouvait dans un endroit où il se sentait bien, il avait coutume de dire : « On est ici comme dans un presbytère. »



Une fois leur valise déballée et les vêtements légers rangés dans l’armoire, les Magritte descendirent à la salle à manger, située dans une grande rotonde d’où on voyait la mer.
Au menu : croquettes de crevettes, bisque de homard et moules avec des frites, bien sûr ! Et pour accompagner ces délices des fonds marins, un petit chablis dont vous me direz des nouvelles.




- René, y a quelque chose de pas net, je le sens…
Au loin, la mer grondait comme si elle annonçait une tempête.




- […] Me dis pas que tu n’as pas une idée derrière la tête…
Georgette regarda son mari avec ses grands yeux bleus et lui adressa ce petit sourire énigmatique qu’il connaissait bien et qui lui annonçait que les vacances n’allaient pas de tout repos.




La mer c’est toujours magique. Ce sont les vagues violettes et leurs éclats d’émeraude qui déposent sur le sable nos souvenirs d’enfance. Des couleurs, des odeurs, le sel marin, le parfum sucré des beignets et celui des ballons en caoutchouc. Les halls des hôtels encombrés de malles. Les cris des enfants qui ont peur de l’eau et de ceux qui s’y éclatent en s’éclaboussant. Ou encore ces pêcheurs de crevettes avec leur filet… Les femmes en maillot, le regard attentifs des mères, les gosses qui creusent leurs rêves et font des châteaux de sable. Est-ce si différent lorsqu’on devient adultes ? Magritte se disait que les emmerdants, les gens creux, sont ceux qui ont oublié que tout ce que l’on construit n’a pas plus d’importance que les châteaux de sable de notre enfance. Tout est éphémère. Seul compte le plaisir de l’instant.





- Si tu veux mon avis, a l’heure qu’il est, cette journaliste est sur un yacht en compagnie d’un milliardaire.
- Tu vois trop de films, René !
- Vu le rastaquouère qu’elle a épousé, ça doit être le genre à suivre un vieux plein de pognon. Ces gens-là ne m’intéressent pas.
- Ah non ? Pourtant elle parle de ta fresque au casino…
Georgette lui tendit le magazine en pointant du doigt un passage ou la journaliste faisait son éloge, le qualifiant de « plus grand peintre belge, qui fait parler les images pour traduire la pensée, et qui utilise la peinture pour penser et non pour s’exprimer ». Elle terminait son article par « ne manquez pas d’aller admirer les œuvres de ce génie au Grand Casino de Knokke. »
- Finalement, je crois que tu as raison mon p’tit poulet, conclut Magritte en lui rendant sa revue. Cette dame mérite qu’on s’intéresse à ce qu’elle est devenue.
Georgette sourit, Même s’il s’en défendait, clamant qu’il n’aimait pas qu’on lui cire les pompes, René n’était pas insensible aux compliments. En plus venant d’une jolie femme, car sur la photo trouvée sur son défunt mari, Daisy ressemblait à une star de cinéma. Si elle n’avait pas disparu, Georgette en aurait été jalouse.

mercredi 6 octobre 2021

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 1 : Nom d'une pipe !


 Résumé : 

C'était au temps où Bruxelles bruxellait...
À l'arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau. Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d'amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe.

Mon avis :

Je découvre Nadine Monfils avec ce titre et je n’ai qu’un seul regret : ne pas avoir lu un de ses romans avant.

Nom d’une pipe est le premier tome d’une saga qui met en scène un couple emblématique : René et Georgette Magritte. Tous deux se plongent dans une enquête en se déclarant détectives. Si j’ai douté de leur capacité dans les premières pages, j’ai très vite été épatée par la suite. Georgette est incroyablement douée, dotée d’un esprit de déduction impressionnant, qui ferait pâlir Sherlock Holmes. René est attendrissant, vraiment malin et bluffant dans sa capacité à s’introduire chez les gens aux risques de découvrir de mauvaises surprises. C’est un couple incroyablement amoureux et tellement mignon.

Bonne surprise également coté enquête parce que pour un cosy murder, l’intrigue se révèle être bien plus profonde qu’elle n’y paraît au premier abord. Deux femmes sont assassinées et toutes deux avaient un admirateur secret qui leur envoyé des mots doux dans des enveloppes bleues. Qui se cache derrière ses meurtres ? Un mari ou amant jaloux ? L’intrigue se révèle un peu plus compliquée que cela et après quelques retours dans le passé, les pièces du puzzle viennent s’emboiter à merveille avec une fin de roman très prenante.

J’ai été transporté grâce à l’ambiance bruxelloise très agréable. Bruxelles et la Belgique en général est un pays que j’aime beaucoup. J’y ai retrouvé cette ambiance si chaleureuse, ses bistrots emblématiques, sa gastronomie délicieuse. Certains diront que l’on tombe dans certains clichés mais cela ne m’a pas dérangé du tout bien au contraire.

Je suis impressionnée par l’imagination débordante de l’auteure : mettre en scène un couple célèbre, se documenter sur leur vie et les faire revivre sous nos yeux ce n’est pas facile mais Nadine Monfils relève le défi avec brio. Son humour est très appréciable et j’ai très souvent sourit voire carrément ri lors de certains passages. Et puis, elle arrive même à nous faire vivre une scène incroyable avec Jacques Brel et sa rencontre fictive avec Magritte.

Un premier tome vraiment incroyable, qui annonce une série passionnante. Il me tarde de lire la suite.





Extraits : 


Jeanne, la gouvernante qui s’occupait de ses frères et lui a la mort de sa mère, leur avait expliqué que les pensées tricotent les choses. Que quand on a des idées noires, on les provoque dans la réalité. Elle avait du tellement souhaiter devenir la femme de leur père veuf qu’il avait fini par l’épouser ! Il faut dire qu’elle était belle et avait de l’allure avec ses chapeaux cloche, son grand manteau noir en poils de singe et ses hauts talons. Côté vertu, en revanche, elle n’avait pas le cul dans un bénitier…




Elle arborait un sourire mystérieux et ses collègues s’en étaient aperçus. Ils la charriaient par des « Oh, elle est amoureuse ! ». Madeleine restait silencieuse. Un secret, ça vous donne du charme et vous rend belle.




Comme disait une de ses collègues : « Vaut mieux épouser la sécurité. L’amour est un jeu de dupes dont personne ne sort gagnant. Et puisque, souvent, la plupart des hommes meurent avant leur épouse il te restera suffisamment de pognon pour mener la belle vie et aller rigoler sur la tombe de ton vieux crétin. »




Il était convaincu que l’art, le vrai, n’a besoin d’aucune explication. Il se suffit à lui-même. Ceux qui entourent une œuvre de mots comblent le vide qu’elle cache en cherchant à faire illusion. Seuls les esprits creux sont dupes.

mercredi 25 août 2021

Premier sang


 Résumé : 

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. » Amélie Nothomb


Mon avis : 

Une rentrée littéraire sans un nouveau roman d’Amelie Nothomb c’est comme un été sans soleil. Et comme chaque année, je suis au rendez-vous et ce roman m’a beaucoup plu.

Amélie se glisse dans la peau de son père pour lui rendre un très bel hommage. Elle nous raconte, a la première personne du singulier, son enfance, adolescence et ses premières années en tant que diplomate où il est pris en otage au Congo.

On parle souvent de l’humour britannique mais on oublie à quel point les Belges sont très forts dans ce domaine. Car ce roman, malgré la récente disparition de Patrick Nothomb, est truffé d’humour. On sourit et même parfois rit franchement des péripéties du jeune homme. On comprend aussi bien mieux le coté déjanté de l’auteure face a cette famille hors du commun.

Le style si particulier de l’auteure et les thèmes qui lui sont chers notamment l’enfance de Patrick tiennent une place très importante dans le livre. Elle analyse comment son père s’est forgé en tant qu’homme et diplomate et nous livrant cette enfance parfois, voir même souvent difficile.

En revanche, comme toujours le roman est beaucoup trop court. Lu en à peine deux heures, il va falloir à nouveau attendre aout 2022 pour un nouveau roman. 




Extraits : 

Chaque fois que je ne craignais pas de le déranger, je prenais André contre mon cœur. Le mystère renaissait à chaque étreinte : un gouffre d’amour, aussi vide que plein, me déchirait la poitrine. C’était une gigantesque interrogation : la paternité était ma vocation, je le sentais et, pourtant, je n’avais aucune idée de ce en quoi elle consistait.
Je comptais sur le bébé pour me l’enseigner.



Un diplomate ne part pas aussitôt à l’étranger. Il passe d’abord deux ans à travailler au ministère des Affaires étrangères, histoire d’apprendre qui seront ses interlocuteurs pendant les quarante années à venir.


Dans les années 50, ces milieux, en Belgique, étaient aussi codifiés que la cour de Henri III. Je dus attendre que Danièle ait dix-huit ans et « fasse son entrée dans le monde » pour la courtiser de manière officielle.


De ce que j’avais connu en six années et demie d’existence, ces vacances de Noël furent ce qui ressemblait le plus au bonheur. Les jours passés à patiner sur le lac blotti dans la forêt ou à fouler la neige des chemins m’éblouissaient sans relâche. Appartenir à une bande d’enfants ne cessait de m’exalter.


Les quatre heures de train me parurent féeriques. À mesure que nous nous enfoncions dans les Ardennes, l’épaisseur de la neige augmentait. La forêt supportait un tel poids de blancheur que certains arbres baissaient les bras, comme moi avec ma valise.


Deux années plus tôt, il avait épousé Claude, ma mère. C’était le grand amour comme on le vivait en cette Belgique des bons milieux qui évoque si singulièrement le dix-neuvième siècle : avec retenue et dignité. Les photos montrent un jeune couple se promenant à cheval en forêt. Mes parents sont très élégants, ils sont beaux et minces, ils s’aiment. On dirait des personnages de Barbey d’Aurevilly.

mardi 1 juin 2021

Frappe-toi le coeur


 Résumé : 

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset

Mon avis : 

Frappe-toi le cœur, un roman d’Amélie Nothomb, du cru 2017, que je n’avais pas encore lu. Généralement avec cette auteure, soit j’adore soit je déteste, et heureusement pour ce roman, j’ai beaucoup aimé.

On fait la connaissance de Diane, d’avant sa naissance et la rencontre entre ses parents a sa vie d’adulte, elle-même. Elle se confie à nous pour nous livrer un témoignage intéressant sur la relation avec sa mère et sur comment cette relation influence toute sa vie et les décisions qu’elle va prendre.

C’est un roman plus profond que les autres, ou les choses ne sont pas justes survolées mais analysées avec minutie. Cette relation malsaine avec sa mère, et avec sa sœur est décortiquée. Ce qui me surprend c’est la passivité du père qui n’intervient jamais. Je pense qu’en plus de cette absence d’amour maternelle, un autre traumatisme, non évoqué par l’auteure, est l’absence de la figure paternelle pour Diane.

C’est intéressant de voir comment on se construit avec une relation dysfonctionnelle et comment elle est devenue une jeune femme brillante. J’ai toujours pensé qu’un enfant qui a manqué d’amour maternelle échouerait dans la vie mais ici, j’ai l’impression que pour Diane c’est en quelque sorte une force.

J’ai aimé la fin, le retournement de situation qui est original et réussi. Je suis contente de la décision de Diane et de ses choix. C’est une jeune femme qui se qualifie de froide mais de mon côté, je l’ai pourtant trouvé très attachante et c’est avec regret que je l’ai quitté après ce court roman.



Extraits : 

«  Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset, c’est ça ?
– Oui.
– Quel type ! Quelle révélation ! Savez-vous qu’il avait raison ? C’est un organe qui n’a rien à voir avec les autres ! Je comprends que les anciens y aient vu le siège de la pensée, de l’âme et de ces sortes de choses.  

 

Lorsque les filles du cours parlaient de leur avenir, Marie s’esclaffait en son for intérieur : mariage, enfants, maison — comment pouvaient-elles se contenter de cela ? Quelle sottise de mettre des mots sur son espérance, à plus forte raison des mots aussi mesquins ?  


Il était un bon père en ceci qu'il aimait profondément ses trois enfants et leur montrait son attachement.
Mais il avait pour sa femme un amour qui le rendait aveugle à ses défauts et aux souffrances qu'elle infligeait à Diane. 

 

Fidèle à son inexorable habitude, la vie continua.