vendredi 12 juin 2026

Le Diable sur mon épaule


Résumé : 
Austin, Texas. Lorsqu'on diagnostique une maladie foudroyante à sa fille, le monde de Mario s'écroule. Il se met à négliger son travail, se fait virer sans ménagement, les factures d'hospitalisation s'accumulent et sa femme cède lentement au désespoir.

Décidé à relever la tête, Mario contacte Brian, un ancien collègue devenu dealer de meth. Celui-ci lui propose un marché d'une effroyable simplicité : la vie d'un homme, contre 6 000 dollars. Sans une once d'hésitation, Mario accepte. Et découvre que la violence est un excellent remède à la colère qui l'habite.

Mais La Huesuda, la déesse de la mort, plane sur son existence. Et la tragédie le frappe à nouveau.

Lorsqu'il accepte une ultime mission pour un cartel de Juarez, la spirale de violence qui se déchaine alors finit de le convaincre qu'il n'aurait jamais dû ouvrir la porte au diable.

Mon avis : 
Le diable sur mon épaule m’a laissé une impression très contrastée. J’ai été profondément touché par le début du roman, par cette figure de père de famille brisé, emporté malgré lui dans une spirale tragique.

 Gabino Iglesias capte très bien cette bascule, ce moment où une vie ordinaire déraille. La peinture d’une Amérique en marge, loin de tout fantasme de réussite, est saisissante, presque suffocante de réalisme.

Mais plus j’avançais, plus la violence a pris le dessus — jusqu’à devenir, pour moi, un véritable obstacle à la lecture. Je comprends l’intention : montrer un monde brutal, sans échappatoire, dominé par les cartels et la loi du plus fort. Pourtant, cette violence m’a semblé parfois gratuite, comme si elle finissait par écraser le propos au lieu de le servir.

Là où j’étais au départ impliqué émotionnellement dans la chute du personnage, j’ai fini par me sentir mis à distance, presque anesthésié par l’accumulation de scènes choquantes. À force de vouloir montrer l’horreur, le roman perd, selon moi, une partie de sa puissance émotionnelle.

C’est indéniablement un texte fort, sombre, et maîtrisé dans son ambiance. Mais c’est aussi une lecture que j’ai trouvée éprouvante, voire excessive, et qui m’a laissé un sentiment de malaise plus que de véritable bouleversement.

lundi 8 juin 2026

Le Mécontentement


Résumé : 
Tous les matins, dans son bel appartement en plein coeur de Madrid, Marisa se réveille prise d’une angoisse existentielle à la pensée de la journée qui l’attend. Car elle déteste chaque aspect du travail en entreprise – les mensonges dont l’agence de publicité fait son blé, l’hypocrisie de la hiérarchie, la banalité abyssale des discussions –, et n’y survit que grâce aux vidéos YouTube qu’elle regarde en cachette et à une quantité massive d’antidépresseurs. Un équilibre fragile que viennent mettre en péril un été caniculaire et l’annonce d’un séminaire d’entreprise. Isolée dans la forêt autour de Ségovie et hantée par le souvenir de la seule collègue à laquelle elle ne se soit jamais attachée, Marisa voit son masque social se fissurer peu à peu, et naître en elle les pulsions les plus folles.

Mon avis : 
Le Mécontentement de Beatriz Serrano est une lecture qui m’a profondément marqué. J’ai été happé dès les premières pages par cette plongée lucide et sans concession dans le monde de l’entreprise, où les individus semblent peu à peu perdre leur humanité au profit de logiques absurdes et déshumanisantes.

Le personnage de Marisa est, à mes yeux, l’un des plus grands atouts du roman. Elle est incroyablement attachante, à la fois fragile, lucide et profondément humaine. À travers elle, on ressent toute la tension entre la nécessité de s’adapter à un système oppressant et le besoin de préserver son identité. Son regard sur ce qui l’entoure est souvent empreint d’une ironie discrète, mais aussi d’une grande sensibilité, ce qui la rend d’autant plus proche du lecteur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la justesse avec laquelle Beatriz Serrano dépeint les dérives du monde professionnel : la perte de sens, les injonctions contradictoires, la pression constante, et cette impression d’être interchangeable. Rien n’est caricatural, tout sonne vrai, presque trop vrai parfois. On se reconnaît, ou on reconnaît quelqu’un.

C’est un roman à la fois critique et profondément humain, qui questionne notre rapport au travail et à nous-mêmes. Une lecture que je recommande vivement, autant pour sa finesse psychologique que pour sa pertinence.

dimanche 7 juin 2026

La vie dont nos rêvions


Résumé : 
Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer.
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens.
Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…

Dans ce lieu de quiétude absolue, l’espace infini a tôt fait de devenir une prison, et la solitude, un miroir tendu à la noirceur des âmes. Tout n’est que mensonge, duplicité et, tandis qu’à la clarté de l’été succède l’obscurité de l’hiver, l’idylle se meut peu à peu en un huis clos hautement toxique.

Mon avis : 
La vie dont nous rêvions de Michelle Sacks est un roman aussi troublant que captivant, qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Dès les premières pages, l’autrice installe un huis clos étouffant où le malaise s’insinue progressivement, jusqu’à devenir presque palpable.

Ce qui m’a particulièrement marqué, ce sont les trois personnages principaux, profondément dérangeants. Chacun porte en lui une part d’ombre, des failles, des non-dits, et surtout quelque chose à se reprocher. Michelle Sacks excelle à les rendre à la fois fascinants et profondément antipathiques : on oscille constamment entre rejet et curiosité, dans une dynamique où l’on adore les détester.

Le suspense est savamment dosé. Il ne repose pas sur des rebondissements spectaculaires, mais sur une tension psychologique qui ne cesse de croître, alimentée par les silences, les regards et les mensonges. Ce climat oppressant donne au roman une intensité remarquable, renforcée par une écriture précise et immersive.

Au-delà de l’intrigue, le livre explore avec finesse les thèmes de la culpabilité, du désir et des illusions que l’on entretient sur soi-même et sur les autres. C’est un roman dérangeant, parfois inconfortable, mais terriblement efficace.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée, autant pour son atmosphère que pour la complexité de ses personnages, et qui laisse une impression durable une fois la dernière page tournée.

jeudi 4 juin 2026

Les fleuves du ciel


Résumé : 
Londres, 1840. Arthur, un garçon à la mémoire prodigieuse né sur les rives de la Tamise, est engagé comme apprenti dans une imprimerie. Bientôt, son monde s'ouvre bien au-delà des taudis de la capitale anglaise, vers un autre fleuve, le Tigre, et une ancienne cité de Mésopotamie qui abrite les fragments d'un poème oublié. Turquie, 2014. Chassées de leur village au bord du Tigre, Naryn, une petite fille yézidie, et sa grand-mère entreprennent un long voyage, traversant des terres en guerre dans l'espoir d'atteindre la vallée...

Mon avis : 
Les Fleuves du ciel d’Elif Shafak est un roman foisonnant, avec  quelques longueurs au fil de la lecture mais c'est aussi un roman passionant.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est ce fil conducteur autour de l’eau, à la fois élément vital, mémoire des civilisations et lien invisible entre les époques et les destins. Shafak tisse avec finesse plusieurs temporalités et parvient à donner à l’eau une dimension presque spirituelle, comme si elle portait en elle les traces de l’humanité tout entière.

J’ai également été passionné par la richesse des sujets abordés : les civilisations anciennes, les systèmes d’écriture, les peuples de Mésopotamie… On sent un véritable travail de recherche, qui nourrit le récit sans jamais le rendre inaccessible, même si certains passages peuvent sembler un peu denses ou ralentir le rythme.

Un moment m’a particulièrement marqué : l’arrivée d’Arthur à Istanbul, encore Constantinople à son époque. Cette scène est magnifiquement décrite, presque sensorielle. Ayant moi-même découvert la ville il y a peu, j’ai ressenti un écho très personnel à cette description, comme si le passé et le présent se superposaient l’espace de quelques pages.

Si le roman souffre parfois de quelques longueurs, notamment dans ses passages les plus explicatifs, cela n’enlève rien à la beauté globale de l’œuvre. Les Fleuves du ciel est un livre ambitieux, riche et profondément réfléchi, qui invite à ralentir et à contempler les liens invisibles entre les êtres, les lieux et les époques.

lundi 1 juin 2026

Dear Debbie


Résumé :
Sometimes, enough is enough…
Debbie Mullen is losing it. For years, she has compiled all of her best advice into her column, Dear Debbie, where the wives of New England come for sympathy and neighborly advice. Through her work, Debbie has heard from countless women who are ignored, belittled, or even abused by their husbands. And Debbie does her best to guide them in the right direction.
Or at least, she did.
These days, Debbie’s life seems to be spiraling out of control. She just lost her job. Something strange is happening with her teenage daughters. And her husband is keeping secrets, according to the tracking app she installed on his phone. Now, Debbie’s done being the bigger person. She’s done being reasonable and practical. It’s time to take her own advice.
And now it’s time for payback against all the people in her life who deserve it the most.

Mon avis : 
Au départ, j’étais plutôt sceptique face à Dear Debbie. Debbie m’a immédiatement semblé trop lisse, trop parfaite, presque caricaturale  avec son côté BCBG, ce qui a rendu mon entrée dans le roman un peu froide. J’avais du mal à m’attacher à elle et je craignais une intrigue assez convenue.

Mais très vite, tout bascule. Dès que Debbie commence à reprendre le contrôle sur sa vie et à «se venger», je me suis totalement laissée embarquer. Le personnage gagne en épaisseur et révèle une intelligence redoutable, presque fascinante. À côté d’elle, son mari paraît parfois étonnamment naïf, ce qui crée un contraste assez savoureux et renforce encore le plaisir de lecture.

L’intrigue devient alors particulièrement prenante. Freida McFadden maîtrise parfaitement le rythme et distille juste ce qu’il faut de tension pour maintenir l’attention du lecteur. On se surprend à tourner les pages sans s’arrêter, porté par cette mécanique psychologique bien huilée.

Et bien sûr, fidèle à elle-même, l’autrice nous réserve un twist final qu’on ne voit pas venir. Même en s’attendant à un retournement, elle réussit à surprendre, ce qui est loin d’être évident dans ce genre. Une lecture addictive qui confirme le talent de McFadden pour les thrillers domestiques efficaces.

samedi 30 mai 2026

Les coeurs sont faits pour être brisés


Résumé : 
Dans les années 1980, Audrey et Marlo, étudiantes à l'université d'East Anglia à Norwich, travaillent à un projet commun, raconter la mort tragique d'Oscar Wilde à Paris. Des décennies plus tard, Audrey, libraire, apprend que Marlo, devenue une célèbre romancière, s'est noyée dans le lac d'Annecy. Elle hérite d'un manuscrit inédit dans lequel sont révélés des secrets sur leurs années d'études.

Mon avis : 
Tatiana de Rosnay tisse avec Les cœurs sont faits pour être brisés un roman délicat et mélancolique qui explore les traces que laissent les rencontres et les absences à travers le temps. La construction en trois époques donne au récit une profondeur particulière, comme si chaque période faisait écho à une autre, en miroir.

Les derniers jours d’Oscar Wilde ouvrent le roman avec une émotion contenue, presque feutrée. On y découvre un homme diminué, mais toujours traversé par son esprit et sa sensibilité, et cette entrée en matière donne immédiatement une tonalité élégiaque à l’ensemble.

Le cœur du récit se situe cependant dans les années 1980, avec la rencontre entre Marlo et Audrey. Tout les oppose — leurs tempéraments, leurs origines, leurs aspirations — et pourtant, leur amitié s’impose avec une intensité presque inexplicable. Tatiana de Rosnay capte avec justesse cette période de la vie où tout semble possible, où les liens se nouent avec une force absolue, mais aussi une certaine fragilité.

En 2011, le roman prend une dimension plus introspective. Audrey, confrontée à la mort de Marlo, remonte le fil des souvenirs pour tenter de comprendre ce qui les a unies… et peut-être aussi ce qui les a éloignées. Cette partie apporte une douceur teintée de nostalgie, mais aussi une réflexion sur la mémoire, les regrets et les non-dits.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est la manière dont l’autrice relie ces trois temporalités sans jamais alourdir le récit. Chaque époque éclaire les autres, et le roman se construit progressivement comme une mosaïque d’émotions. L’écriture est fluide, accessible, mais suffisamment sensible pour toucher sans tomber dans le pathos.

C’est un roman sur l’amitié, sur le passage du temps, et sur ces liens qui continuent de nous habiter longtemps après leur disparition. Une lecture émouvante et élégante, qui laisse une impression douce-amère une fois la dernière page tournée.

jeudi 28 mai 2026

La psy

Résumé :
Tricia et Ethan sont des jeunes mariés à la recherche d'une maison. Pendant qu'ils visitent le manoir isolé d'une psychiatre renommée qui a disparu quatre ans plus tôt, une tempête de neige les empêche de quitter les lieux. Pour patienter, Tricia écoute les cassettes des séances du Dr Adrienne Hale avec chacun de ses patients qui retracent les événements ayant conduit à sa disparition.



Mon avis :
Freida McFadden confirme avec La psy son talent pour les thrillers efficaces et addictifs. J’avais envie d’une lecture légère, sans prise de tête, et le contrat est parfaitement rempli.

Le roman se lit très vite, porté par une écriture fluide et des chapitres courts qui enchaînent les révélations. Le suspense est omniprésent : chaque détail semble anodin jusqu’à ce qu’il prenne soudain une autre dimension. On retrouve ce côté « page-turner » qui fait qu’on a du mal à reposer le livre, un peu dans la même veine que La femme de ménage.

Mais ce qui fait vraiment la force du roman, c’est son retournement final. Freida McFadden maîtrise clairement l’art de surprendre son lecteur, avec un twist qu’on ne voit pas venir et qui rebat totalement les cartes. Sans être un thriller psychologique très profond, La psy réussit là où il veut aller : divertir, tenir en haleine et surprendre.

Une lecture idéale si vous cherchez un roman prenant, rapide et efficace, parfait pour s’évader sans trop réfléchir.

dimanche 24 mai 2026

Ida (suivi de La comédie bourgeoise)


Résumé :
Les paillettes, les plumes et les strass, les bouquets de fleurs, les hommes fous d'amour, l'ivresse des applaudissements... tel est le quotidien de la belle Ida Sconin, célèbre meneuse de revue parisienne. Mais le temps passe impitoyablement et il devient de plus en plus difficile de faire illusion.
Deux nouvelles d'une douloureuse lucidité, deux destins de femmes cruels et intimistes.

Mon avis :
Un recueil de deux nouvelles Ida, d'abord, une meneuse de revue de cabaret, prisonnière de son image qui voit son pouvoir sur le public, sur les hommes et sur son entourage diminué. On observe la déchéance progressive d'Ida bientôt remplacé par une jeune fille de vingt ans. L'autrice dénonce la violence sociale exercée sur les femmes qui ne correspondent plus aux attentes de beauté et de séduction imposée par la société. Le texte est court, bref parfois cruel sur une jeunesse qu'Ida essaie de retenir et montre la fragilité de cette gloire, l'illusion du succès.

La second nouvelle, La comédie bourgeoise, dresse un portrait cruel de la bourgeoisie avec au centre du récit, Madeleine, qui est destinée a épouser un homme qu'on a choisi pour elle. Ce n'est pas le grand amour, loin de la, avec cet homme constamment infidèle mais Madeleine choisit de fermer les yeux et de maintenir ce rôle d'épouse et de mère qui lui est prédestiné. L'autrice montre ici, comment une femme peut être enfermée dans une vie correcte mais vide, ou le bonheur passe après le devoir social. Madeleine traverse sa vie entre le silence, la résignation et le désenchantement.


Les blessures d'hier


Résumé : 
Le silence cache souvent des vérités inavouables ! Deux tentes sont plantées près du fjord de Horsens, sur l'île de Vorso. Dans l'une d'elles, le corps d'un homme baigne dans son sang. Tami a été égorgé. Quant à ses enfants avec qui il était parti camper, ils ont disparu. Les causes de son meurtre sont-elles à chercher dans le présent ou dans le passé ? C'est toute la question que se posent Petter Bohm et sa protégée, Liv Jensen, lorsque la police du Jutland du Sud transmet le dossier à la brigade criminelle de Copenhague.
Tami, Iranien, était en effet arrivé au Danemark trente ans plus tôt en transitant par un camp de réfugiés et portait une douloureuse histoire...

Mon avis : 
Dans Les blessures d’hier, Katrine Engberg poursuit sa série autour de Liv et Peter avec un deuxième tome que j’ai trouvé globalement supérieur au précédent.

Le roman reprend en effet les mêmes ressorts narratifs : une construction chorale, une multiplication des personnages et des intrigues entremêlées. On se perd parfois dans les différentes trajectoires du récit mais certains points de vue fonctionnent néanmoins très bien. Les chapitres consacrés à Liv, toujours aussi fragile et déterminée, restent parmi les plus intéressants, et ceux centrés sur son voisin Nami apportent une véritable densité émotionnelle. Leur complémentarité donne au roman ses meilleurs moments, plus humains et plus incarnés. En revanche, le personnage d’Hannah laisse perplexe, je ne sais pas trop ce qu'elle apporte au récit.

La question de l’immigration iranienne est bien traitée et apporte une dimension contemporaine pertinente car terriblement d'actualité. 

lundi 18 mai 2026

Mes seuls dieux


Résumé : 
Pleines d'inventions narratives, les nouvelles d'Anjana Appachana entrelacent enchantement amoureux et cruauté inconsciente, songeries amères et tendres, conflits cocasses ou tragiques. Elles nous font découvrir l'Inde du point de vue de la femme, de l'enfance vulnérable aux déboires des épousailles ; de la fillette qui s'invente une vie sentimentale en lisant Jane Eyre au moment où sa soeur aînée se marie, à celle qui porte une dévotion folle à sa mère, au point de la croire en communication directe avec le panthéon des divinités hindoues ! " Ce fut ma vieille amie qui, en toute innocence, me posa la question : est-ce que la famille observait les coutumes habituelles au cas où le nouveau-né serait un garçon ? Quelles coutumes, ai-je demandé, déroutée. Elle gloussa. ''

Mon avis : 
Mes seuls dieux d’Anjana Appachana est un recueil de nouvelles d’une grande finesse, à la fois drôle, tendre et très juste dans sa manière de saisir le quotidien. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’autrice fait exister, en quelques pages seulement, des personnages mémorables et des situations qui restent en tête longtemps après la lecture.

Les nouvelles ''Bahu'', ''La prophétie'' et ''Sa mère'' m’ont vraiment touché. Elles disent beaucoup de la condition des femmes, des attentes familiales, des pressions sociales et des liens mère-fille, sans jamais forcer le trait. Il y a une sensibilité très particulière dans l’écriture d’Anjana Appachana, capable de mêler la légèreté apparente à une vraie profondeur émotionnelle.

Et puis il y a Sharma, personnage absolument irrésistible, que l’on retrouve dans deux nouvelles. Il est tellement drôle, tellement casse-pied pour ses supérieurs au bureau, qu’il donne au recueil une touche de fantaisie bienvenue. C’est vraiment l’un des grands plaisirs du livre : retrouver ce personnage et sourire à chacune de ses apparitions.

Au-delà de ses qualités narratives, le recueil offre aussi une très belle image de l’Inde. On y sent la vie familiale, les traditions, les tensions entre modernité et héritage, mais aussi une vraie énergie du quotidien. C’est un livre qui fait découvrir un pays à travers des destins intimes, avec beaucoup de chaleur et de justesse. Un recueil que je recommande sans hésiter, autant pour la richesse de ses thèmes que pour le plaisir de lecture qu’il procure.

The Love Hypothesis

 

Résumé : 
Olive Smith, étudiante en troisième année de thèse, ne croit pas aux relations durables ; Anh, sa meilleure amie si, raison pour laquelle Olive se trouve dans le pétrin. Afin de convaincre Anh qu’elle est heureuse en amour, Olive ne peut se contenter d’un simple mensonge : les scientifiques ont besoin de preuves. Comme tout biologiste qui se respecte, Olive panique et embrasse le premier homme qu’elle voit. Or cet homme n’est autre qu’Adam Carlsen, jeune professeur sexy et tyrannique à Stanford. Contre toute attente, Adam accepte de prétendre être son petit ami. Plus surprenant encore : il est parfait en tout point. Soudain, leur expérience est proche de la combustion, et Olive découvre que tester ses hypothèses sur l’amour peut s’avérer dangereux quand c’est son propre cœur qu’on met sous un microscope…

Mon avis : 
J’ai passé un très bon moment avec The Love Hypothesis d’Ali Hazelwood — le genre de lecture qui se dévore avec un sourire constant aux lèvres. C’est un roman feel-good, tendre et léger, qui joue à fond la carte de la romance universitaire avec une efficacité redoutable.

Certes, le livre ne réinvente pas les codes du genre. On retrouve quelques clichés bien installés : le héros mystérieux, charismatique et un peu trop parfait pour être vrai, ainsi que des dialogues parfois étonnamment adolescents pour des personnages censés être doctorants en sciences. Cela peut faire tiquer par moments, surtout si l’on attend une représentation réaliste du milieu académique.

Mais malgré ces petites faiblesses, la magie opère. La relation entre Olive et Adam évolue avec douceur et sincérité, et l’on se laisse facilement embarquer par cette histoire d’amour naissante, pleine de maladresses, de non-dits et de moments touchants. C’est exactement le type de roman qui fait du bien : prévisible, oui, mais aussi chaleureux et profondément réconfortant.

samedi 16 mai 2026

Ces lignes qui tracent mon corps


Résumé : 
En Iran, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants, il ne peut donc être poursuivi pénalement s’il s’en prend à sa progéniture. De là découle en partie la construction de la société iranienne où l’homme a les pleins pouvoirs, notamment sur les femmes, en toute impunité. Mansoureh Kamari se souvient ici de son enfance et de son adolescence sous ce joug masculin. Elle expose des faits : les interdictions multiples (rire, chanter, danser, aimer), la possibilité d’être mariée à 9 ans, exécutée à 15, après avoir été violée... Elle raconte les agressions sexuelles répétées, dans la rue, le taxi, chez le médecin, à la fac... Et la peur constante, l’impuissance, l’incapacité à maîtriser son destin. Mais Mansoureh a fuit l’Iran, elle a réussi à sortir de cette oppression permanente, et cet album est aussi l’histoire d’une métamorphose, celle d’une femme recouvrant sa liberté.


Mon avis :
Je ne pensais pas être autant remué par cette BD. 

Le corps, ici, n’est pas seulement dessiné : il est raconté, marqué, contraint. Et à travers lui, c’est toute la violence d’un système qui se dévoile, sans détour.

Ce qui m’a le plus touché, c’est cette tension constante entre enfermement et désir de liberté. On sent la peur, la surveillance, le poids des règles — mais aussi une forme de résistance presque silencieuse, qui passe par des gestes, des regards, des pensées. 

J’ai aussi été frappé par la sobriété du dessin. Il n’en fait jamais trop, et pourtant tout est là. 

C’est une lecture qui oblige à regarder, à ressentir, à ne pas détourner les yeux. Et surtout, elle rappelle à quel point la liberté — celle de disposer de son propre corps — reste, pour certaines, un combat quotidien.

Le camino


Résumé : 
La mort rôde toujours et son visage n'est jamais le même.

Lotte Bonnet, chocolatière-confiseuse à la carrière florissante, vit heureuse aux Pays-Bas avec son époux Emil, un ancien réfugié bosniaque. Après le cancer qu'il vient de vaincre, rien ne la prépare à la nouvelle brutale qu'elle s'apprête à recevoir : Emil s'est suicidé alors qu'il marchait sur le chemin de Compostelle, pour fêter sa guérison.

Dévastée, Lotte se rend en Bosnie pour disperser ses cendres. Là, elle découvre l'impensable : l'homme qu'elle a aimé n'était pas celui qu'il prétendait être. Le passé sanglant de ce pays l'a-t-il poussé à mentir sur son identité ? Lotte décide de faire le Camino, dans les pas de son mari, afin de comprendre. Mais quelqu'un l'observe. Quelqu'un prêt à tout pour enterrer le passé.

Un thriller haletant, entre quête personnelle et mémoire collective, porté par une tension constante et une profondeur historique saisissante.

Mon avis : 
Le Camino d’Anya Niewierra est un roman qui m’a profondément marqué, malgré quelques longueurs dans les premiers chapitres qui peuvent parfois ralentir le rythme. Mais au final, cela n’enlève rien à la force de l’ensemble du roman, bien au contraire : j’ai vraiment adoré cette lecture.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice entremêle l’intime et l’Histoire. À travers Lotte, on suit un double cheminement : celui du deuil, avec la perte de son mari, et celui, plus vertigineux encore, de la quête de vérité sur le passé de cet homme qu’elle pensait connaître apres toutes ses années ensemble. Lotte est un personnage très attachant, sincère dans ses doutes, courageuse dans sa démarche, et profondément humaine.

Le cadre du Camino apporte une dimension supplémentaire au récit. Bien au-delà de l’aspect religieux, c’est ici un espace de réflexion, de transformation et presque de renaissance. C’est un pèlerinage qui m’attire moi-même pour ces raisons-là : son poids historique, sa richesse culturelle et cette dimension spirituelle ouverte, accessible à chacun.

Enfin, l’arrière-plan historique lié à l’ex-Yougoslavie est sans doute l’un des aspects les plus fascinants du roman. Complexe, parfois dur, mais remarquablement bien restitué, il apporte une profondeur inattendue à l’intrigue. On sent un vrai travail de documentation, au service d’une histoire à la fois personnelle et universelle.

Un roman prenant, intelligent et émouvant, qui donne autant à réfléchir qu’à ressentir.

mercredi 13 mai 2026

La bouchère


Résumé : 
Le jour, elle prépare du kimchi pour sa famille. La nuit, elle affûte son couteau pour tuer.

Depuis la mort de son mari et la perte de son emploi dans une boucherie de Séoul, Mme Shim se retrouve seule avec ses deux enfants et un réfrigérateur à remplir. Lorsqu’elle tombe sur une mystérieuse petite annonce qui promet soixante-dix millions de wons pour devenir tueuse à gages, elle décide de tenter sa chance. Elle qui a passé tant d’années à découper de la viande manie la lame avec une précision redoutable… En plus, qui soupçonnerait une femme au foyer, discrète et sans histoire ?

Mon avis : 
Je ressors de La bouchère de Jiyoung Kang avec une certaine déception, surtout que le point de départ était prometteur. 

Malheureusement, l'idée de départ est noyée dans une construction narrative que j’ai trouvée inutilement éclatée et brouillonne. La multiplication des personnages, combinée à des changements de point de vue à chaque chapitre, rend la lecture confuse et parfois laborieuse. On passe d’une voix à l’autre sans toujours comprendre l’intérêt de ces détours, ni ce qu’ils apportent réellement a l'intrigue. À plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment que certains personnages secondaires étaient superflus, comme ajoutés pour complexifier le récit plutôt que pour l’enrichir.

Ce choix narratif empêche aussi toute véritable immersion. Il devient difficile de s’attacher aux personnages ou de s’investir pleinement dans leurs trajectoires, tant le récit se disperse.
C’est d’autant plus frustrant que les chapitres consacrés à la bouchère et à ses enfants sont, eux, nettement plus réussis. On y retrouve enfin de la tension et le suspense. 


Mater Dolorosa

Résumé : 
Automne 2022. Après la saison touristique, Split se dirige lentement vers l’hibernation d’après-saison.
Ines est une jeune femme qui travaille à la réception d’un hôtel. Sa mère, Katja, est femme de ménage et s’occupe de la maison, d’Ines et de son jeune frère, Mario.
Zvone est un policier prometteur qui reçoit un appel du travail : un corps a été retrouvé dans une usine désaffectée à proximité de la ville. Il s’agit du corps d’une jeune fille de 17 ans, Viktorija, fille d’un éminent médecin.
Le meurtre de la jeune fille bouleversera à jamais le destin des trois personnages principaux….

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour protéger ceux que nous aimons, et quelles en seront les conséquences inévitables ?
 
Mon avis : 
Mater dolorosa est un roman que j'ai adoré (comme tous ceux de l'auteur que j'ai pu lire avant). 

Ce qui m’a frappé, c’est la description de cette Croatie encore habitée par la guerre, presque malgré elle. On sent que tout est là, sous la surface — dans les silences, dans les non-dits, dans les trajectoires des personnages. Et puis il y a ce tourisme de masse, omniprésent, qui donne l’illusion d’un pays tourné vers l’avenir, alors qu’il semble parfois écraser ce qu’il reste d’authentique. 

Mais ce qui m’a vraiment accroché, c’est Inès. Je me suis beaucoup attaché à elle. Sa manière d’avancer, de faire face à tout — ses responsabilités, ses doutes, ses contradictions — m’a semblé profondément humaine. Elle ne prend pas toujours les bonnes décisions, mais justement, c’est ce qui la rend si vraie. On sent le poids de ses choix, le tiraillement constant entre ce qu’elle voudrait être et ce que la réalité lui impose. 

À l’inverse, Katja m’a laissé plus perplexe. J’ai eu du mal à la comprendre, et parfois même à accepter ses choix. Peut-être parce que, en tant que parent, certaines décisions résonnent différemment — on projette forcément ses propres limites, ses propres peurs. Là où j’arrivais à suivre Inès dans ses hésitations, Katja m’a semblé presque étrangère. J'en oublierai presque de mentionner Zvone, le flic qui pousse l'enquête quand ses collègues veulent juste une arrestation quitte a maquiller un peu les preuves. Lui aussi subit le passé de son pays et essaie tant bien que mal d'avancer.


dimanche 10 mai 2026

Pourquoi tu danses quand tu marches ?


Résumé : 
Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : « Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? ». La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le « gringalet » et « l’avorton » mais aussi le meilleur élève de l’école, le préféré de Madame Annick, son institutrice venue de France, un lecteur insatiable, le roi des dissertations.
Abdourahman Waberi se souvient du désert mouvant de Djibouti, de la mer Rouge, de la plage de la Siesta, des maisons en tôles d’aluminium de son quartier, de sa solitude immense et des figures qui l’ont marqué à jamais : Papa-la-Tige qui vendait des bibelots aux touristes, sa mère Zahra, tremblante, dure, silencieuse, sa grand-mère surnommée Cochise en hommage au chef indien parce qu’elle régnait sur la famille, la bonne Ladane, dont il était amoureux en secret. Il raconte le drame, ce moment qui a tout bouleversé, le combat qu’il a engagé ensuite et qui a fait de lui un homme qui sait le prix de la poésie, du silence, de la liberté, un homme qui danse toujours.

Mon avis :
J’ai refermé Pourquoi tu danses quand tu marches ? avec cette impression d’avoir lu quelque chose de profondément intime.

Ce que j’ai aimé avant tout, c’est la fluidité du récit. On entre dans le texte sans effort, porté par une écriture légère et délicate, qui donne pourtant beaucoup de place aux émotions. Rien n’est lourd, rien n’est appuyé, et c’est justement ce qui rend le livre si touchant.

Le cadre de Djibouti encore française m’a particulièrement marqué. On sent que ce n’est pas seulement un décor, mais une part vivante de l’identité du narrateur. Il y a une vraie subtilité dans la manière dont l’histoire et l’intime s’entrelacent. Tout passe par petites touches, par souvenirs, par sensations.

Mais ce qui m’a le plus ému, c’est cette adresse à la fille. Ce fil discret mais essentiel qui traverse le livre. Le narrateur grandit, se construit, et en même temps, il transmet. Comme s’il cherchait à préserver quelque chose de fragile — des racines, une mémoire, une manière d’être au monde. J’ai trouvé ce geste très juste, très humain.

C’est un livre qui se lit facilement, mais qui reste. Il a cette douceur qui cache une vraie profondeur, et qui donne envie, une fois terminé, d’y repenser encore un peu.

Les gardiens de l'air


Résumé : 
Anat Ismaïl travaille à l’ambassade du Canada à Damas comme traductrice-interprète de Jonathan Green, représentant du Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En attendant la libération de son compagnon, Jawad, jeté en prison pour appartenance à une organisation communiste clandestine, elle s’efforce de lui rester fidèle, en dépit de la solitude et de la frustration sexuelle. Deux de ses amies, Mayyasa et Doha, se trouvent dans la même situation : la première, qui a elle-même vécu l’expérience carcérale, entend bien résister à la tentation de prendre un autre homme ; la seconde n’hésite pas à demander le divorce.
Les histoires intimes de ces femmes s’articulent à celles des demandeurs d’asile dont Anat traduit quotidiennement les témoignages et qui, pour la plupart, appartiennent à des minorités ethniques ou confessionnelles laminées par le despotisme des régimes en place. Dans ce champ de ruines, la sortie de prison des anciens militants, naguère porteurs d’un idéal collectif, est un moment de vérité particulièrement douloureux…
Publié deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien, ce roman est l’un des plus représentatifs d’une nouvelle littérature qui, transgressant tous les tabous, s’est employée à ressusciter la mémoire interdite de deux décennies marquées par l’infinie brutalité de la répression.

Mon avis : 
Les gardiens de l’air m’a laissé une impression assez contrastée. Il y a dans ce roman quelque chose de profondément nécessaire : Rosa Yassin Hassan parle de la Syrie avec une lucidité qui serre le cœur, en montrant à la fois l’étau du régime, la vulnérabilité des femmes et l’enfermement des prisonniers. On sent que ce n’est pas seulement un sujet, mais une urgence intérieure de dénoncer ce régime barbare.

En même temps, j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le livre. La construction m’a semblé un peu bancale, comme si le récit se dispersait au lieu de se resserrer. Les changements constants de personnages donnent parfois l’impression de perdre le fil, et cela rend la lecture plus ardue qu’elle ne devrait l’être. J’ai trouvé que cette fragmentation affaiblissait par moments l’émotion que le roman cherche pourtant à faire naître. On n'arrive jamais vraiment a s'attacher a un personnage en particulier. 

Ce qui reste, malgré tout, c’est la force du regard. Le livre est moins réussi comme roman que comme témoignage littéraire d’une violence politique et humaine très précise. J’en garde surtout l’image d’un texte sombre, grave, traversé par la souffrance, et qui dit avec justesse ce que subissent celles et ceux que le pouvoir réduit au silence.

dimanche 3 mai 2026

The truth about Ruby Cooper


Résumé : 
If my sister hadn’t been beautiful, none of it would have happened.

Ruby Cooper and her sister, Erin, live an idyllic life in their close-knit church community in Boston. But when Ruby is sixteen, she is involved in an incident that causes her family’s world to implode.

Across decades, the fallout leaves a wake of destruction behind Ruby in Dublin and Erin in Boston.

Not that Ruby wants to think about the past.

But it can’t stay a secret forever.

Mon avis : 
The Truth About Ruby Cooper est un roman qui frappe juste, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Ce qui le rend si puissant, c’est l’alternance des voix des deux sœurs : Ruby, brisée mais opaque, et sa sœur, plus posée en apparence, qui tente de donner du sens à ce qui leur est arrivé.

Ruby est insaisissable, souvent déroutante, parfois même difficile à aimer. Son rapport au passé est fragmenté, presque fuyant, et c’est précisément ce qui la rend crédible. En face, sa sœur incarne une autre forme de survie : plus rationnelle, plus tournée vers le contrôle, mais tout aussi marquée. Là où l’une explose, l’autre contient — et c’est dans cet écart que le roman prend toute sa force.

Le viol n’est jamais traité comme un simple événement déclencheur, mais comme une onde de choc qui continue de modeler leurs vies d’adultes : leurs relations, leur rapport au corps, à la vérité, à la loyauté familiale. Le livre montre avec une grande finesse comment un même traumatisme peut produire des trajectoires radicalement différentes.

La narration à deux voix entretient un doute constant : qui dit vrai ? que reste-t-il de fiable dans les souvenirs ? Cette tension donne au roman une profondeur psychologique rare.
Un livre intense, intelligent, et profondément humain — de ceux qui restent en tête longtemps après la dernière page.

Le père et l'étranger


Résumé : 
Diego et Walid font connaissance dans la salle d’attente d’un centre pour enfants gravement handicapés, où l’un et l’autre mènent leur fils chaque jour.Une amitié se noue entre eux, mais tandis que Diego parle volontiers de lui, de sa culpabilité, de la quasi-impossibilité de communiquer avec son enfant, du malaise de sa confrontation au monde, Walid reste sur la réserve. L’Arabe l’entraîne un soir dans une fête orientale, où Diego rencontre une fascinante danseuse du ventre, puis Walid disparaît. Des agents secrets prennent contact avec lui pour lui demander de les aider à retrouver Walid, qu’ils dépeignent sous les traits d’un terroriste. En superposant l’intrigue prenante d’un roman d’espionnage à la description du vécu douloureux des pères d’enfant handicapé, De Cataldo renonce ici à son détachement habituel devant les folies du monde. Dans un récit tout en émotion retenue, il conte à la fois l’histoire d’une amitié entre hommes de civilisations diverses et les profondeurs de l’amour pour les plus faibles d’entre nous, enfermés à jamais dans une hermétique prison mentale.

Mon avis : 
Une courte lecture, mais une belle intensité. Dans Le père et l’étranger, Giancarlo De Cataldo signe un roman bref et touchant (presque une longue nouvelle), porté par la rencontre de deux hommes que tout semble opposer, mais que rapproche une douleur commune : être père d’un enfant lourdement handicapé.

J’ai beaucoup aimé cette amitié discrète, fragile, presque pudique, qui se construit dans la salle d’attente d’un centre de soin et gagne peu à peu en profondeur. Le roman évite le pathos facile et dit beaucoup en peu de pages, avec une émotion retenue qui rend chaque geste, chaque silence, très fort.

Walid est sans doute le personnage le plus fascinant du livre. Il reste insaisissable, élégant, secret, et l’on se surprend sans cesse à se poser des questions sur son passé, ses intentions et ce qu’il cache vraiment. Cette part de mystère nourrit toute la lecture et donne au roman une tension particulière, presque en contrepoint de la douceur de leur lien.

Ce que j’ai surtout retenu, c’est la justesse avec laquelle le livre parle de la paternité, de la honte, de la culpabilité, mais aussi de la solidarité entre deux êtres que la société regarde souvent de travers. Un très beau texte, à la fois humain, intime et dérangeant, que l’on referme avec beaucoup de tendresse pour ses personnages et une vraie mélancolie.

vendredi 1 mai 2026

Le chant des innocents


Résumé : 
Lorsque la police arrive, la scène du crime est glaçante : 85 coups de couteau et une gamine de treize ans. Mais ce n’est pas la victime... c’est la meurtrière. Elle est restée là, le poignard encore levé, un sourire diabolique aux lèvres. Quand d’autres crimes violents sont commis par des jeunes collégiens, l’inspectrice Teresa Brusca demande au commissaire Strega, suspendu suite à un ”accident”, d’enquêter officieusement avec elle. Très vite, Strega a l’intuition que ces adolescents tueurs sont unis par un secret. Mais lui aussi a sa part d’ombre. Brillant policier, il est obsédé par un besoin inassouvi de justice qui le met parfois en rage. Face à ces crimes d’enfants, il est prêt à tout pour apaiser en lui le chant assourdissant des victimes.

Mon avis : 
J’ai eu beaucoup de mal à lâcher Le chant des innocents. Dès les premières pages, je me suis laissé happer par cette construction en chapitres très courts, presque saccadés, qui donnent un rythme addictif au récit. Je me disais “encore un”, et forcément, j’en lisais cinq de plus.

Mais ce qui m’a vraiment accroché, ce sont les personnages. Vito Strega, en particulier, m’a marqué. C’est un flic abîmé, clairement, mais jamais caricatural. On sent ses failles, ses obsessions, sans que l’auteur en fasse trop. Je l’ai trouvé profondément humain, parfois même touchant, ce qui n’est pas si fréquent dans ce type de polar.

L’enquête m’a tenu en haleine du début à la fin. J’ai aimé la manière dont Pulixi installe une tension constante, sans effets gratuits. Plus j’avançais, plus j’avais envie de comprendre, et certaines pistes m’ont vraiment surpris.

Au final, c’est un roman qui m’a procuré un vrai plaisir de lecture : prenant, sombre, mais toujours maîtrisé. Une très belle découverte.

mercredi 29 avril 2026

Dans la jungle


Résumé :
Aurélie et Arnaud ont construit la vie dont ils rêvaient : deux enfants, une jolie villa, des vacances à la mer et à la montagne. Pourtant, un soir d'été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider. Le récit remonte leur histoire : la rencontre, le mariage, la mise en place du quotidien puis le malaise qui s'insinue chez Aurélie, la jalousie d'Arnaud et la tension qui monte.

Mon avis : 
Dans la jungle d’Adeline Dieudonné est une vraie claque.
Avec une écriture toujours aussi tranchante, l’autrice parvient à installer un malaise profond à partir de presque rien. Quelques scènes, disséminées dans le temps, suffisent à faire émerger une relation toxique, insidieuse, presque étouffante. C’est d’une précision redoutable, et émotionnellement très juste.

C’est d’ailleurs là que je reste un peu sur ma faim : cette construction fragmentée donne une vision parcellaire du couple. J’aurais aimé une continuité plus marquée, pour m’attacher davantage, pour plonger plus profondément dans leur histoire.
Mais malgré cette réserve, difficile de ne pas être emporté. Le roman est intense, dérangeant, et surtout profondément touchant.

Et cette fin… glaçante, brutale, presque terrifiante. Elle vous reste en tête longtemps après la dernière page.

lundi 27 avril 2026

Woman down


Résumé : 
Après le scandale autour de l’adaptation de son dernier livre, Petra Rose est prise pour cible sur internet. Ruinée, accusée de vouloir seulement la gloire, elle n’a plus écrit depuis des mois. Ses économies fondent et son prochain roman reste bloqué.

Pour sauver sa carrière, elle s’installe dans un chalet au bord d’un lac. C’est là qu’arrive le détective Nathaniel Saint avec des nouvelles inquiétantes : un voisin aurait disparu sans laisser de trace et plusieurs incidents étranges ont été signalés autour du lac. Sa présence réveille en elle une envie d’écrire qu’elle croyait perdue. Son héros de fiction commence même à ressembler au vrai policier qui devient sa source d’inspiration.

Leurs séances de travail brouillent vite la limite entre fiction et réalité. Chaque regard, chaque geste entraîne Petra dans un jeu troublant. Mais cette inspiration a un prix. Quand Saint s’implique trop, Petra doit affronter le désordre qu’elle a créé… au risque de perdre bien plus que la réputation qu’elle essaie de réparer.

Mon avis
Je n'aime pas dire du mal d'un livre car derrière il y a un auteur qui a travaillé des mois a l'écriture de cette histoire mais ici, je suis désolée de dire que c'est un livre extrêmement mauvais. 

Je ne connaissais que brièvement Colleen Hoover, je l'avais découverte avec Verity que j'avais moyennement aimé et j'ai eu envie de me faire une seconde opinion. D'autant que j'aimais l'intrigue de départ : une autrice qui est prise pour cible sur internet, l'avis des lecteurs et comment la carrière d'un écrivain peut être en dent de scie. 

Mais des le deuxième chapitre, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose d'extrêmement dérangeant avec les personnages : Saint est une personne red flag. Il est jaloux, possessive, violent, dominateur, voyeur, bref absolument détestable. Je ne vois même pas ce que Petra peut lui trouver mais justement Petra est encore plus un personnage dérangeant car elle a vraiment des problèmes psychologiques qui nécessitent de l'aide. Ses doutes permanents, son besoin de s'attacher a un homme détestable (alors qu'elle a un super mari et deux petites filles adorables), sa consommation d'alcool au début du livre et ses réactions complètement irrationnelles passant de la peur a l'attraction sexuelle en même pas deux minutes.... Il y a clairement quelque chose qui ne tourne pas rond chez elle. 

L'intrigue est cousu de fil blanc et on se doute du final des le début du livre bref je suis allée jusqu'au bout car j'attendais un retournement de situation qui n'est jamais venu. Bref, un livre a fuir absolument. 

vendredi 24 avril 2026

Les sept soeurs, tome 2 : La soeur de la tempête


Résumé : 
À la mort de leur père, énigmatique milliardaire qui les a adoptées aux quatre coins du monde lorsqu'elles étaient bébés, Ally d'Aplièse et ses soeurs se retrouvent dans la maison de leur enfance, Atlantis, un magnifique château sur les bords du lac de Genève. Ally, la deuxième soeur au tempérament tempétueux, est navigatrice et musicienne. Lorsqu'une nouvelle tragédie la touche, la jeune femme décide de partir sur les traces de ses origines. Les indices que lui a laissés son père en guise d'héritage vont la mener au coeur de la Norvège et de ses fjords sublimes. Entourée par la beauté de son pays natal, Ally découvre l'histoire intense d'une lignée de virtuoses célébrés pour leur talent, un siècle plus tôt, une famille aux lourds secrets…

Quel est son lien avec la belle Anna Landvik, merveilleuse chanteuse qui fut une proche d'Edvard Grieg et interpréta son célèbre Peer Gynt ? Et, plus que tout, Ally arrivera-t-elle à laisser son passé pour construire son avenir ?

Mon avis : 
« La sœur de la tempête » m’a totalement emportée, bien plus encore que le premier tome de la saga des Sept Sœurs. J’ai immédiatement été touchée par Ally, un personnage profondément humain, à la fois forte et vulnérable, dont le parcours résonne avec justesse et émotion.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la construction du récit, avec cette double — voire triple — temporalité qui enrichit considérablement l’histoire. Les allers-retours entre passé et présent sont fluides et captivants, et permettent de dévoiler peu à peu des secrets fascinants. J’ai adoré redécouvrir l’intrigue sous un angle différent, plus intense, plus chargé d’émotion.

Lucinda Riley parvient une fois encore à mêler destins personnels, grande Histoire et mystère familial avec beaucoup de talent. Chaque révélation donne envie d’aller plus loin, et l’on tourne les pages avec impatience.

Un deuxième tome réussi, émouvant et prenant, qui confirme tout le potentiel de la saga. Il me tarde déjà de découvrir la suite !

dimanche 19 avril 2026

Le musée de l'innocence


Résumé :
Kemal, un jeune homme d’une trentaine d’années, est promis à Sibel, issue comme lui de la bonne bourgeoisie stambouliote, quand il rencontre Füsun, une parente éloignée et plutôt pauvre. Il tombe fou amoureux de la jeune fille, et sous prétexte de lui donner des cours de mathématiques, la retrouve tous les jours dans l’appartement vide de sa mère. En même temps, il est incapable de renoncer à sa liaison avec Sibel.
C’est seulement quand Füsun disparaît, après les fiançailles entre Sibel et Kemal célébrées en grande pompe, que ce dernier comprend à quel point il l’aime. Kemal rend alors visite à sa famille et emporte une simple réglette lui ayant appartenu : ce sera la première pièce du musée qu’il consacrera à son amour disparu. Puis, il avoue tout à Sibel et rompt les fiançailles. Quand, quelque temps après, Kemal retrouve la trace de Füsun, mariée à son ami d’enfance Feridun, son obsession pour la jeune femme montera encore d’un cran…

Mon avis :
Une lecture absolument inoubliable – sans doute l'un des plus beaux romans que j'aie jamais lus.

Le musée de l’innocence d’Orhan Pamuk est une lecture vertigineuse. Peu de romans parviennent à mêler avec une telle intensité l’amour, le temps qui passe et la mémoire. C’est un livre qui ne se contente pas de raconter une histoire : il la collectionne, comme Kemal collectionne les objets liés à Füsun, avec une minutie presque sacrée.

Ce qui m’a profondément marqué, c’est cette passion dévorante, à la frontière de l’obsession. L’amour de Kemal n’est ni idéalisé ni véritablement sain, et pourtant il touche à quelque chose d’universel : la peur de perdre, le besoin de retenir ce qui nous échappe. Pamuk réussit à rendre cette fixation à la fois troublante et poignante, sans jamais tomber dans le jugement. On est happé, parfois mal à l’aise, mais toujours fasciné.

Le roman est aussi une magnifique déclaration à Istanbul. À travers les rues, les objets du quotidien, les habitudes sociales et les transformations de la ville, Pamuk dresse un portrait en creux de plusieurs décennies. J’ai eu l’impression de voyager dans un Istanbul intime, loin des clichés touristiques, presque comme si la ville elle-même devenait un personnage du récit.

La construction du roman, lente et immersive, peut dérouter, mais elle participe justement à cette sensation de mémoire accumulée. Chaque détail compte, chaque objet devient une relique, et l’ensemble forme une sorte de musée littéraire profondément émouvant.

En parallèle a ma lecture, j'ai regardé l’adaptation avec l'excellent Selahattin Paşalı dans le rôle de Kemal. Il incarne avec justesse cette mélancolie obsessionnelle, cette tension constante entre désir et perte. Cela rend l’histoire encore plus incarnée, presque tangible.

C’est un livre qui reste longtemps après l’avoir refermé. Et l’idée de pouvoir visiter le véritable musée à Istanbul donne au roman une résonance unique, comme si la frontière entre fiction et réalité s’effaçait complètement.

mardi 14 avril 2026

Assassines


Résumé :
Elles s'appellent Corina Rojas, Rosa Faúndez, Carolina Geel et Teresa Alfaro. Quatre noms qui ont été supprimés de l`histoire pour une seule raison : ce sont des assassines.

Un mari abattu par un tueur à gages, un amant brutalement fusillé à l`hôtel Crillon, un autre, poignardé et démembré, et une fratrie empoisonnée ; ces quatre crimes sanguinaires ont été commis par des femmes, puis immédiatement tus. Parce qu'être femme, dans l'inconscient collectif, c'est encore être passive, docile, serviable ou bien sacrificielle. Au point que nous ne pouvons imaginer d'autres motifs à leurs crimes que l'hystérie, la jalousie ou la folie, les condamnant au silence et à l'oubli.

Mais Alia Trabucco Zerán en décide autrement dans son récit : avec Assassines, elle redonne corps et voix à celles qui ont violemment rejeté les rôles domestiques et passifs auxquels leur culture les destinait et nous oblige à les regarder en face.

Mon avis :
Une lecture fascinante pour les amateurs de true crime, à mi-chemin entre récit littéraire et chronique criminelle. Dans Assassines, Alia Trabucco Zerán explore quatre meurtrières sud-américaines dont le geste défie l’imaginaire collectif, oscillant entre monstruosité et condition humaine.


Si les deux premières histoires peinent un peu à dépasser la simple description des faits, les deux dernières, consacrées à Caroline Geel et Teresa Alfaro, m’ont captivé par la complexité de leurs motivations. On y sent toute l’ambition de l’autrice : comprendre, plutôt que juger, ces femmes que l’histoire a rapidement condamnées.


Le style est précis, presque chirurgical, mais jamais froid. Trabucco Zerán mêle enquête et réflexion féministe avec une justesse rare, sans tomber dans le sensationnalisme du genre. Ce livre se lit comme une plongée dans la psyché criminelle, mais c’est surtout une réflexion sur la violence, sociale autant qu’intime.


Un très bon choix pour ceux qui aiment le true crime bien écrit, avec une touche littéraire et un vrai regard sociologique et sur l'évolution de la société chilienne.

samedi 11 avril 2026

Juste après Dieu, il y a papa


Résumé : 
« Papa ! », le plus beau mot du monde, celui qui naguère suffisait à effacer tous les tracas.

Le petit Wolfgang adore son père, Léopold Mozart, son guide, son modèle, son dieu vivant. Mais vient le temps où l'enfant prodige s'élève plus haut que le maître, et l'admiration se mue en dédain. L'un rompt, s'émancipe, grisé de passions nouvelles ; l'autre souffre, se résigne, cède sa place, contraint d'inventer des liens différents. Un drame silencieux qui, peut-être bien, s'immisce dans toute relation entre père et fils...

Avec la grâce du compositeur, Éric-Emmanuel Schmitt fait vibrer le plus déchirant des chants, celui de l'amour filial et paternel quand il est nourri d'un attachement aussi tendre que maladroit, celui de deux êtres que la vie sépare mais que la musique ne cessera jamais de réunir.

Mon avis : 
J’ai été profondément touché par ce roman qui explore la relation entre Mozart père et fils d’une manière à la fois humaine et musicale. À travers leurs échanges, leurs silences et leurs notes, on découvre bien plus qu’une histoire familiale : une quête de liberté, d’amour et de reconnaissance. Le père, figure imposante et parfois étouffante, incarne le dévouement absolu à la musique et à son enfant prodige ; le fils, lui, cherche à s’émanciper sans jamais renier cette filiation qui l’a façonné.

Ce qui rend le livre si juste, c’est la façon dont l’auteur capture la complexité du lien père-fils — fait d’admiration, de jalousie, d’incompréhension, mais aussi d’un amour indestructible. La musique devient ici un langage commun, à la fois refuge et champ de bataille. J’ai aimé découvrir Mozart autrement : non pas le génie isolé dans sa légende, mais le jeune homme traversé par ses sentiments, reconnu et blessé par celui qu’il voulait aimer librement.

Une lecture sensible, magnifiquement écrite, qui résonne longtemps après la dernière page — comme une mélodie entre deux âmes qui ne cessent de se répondre.

vendredi 10 avril 2026

L'hacienda


Résumé : 
À mi-chemin entre Mexican Gothic et Rebecca, un premier roman mêlant suspense et surnaturel avec pour toile de fond le Mexique après la guerre d’indépendance. Une maison isolée, des phénomènes paranormaux inquiétants et une femme prise dans leurs griffes…

Lors du renversement du gouvernement mexicain, le père de Beatriz est exécuté et sa maison saccagée. Quand le beau Don Rodolfo Solórzano la demande en mariage, Beatriz ne tient pas compte des rumeurs qui entourent la mort soudaine de sa première épouse et pense trouver la sécurité dans sa propriété à la campagne.

Elle fera de ce lieu son nouveau foyer, quoi qu’il en coûte. Mais l’hacienda San Isidro n’est pas le sanctuaire qu’elle imaginait…
Rodolfo se voit bientôt contraint de retourner à la capitale. Très vite, le sommeil de Beatriz est peuplé de voix et de visions.

Des yeux invisibles l’épient en permanence. Sa belle-sœur Juana raille ses peurs. Alors pourquoi celle-ci refuse-t-elle d’entrer dans la maison la nuit venue ? Pourquoi la gouvernante a-t-elle dessiné ces étranges symboles à l’entrée de la cuisine et fait-elle brûler du copal sur le seuil ?

Qu’est-il réellement arrivé à la première Doña Solórzano ?
Beatriz n’a que deux certitudes : le mal habite cette hacienda et aucun de ses occupants ne la sauvera.

Mon avis :
Une très belle découverte avec L’Hacienda d’Isabel Cañas, un roman entre gothique, fantastique et drame historique. J’ai été immédiatement happé par l’ambiance : on sent la chaleur, la poussière, les odeurs, et surtout le poids de ce Mexique d’après l’indépendance, à la fois fascinant et inquiétant. Je ne m'attendais pas du tout au coté fantastique / horreur du roman, je pensais plus lire un roman a l'atmosphère inquiétante, un peu comme Rebecca de Daphné du Maurier. Au final, c'était différent mais ca m'a plu, une lecture qui m'a fait sortir de ma zone de confort.


Beatriz m’a énormément touchée — son courage, sa détermination à s’imposer dans un monde d’hommes et à affronter cette maison pleine de secrets m’ont tenue en haleine. C’est une héroïne forte sans être idéalisée, humaine jusque dans ses moments de doute.


J’ai trouvé quelques longueurs, surtout lorsque Andrés revient sur son passé : ces passages freinent un peu le rythme, même s’ils éclairent des éléments importants de l’intrigue. Mais cela n’enlève rien à la puissance de l’atmosphère ni à la tension qui monte page après page.


Une lecture dépaysante et sensorielle, entre frissons, mystère et émotion. J’ai adoré découvrir le Mexique à travers ce roman — ses traditions, ses paysages, sa spiritualité — autant qu’explorer les ombres et les secrets de l’Hacienda.

mercredi 8 avril 2026

Le jardinier et la mort


Résumé : 
C’est l’histoire d’un jardinier en Bulgarie, un homme né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui avait connu le communisme puis son effondrement. Un homme qui soignait son potager avec constance, qui guettait les bourgeons sur le point d’éclore, qui détachait délicatement des feuilles de menthe verte pour les disposer sur des tranches de tomates cueillies de sa main.
Cet homme était le père du narrateur, qui vit un immense chagrin au moment de se retrouver orphelin. Comment dire à son père l’amour qu’on lui porte ? Comment devenir à son tour celui qui raconte les histoires et fait poindre de nouvelles racines ?
Avec ce livre très attendu après Le pays du passé, Guéorgui Gospodinov nous invite à écouter la musique silencieuse de la pudeur des sentiments paternels et à observer quels sont les trésors véritables que l’on peut transmettre à son fils. Le grand écrivain bulgare nous offre le portrait délicat d’une relation à la fois unique et universelle, où les mots entrelacent l’amour et le souvenir, et continueront, comme les fleurs, de renaître à chaque printemps.

Mon avis : 
Le jardinier et la mort est moins une histoire qu’un adieu : celui d’un fils qui accompagne son père dans ses derniers jours, dans une atmosphère suspendue où la nature, le temps et la mémoire tissent une même trame. Gospodinov signe ici un texte d’une simplicité bouleversante.

Le jardin devient le symbole d’un lien fragile entre vie et mort : un espace où chaque geste – planter, arroser, observer – devient une manière de tenir tête à la disparition. Ce père jardinier, silencieux et obstiné, incarne la continuité du soin, du vivant, même au seuil de la fin. Le fils, narrateur attentif et empreint de tendresse, ne cherche ni consolation ni leçon : il accompagne, il regarde, il écrit. La mort, ici, n’est pas dramatique, elle est presque végétale, inscrite dans le cycle naturel des choses.

Ce texte s’impose par son ton juste et sa sobriété. On sort de cette lecture avec la sensation d’avoir parcouru un jardin intérieur, celui des souvenirs partagés et des gestes simples qui deviennent éternels. Un hommage émouvant, d’une grande délicatesse.

mardi 7 avril 2026

Hildur


Résumé : 
Vingt-cinq ans après la disparition non-élucidée de ses jeunes sœurs Rosa et Björk, Hildur Rúnarsdóttir vit toujours à Ísafjörður, en Islande, où elle est inspecteur de police. Depuis cet événement traumatisant, elle surfe dans les eaux glacées des côtes islandaises pour tenter d'oublier.

Après quelques années passées dans l’unité des enfants disparus de Reykjavik, la jeune femme est en poste dans le petit commissariat de cette région désolée des Fjords de l'Ouest. Elle accueille bientôt un stagiaire finlandais, Jakob Johanson, qui lui-même porte les stigmates d'une vie personnelle compliquée.

À peine apprennent-ils à se connaître qu'ils sont amenés à enquêter sur un incendie qui a causé la mort d'un pédophile, et Hildur ne peut s'empêcher d'espérer trouver un lien avec la disparition de ses petites sœurs...

Mon avis
Une belle surprise venue du Nord ! Hildur de Satu Rämö tient toutes ses promesses de polar islandais : une atmosphère envoûtante, des paysages à couper le souffle et une tension maîtrisée du début à la fin. C’est un vrai page-turner, impossible à lâcher une fois l’enquête lancée.


J’ai particulièrement apprécié le duo d’enquêteurs : Hildur, femme forte, indépendante et sportive, incarne une héroïne moderne et charismatique, tandis que Jakob, plus fragile, amateur de tricot et d’une étonnante douceur, apporte un équilibre inattendu. Ce renversement des rôles classiques donne au roman un souffle rafraîchissant.


Si la résolution de l’intrigue m’a semblé un peu tirée par les cheveux, cela ne gâche pas le plaisir de lecture — au contraire, l’univers est si bien campé qu’on a envie de prolonger le voyage. Rien que pour ses descriptions sublimes de l’Islande, ce roman donne envie de retrouver Hildur et Jakob dans une prochaine enquête.

Anatomie d’une disparition

 

Résumé : 
«Il est des jours où l’absence de mon père me pèse comme un enfant assis sur ma poitrine. Il en est d’autres où je me souviens à peine des traits exacts de son visage, jusqu’à devoir sortir de leur vieille enveloppe les photographies rangées dans le tiroir de ma table de nuit. Jamais, depuis sa soudaine et mystérieuse disparition, je n’ai cessé de le chercher, de scruter les endroits les plus improbables.»

Kamal Pasha el-Alfi, dissident politique sous une dictature arabe et ancien ministre de la monarchie égyptienne, est enlevé sous les yeux de sa maîtresse. Son fils Nuri, adolescent à l’époque, n’aura de cesse d’élucider ce mystère. Devenu adulte, il s’empare du souvenir de cet homme respecté de tous, aimant mais avare de paroles. Resurgissent alors la mort inexpliquée de sa mère et la passion coupable qu’il nourrit pour la seconde femme de son père, la jeune Anglaise Mona.

Récit d’une construction de soi, ce roman dépeint avec justesse une jeunesse du monde arabe tiraillée par l’exil et le renoncement.

Mon avis : 
J’ai dévoré ce roman, littéralement. Hisham Matar nous plonge dans une histoire sobre et poignante où chaque silence compte autant que les mots. À travers Nuri, ce jeune garçon qui grandit dans l’ombre de la perte, on découvre un roman d’apprentissage bouleversant : un chemin vers soi qui passe par la recherche obstinée d’un père disparu, réel ou fantasmé.

Ce qui frappe, c’est la délicatesse de l’écriture — jamais sentimentale, toujours juste. Matar explore la douleur du manque, la confusion du deuil et la façon dont l’absence façonne l’identité. Nuri se construit sur cette faille, entre désir de vérité et impossibilité de la trouver, poursuivant inlassablement le fantôme d’un père qui incarne à la fois l’idéal et le mystère.

Le cadre politique de l’exil et des disparitions en Libye / Egypte ajoute une profondeur tragique sans jamais étouffer le récit intime. Tout se joue dans les nuances : un regard, une lettre, un souvenir esquissé.

C’est un roman qu’on referme avec le cœur serré, conscient que la disparition ne s’efface jamais complètement — elle devient simplement partie de nous. Une lecture à la fois élégante, déchirante et lumineuse, pour quiconque s’interroge sur la mémoire, la filiation et le poids du silence.