mardi 30 juin 2026

L'irrésistible appel de la vengeance


Résumé : 
Amanda n’est pas au mieux de sa forme : auteure de polar has been, malheureuse en amour et un peu trop portée sur le gin, elle s’aperçoit avec dépit qu’il est difficile de se remettre en selle à cinquante ans. En attendant des jours meilleurs, elle anime un atelier d’écriture.
Sous sa direction, un petit groupe de prétendants à la gloire littéraire s’exerce à l’art du crime parfait. Parmi eux, Rutger, le beau tennisman, Vanessa, la MILF tirée à quatre épingles, Giovanni, le romantique octogénaire, et Ludovica, l’insupportable agent littéraire d’Amanda. Chapitre après chapitre, professeur et élèves se plongent dans les mécanismes subtils d’une intrigue romanesque, mais aussi dans ceux, plus insidieux, des passions qui les lient les uns aux autres.

Mon avis : 
J'ai absolument adoré ce roman !

Ce livre est un régal, tant par son style léger mais vraiment bien écrit, que par son intrigue entrelacée qui constitue une analyse très pertinente de l'art de la narration et de l'écriture.

L'atelier d'écriture créative et l'entrelacement des personnages sont les outils narratifs permettant de construire un mystère parfait, une métafiction au sein même du roman. Chaque participant se verra attribuer un chapitre de l'histoire travaillée en classe, chaque chapitre mettant en valeur le style d'écriture de son personnage. Les principes clés de l'écriture policière – rythme, suspense, surprise et rebondissement – ​​seront expliqués en détail pour chaque chapitre.

J'ai trouvé la fin un peu précipitée par rapport au reste du roman : quelques pages supplémentaires auraient certainement enrichi l'histoire. 

lundi 29 juin 2026

Selon Barbara


Résumé : 
En 1976, une nuit d'été à Marseille, une série de gestes minuscules déplace silencieusement des vies entières. Barbara traverse alors un drame. Sa soeur, Nathalie, âgée de quinze ans, n'a pas les armes pour tout comprendre. Trente ans plus tard, devenue chroniqueuse judiciaire, elle tente de saisir ce qui, dans l'histoire de sa soeur, résiste encore à la logique. Pourquoi l'affaire la concernant n'a-t-elle jamais été résolue ? Il y a des archives incomplètes, un journal destiné à ne jamais être lu, une île battue par les vents, et cette impression persistante que le hasard n'explique pas tout. Entre maternité et renoncement, vérité et protection, ce roman explore ces instants où des décisions presque invisibles - un mensonge, une omission, un réveil en pleine nuit - deviennent le point de bascule d'une existence. Car parfois, ce ne sont pas les grandes tempêtes qui bouleversent le monde, mais les plus infimes variations.

Mon avis : 
J’ai beaucoup aimé Selon Barbara, un roman que j’ai lu avec une vraie sensation d’immersion. Dès les premières pages, on est pris dans cette histoire de femmes liées par un secret, et j’ai trouvé très réussi ce côté enquête, où les vérités se dévoilent peu à peu, presque par petites secousses.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la façon dont Sophie Astrabie aborde des sujets forts sans lourdeur. La maternité, le désir d’enfant, la contraception dans les années 70, les silences imposés aux femmes : tout cela est traité avec beaucoup de sensibilité et de justesse.

Mais au-delà du sujet, ce sont surtout les liens entre les personnages qui m’ont touché. J’ai aimé cette sororité qui se dessine, parfois discrète, parfois évidente, mais toujours précieuse. On sent à quel point ces femmes se protègent, se comprennent, se manquent aussi, et cela donne au roman une vraie profondeur émotionnelle.

L’écriture m’a également beaucoup plu : elle est fluide, délicate, et elle accompagne parfaitement cette histoire faite de non-dits, de mémoire et de révélations. C’est un roman que je referme avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de beau, de sensible, et de nécessaire.

dimanche 28 juin 2026

Le Chardonneret

 

Résumé : 
Theo Decker a treize ans. Il vit les derniers instants de sa vie d’enfant. Survivant miraculeux d’une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d’un ami pour échapper aux services sociaux. Mais cette situation ne pourra être que temporaire. Désormais Theo va comprendre très jeune, qu’il ne peut compter que sur lui-même. Tout ce qui lui reste de cette journée où il a perdu sa mère, c’est un tableau, une toile de maître minuscule, envoûtante, infiniment précieuse et qu’il n’a pas le droit de posséder. Mais il ne peut plus s’en détacher. Et elle va l’entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l’art.

Mon avis :
Dès les premières pages, j’ai été happé par l’idée de départ : un adolescent marqué par un drame, lié presque malgré lui à un tableau.

Il y a là une promesse forte, esthétique et psychologique, et Donna Tartt sait créer une atmosphère dense. Cependant, cette promesse s’étire, et finit par se diluer a mesure qu'on avance dans l'histoire. Là où j’attendais une tension constante autour du tableau et de la trajectoire de Theo, le récit se disperse dans de longues digressions, parfois intéressantes, souvent répétitives. Certaines parties — notamment à Las Vegas — apportent une vraie profondeur aux personnages (avec l'apparition de Boris, sans aucun doute mon personnage préféré), mais d’autres donnent le sentiment de tourner en rond, comme si le roman peinait à justifier sa propre ampleur.

Le principal défaut du livre reste pour moi la longueur : plus de 1100 pages dans la traduction française, c’est considérable, et difficile à soutenir sans un renouvellement narratif plus marqué. À force d’étirer les situations et les introspections, l’émotion s’émousse. Ce qui aurait pu être un roman puissant et resserré devient une expérience de lecture inégale, oscillant entre fascination et fatigue.

Cela dit, il serait injuste de ne pas reconnaître les qualités du livre : une écriture précise, une réelle sensibilité dans la construction des personnages, et une réflexion intéressante sur l’art, la perte et l’identité. Mais pour ma part, l’enthousiasme initial n’a pas résisté à la longueur excessive du récit.

vendredi 26 juin 2026

Tout ce que nous n’avons jamais été


Résumé : 
Leah est brisée. Leah ne peint plus. Leah n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis l’accident qui a emporté ses parents.
Axel est le meilleur ami de son grand frère. Lorsqu’il accepte d’héberger Leah quelques mois, il veut aider à recoller les morceaux de la jeune fille pleine de vie qu’elle a été. Mais il ne sait pas qu’elle est amoureuse de lui depuis toujours, ni que sa vie entière est sur le point de basculer.
Parce qu’elle lui est interdite, quand bien même elle embrase ses sens.
Parce qu’elle représente la mer et les nuits étoilées au son des vinyles des Beatles.
Parce que parfois, il suffit de lâcher prise et de se laisser tenter pour tout avoir.

Mon avis : 
Tout ce que nous n’avons jamais été est une lecture qui m’a profondément touchée, autant par son intensité émotionnelle que par la justesse de ses personnages. Alice Kellen parvient à créer une histoire à la fois douce et poignante, où les sentiments prennent toute la place sans jamais tomber dans l’excès.

Leah est un personnage particulièrement attachant. Fragile mais déterminée, elle avance malgré ses blessures et découvre peu à peu ce que signifie aimer. Sa relation avec Axel est au cœur du roman, et c’est justement cette dynamique qui rend l’histoire si prenante. Axel, avec ses défauts — égoïste, fêtard, séducteur — n’est pas idéalisé, et c’est ce qui le rend crédible et profondément humain. Derrière cette façade, il devient celui qui aide Leah à retrouver le sourire, à se reconstruire, et à vivre son premier amour avec une intensité rare.

Leur relation, marquée par la différence d’âge et le lien initial (meilleur ami du frère), apporte une tension constante, entre désir, culpabilité et tendresse. Alice Kellen explore avec finesse ces contradictions, rendant chaque interaction vibrante et sincère.

La fin, quant à elle, est particulièrement bouleversante. Elle laisse un goût d’inachevé et une émotion persistante qui donne immédiatement envie de se plonger dans la suite. 

Un roman que j’ai adoré, et dont j’attends désormais avec impatience de voir l’adaptation au cinéma.

Dernier Nouvel An


Résumé : 
Au douzième coup de minuit, plus rien ne sera comme avant.
Ebba et Marlon sont fous amoureux comme on peut l'être à dix-sept ans. Ils ont retardé l'échéance, mais il est temps que leurs parents se rencontrent. Réunis sous le même toit pour un repas du nouvel an intime, les deux adolescents découvrent avec horreur que les adultes se connaissent déjà trop bien. Ils veulent faire bonne figure, mais les masques tombent vite et le passé qu'ils avaient tant voulu étouffer s'invite à la table. Au menu de ce repas de fête : soupçons, rancoeurs et trahisons.

Mon avis : 
Avec Dernier Nouvel An, Martin Österdahl propose un huis clos qui avait tout pour fonctionner, mais qui se révèle au final assez décevant.

La promesse d’un dîner entre amis où les masques tombent est séduisante, et la construction en trois temps — entrée, plat, dessert — entrecoupée de flashbacks, est originale. Malheureusement, cette construction du récit ne suffit pas à masquer les faiblesses du fond.

Le principal problème du roman réside dans sa prévisibilité. Très tôt, les secrets des personnages se laissent deviner sans grande difficulté, et les révélations attendues tombent souvent à plat. Là où le genre exige finesse et ambiguïté, Österdahl opte pour des ficelles assez grossières, donnant au lecteur une longueur d’avance constante sur le récit. Le suspense en pâtit fortement, et la tension, pourtant annoncée, peine à réellement s’installer.

La fin, spectaculaire et dramatique, semble chercher à compenser cette linéarité, mais elle arrive presque trop tard pour surprendre. Si elle impressionne par son intensité, elle ne parvient pas à effacer l’impression d’un roman globalement convenu et sans réelle prise de risque.

Au final, Dernier Nouvel An donne le sentiment d’un exercice de style maîtrisé mais creux, où la forme prend le pas sur un fond trop attendu pour convaincre.

jeudi 25 juin 2026

L'étranger dans la maison


Résumé : 
" Comment te sens-tu ? " Elle voudrait répondre " terrifiée ". À la place, elle dit, avec un faible sourire : " Heureuse d'être à la maison. "
Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d'avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s'est volatilisée. Alors qu'il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d'un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d'ordinaire
jamais les pieds. À son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d'amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est
décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu'un s'introduit en leur absence dans la maison...

Mon avis : 
J’ai retrouvé avec L’étranger dans la maison tout ce que j’aime chez Shari Lapena — et encore une fois, je me suis fait complètement happer. Dès les premières pages, cette impression que quelque chose cloche s’installe, et impossible de lâcher le livre ensuite.

Ce que j’adore chez elle, c’est cette capacité à semer le doute partout. Ici, je n’ai cessé de changer d’avis : un personnage me semblait crédible, puis suspect quelques pages plus loin. Tout le monde cache quelque chose, tout le monde a ses failles, et ça crée une tension presque inconfortable. On ne sait plus à qui se fier, et c’est exactement ce qui rend la lecture aussi addictive.

J’ai aussi beaucoup aimé cette atmosphère très “quotidien qui déraille”. On part d’une situation banale, presque rassurante, pour glisser progressivement vers quelque chose de beaucoup plus sombre. Et plus on avance, plus les révélations s’enchaînent, sans jamais faire retomber la pression. Jusqu’aux derniers chapitres, j’ai douté — et ça, c’est exactement ce que j’attends d’un thriller.

Alors oui, ce n’est peut-être pas le roman le plus surprenant du genre, mais honnêtement, je m’en fiche un peu : j’ai pris énormément de plaisir à le lire. C’est fluide, efficace, terriblement prenant. Typiquement le genre de livre qu’on ouvre “juste pour quelques pages”… et qu’on finit bien trop tard dans la nuit.

Encore une réussite pour moi — Shari Lapena reste une valeur sûre.

jeudi 18 juin 2026

La belle-fille


Résumé : 
Deux jeunes femmes en fuite se rencontrent dans un train. Lorsque l'une d'elles disparaît, abandonnant son bébé, l'autre prend sa place. Pour le meilleur et pour le pire.

Jae-Young monte à bord d'un train pour Séoul, bien déterminée à fuir son passé dans l'anonymat d'une grande ville. Elle y rencontre une jeune mère qui lui confie son histoire : son mari l'a quittée pour une autre, et elle espère trouver refuge auprès de ses beaux-parents qu'elle n'a encore jamais vus. Lorsque Jae-Young revient dans le compartiment après quelques minutes d'absence, la femme a disparu, laissant derrière elle son bébé en pleurs et un message la suppliant d'aller le confier à sa belle-famille. Là-bas, loin de Séoul, Jae-Young découvre le luxe inquiétant d'un manoir isolé. Ce coup du sort providentiel lui offrira-t-il une seconde chance ? Rien n'est moins sûr.

Mon avis : 
La Belle-Fille de Se-Ah Jang est typiquement le genre de thriller domestique qui se lit d’une traite : efficace, rythmé, presque impossible à lâcher une fois commencé. L’autrice maîtrise clairement les codes du genre, en installant dès le départ une atmosphère pesante et des relations familiales teintées de malaise. Rapidement, le doute s’immisce et chaque personnage semble dissimuler une part d’ombre.

La comparaison avec les romans de Freida McFadden s’impose assez naturellement : même mécanique bien huilée, même succession de révélations calibrées pour relancer l’intérêt, et cette impression constante que tout le monde ment — ou, du moins, ne dit pas toute la vérité. Sur ce point, le contrat est rempli : on tourne les pages avec curiosité, voire avec une certaine avidité.

Le twist final fait son effet et rebat les cartes avec habileté. Mais avec un peu de recul, il apparaît presque comme attendu, dans la droite ligne des standards du genre, sans véritable prise de risque. 

Au final, La Belle-Fille est un page turner solide, divertissant et parfaitement calibré pour les amateurs de thrillers psychologiques. Mais derrière son efficacité, il laisse une impression de déjà-vu et peine à s’ancrer durablement en mémoire.

mercredi 17 juin 2026

Mariages et trahisons


Résumé : 
La vie de Rufus Leung Gresham, vicomte St Ives, ressemble à un rêve sur papier glacé. Les manoirs et les yachts de sa famille font la une des magazines et leurs frasques le délice des comptes Instagram. Jusqu’au jour où Rufus découvre le pot aux roses. Leur fortune n’est qu’un amas de dettes et sa mère, la redoutable Arabella, compte sur lui pour renflouer les caisses par un bon mariage. Et justement, les élues potentielles sont invitées aux noces d’Augusta Leung Gresham dans le luxueux resort familial à Hawaï. Doit-il épouser Solène de Courcy, l’héritière française au sang bleu ? La piquante Martha Dung, génie de la finance qui fleure bon les dollars ? Ou avouer son amour à celle qui hante ses pensées, Eden Tong, la fille d’un modeste médecin ? Alors que Rufus doit faire un choix, une éruption volcanique met fin à la cérémonie et bouleverse le destin de la famille…

Mon avis :
Kevin Kwan replonge dans l’univers des ultra-riches asiatiques avec Mariages et trahisons, une comédie sociale toujours aussi pétillante et accessible. 

On y retrouve ce qui fait le sel de ses romans : des personnages hauts en couleur, des intrigues sentimentales entremêlées et un regard amusé — parfois acerbe — sur les codes d’une élite obsédée par les apparences. L’ensemble se lit avec plaisir, porté par un humour léger et un sens du détail qui rendent cet univers aussi fascinant que superficiel.

Cependant, difficile de ne pas comparer avec Crazy Rich Asians, qui conserve une longueur d’avance en termes de rythme et d’impact. Ici, l’intrigue souffre de quelques longueurs, certaines situations s’étirant plus que nécessaire, ce qui dilue légèrement l’intérêt. 

Si le charme opère malgré tout, on referme le livre avec l’impression d’une suite agréable mais moins marquante, comme une variation sympathique plutôt qu’un véritable renouvellement.

mardi 16 juin 2026

Ceux qu'on aime


Résumé : 
Le destin poignant de Themis, femme courageuse et engagée au cœur d'une Grèce tourmentée.

Athènes, 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce, après avoir été libérée de l'occupation allemande est ruinée et le pays devient le théâtre d'une guerre civile. Révoltée par les injustices qui touchent ses proches, la jeune Themis décide de s'engager dans l'armée communiste et se révèle prête à tout, même à donner sa vie, pour défendre ses droits et sa liberté. Quand elle est emprisonnée sur l'île de Makronisos, Themis doit prendre une décision qui la hantera à jamais pour protéger ceux qu'elle aime.
Au crépuscule de sa vie, Themis prend conscience qu'il faut parfois rouvrir certaines blessures pour en guérir d'autres, et lève enfin le voile sur son passé tourmenté.


Mon avis : 
« Ceux qu’on aime » m’a laissé une impression mitigée. J’ai retrouvé la plume fluide et accessible de Victoria Hislop, mais j’ai eu plus de mal à me laisser porter que dans ses précédents romans. Le récit m’a semblé parfois long, avec un rythme inégal qui m’a empêché de m’attacher pleinement à l’histoire et aux personnages.

Ce qui m’a surtout frappé, c’est le virage nettement plus politique et sombre du roman. Là où Hislop explore souvent l’histoire à travers des destins humains forts et lumineux, ici le contexte politique prend une place centrale, parfois au détriment de l’émotion. L’atmosphère est plus lourde, plus tendue, et même si cela apporte une certaine profondeur, j’ai trouvé que cela rendait la lecture moins immersive et plus exigeante notamment quand l'histoire de la Grèce ne nous est pas familiere.

Je reconnais néanmoins le travail de recherche et l’ambition du livre, qui aborde des thématiques importantes avec brio. Mais en comparaison de ses autres œuvres, j’ai moins retrouvé cette chaleur et cette intensité émotionnelle qui m’avaient tant marqué avec ses autres romans. Une lecture intéressante, mais qui ne m’a pas complètement convaincu.

lundi 15 juin 2026

A Family Matter


Résumé : 
It’s 2022, and Heron, an old man of quiet habits, has just had the sort of visit to the doctor that turns a life upside down. Sharing the diagnosis with Maggie, his only daughter, seems impossible. Heron just can’t find the words to tell her about it, or any of the other things he’s been protecting her from for so long.

It’s 1982, and Dawn is a young wife and mother penned in by the expectations of her time and place. Then Hazel comes into her life like a torch in the dark. It’s the kind of connection that’s impossible to resist, and suddenly Dawn’s world is more joyful, and more complicated, than she ever expected. But Dawn has responsibilities, she has commitments: Dawn has Maggie.

At once heart-breaking and hopeful, A Family Matter asks how we might heal from the wounds of the past, and what we might learn from them.

Mon avis : 
J’ai beaucoup aimé cette courte lecture. A Family Matter m’a touché par sa pudeur, sa retenue et cette manière très fine de faire remonter à la surface un secret de famille longtemps enfoui. Claire Lynch écrit sans en faire trop, et c’est justement ce qui rend le roman si juste et si émouvant.

J’ai trouvé très fort la façon dont le passé revient peu à peu bousculer le présent, presque en silence. Tout passe par les non-dits, les tensions discrètes, les blessures qui n’ont jamais vraiment cicatrisé. On sent combien ce qui a été tu pèse encore lourdement sur les générations suivantes, et cela donne au récit une vraie profondeur.

C’est une lecture brève, mais qui laisse une empreinte durable. J’ai particulièrement apprécié cette atmosphère de retenue, presque fragile, qui accompagne un sujet douloureux sans jamais tomber dans le pathos. Un roman tout en délicatesse, que j’ai refermé avec l’impression d’avoir lu quelque chose de sincère et de nécessaire. On constate aussi avec effroi combien la société a évoluer, en quarante ans, en matière de sexualité et sur la question de la famille. Les chiffres donnés par l'autrice en fin de livres sont glaçants.

vendredi 12 juin 2026

Le Diable sur mon épaule


Résumé : 
Austin, Texas. Lorsqu'on diagnostique une maladie foudroyante à sa fille, le monde de Mario s'écroule. Il se met à négliger son travail, se fait virer sans ménagement, les factures d'hospitalisation s'accumulent et sa femme cède lentement au désespoir.

Décidé à relever la tête, Mario contacte Brian, un ancien collègue devenu dealer de meth. Celui-ci lui propose un marché d'une effroyable simplicité : la vie d'un homme, contre 6 000 dollars. Sans une once d'hésitation, Mario accepte. Et découvre que la violence est un excellent remède à la colère qui l'habite.

Mais La Huesuda, la déesse de la mort, plane sur son existence. Et la tragédie le frappe à nouveau.

Lorsqu'il accepte une ultime mission pour un cartel de Juarez, la spirale de violence qui se déchaine alors finit de le convaincre qu'il n'aurait jamais dû ouvrir la porte au diable.

Mon avis : 
Le diable sur mon épaule m’a laissé une impression très contrastée. J’ai été profondément touché par le début du roman, par cette figure de père de famille brisé, emporté malgré lui dans une spirale tragique.

 Gabino Iglesias capte très bien cette bascule, ce moment où une vie ordinaire déraille. La peinture d’une Amérique en marge, loin de tout fantasme de réussite, est saisissante, presque suffocante de réalisme.

Mais plus j’avançais, plus la violence a pris le dessus — jusqu’à devenir, pour moi, un véritable obstacle à la lecture. Je comprends l’intention : montrer un monde brutal, sans échappatoire, dominé par les cartels et la loi du plus fort. Pourtant, cette violence m’a semblé parfois gratuite, comme si elle finissait par écraser le propos au lieu de le servir.

Là où j’étais au départ impliqué émotionnellement dans la chute du personnage, j’ai fini par me sentir mis à distance, presque anesthésié par l’accumulation de scènes choquantes. À force de vouloir montrer l’horreur, le roman perd, selon moi, une partie de sa puissance émotionnelle.

C’est indéniablement un texte fort, sombre, et maîtrisé dans son ambiance. Mais c’est aussi une lecture que j’ai trouvée éprouvante, voire excessive, et qui m’a laissé un sentiment de malaise plus que de véritable bouleversement.

lundi 8 juin 2026

Le Mécontentement


Résumé : 
Tous les matins, dans son bel appartement en plein coeur de Madrid, Marisa se réveille prise d’une angoisse existentielle à la pensée de la journée qui l’attend. Car elle déteste chaque aspect du travail en entreprise – les mensonges dont l’agence de publicité fait son blé, l’hypocrisie de la hiérarchie, la banalité abyssale des discussions –, et n’y survit que grâce aux vidéos YouTube qu’elle regarde en cachette et à une quantité massive d’antidépresseurs. Un équilibre fragile que viennent mettre en péril un été caniculaire et l’annonce d’un séminaire d’entreprise. Isolée dans la forêt autour de Ségovie et hantée par le souvenir de la seule collègue à laquelle elle ne se soit jamais attachée, Marisa voit son masque social se fissurer peu à peu, et naître en elle les pulsions les plus folles.

Mon avis : 
Le Mécontentement de Beatriz Serrano est une lecture qui m’a profondément marqué. J’ai été happé dès les premières pages par cette plongée lucide et sans concession dans le monde de l’entreprise, où les individus semblent peu à peu perdre leur humanité au profit de logiques absurdes et déshumanisantes.

Le personnage de Marisa est, à mes yeux, l’un des plus grands atouts du roman. Elle est incroyablement attachante, à la fois fragile, lucide et profondément humaine. À travers elle, on ressent toute la tension entre la nécessité de s’adapter à un système oppressant et le besoin de préserver son identité. Son regard sur ce qui l’entoure est souvent empreint d’une ironie discrète, mais aussi d’une grande sensibilité, ce qui la rend d’autant plus proche du lecteur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la justesse avec laquelle Beatriz Serrano dépeint les dérives du monde professionnel : la perte de sens, les injonctions contradictoires, la pression constante, et cette impression d’être interchangeable. Rien n’est caricatural, tout sonne vrai, presque trop vrai parfois. On se reconnaît, ou on reconnaît quelqu’un.

C’est un roman à la fois critique et profondément humain, qui questionne notre rapport au travail et à nous-mêmes. Une lecture que je recommande vivement, autant pour sa finesse psychologique que pour sa pertinence.

dimanche 7 juin 2026

La vie dont nos rêvions


Résumé : 
Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer.
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens.
Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…

Dans ce lieu de quiétude absolue, l’espace infini a tôt fait de devenir une prison, et la solitude, un miroir tendu à la noirceur des âmes. Tout n’est que mensonge, duplicité et, tandis qu’à la clarté de l’été succède l’obscurité de l’hiver, l’idylle se meut peu à peu en un huis clos hautement toxique.

Mon avis : 
La vie dont nous rêvions de Michelle Sacks est un roman aussi troublant que captivant, qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Dès les premières pages, l’autrice installe un huis clos étouffant où le malaise s’insinue progressivement, jusqu’à devenir presque palpable.

Ce qui m’a particulièrement marqué, ce sont les trois personnages principaux, profondément dérangeants. Chacun porte en lui une part d’ombre, des failles, des non-dits, et surtout quelque chose à se reprocher. Michelle Sacks excelle à les rendre à la fois fascinants et profondément antipathiques : on oscille constamment entre rejet et curiosité, dans une dynamique où l’on adore les détester.

Le suspense est savamment dosé. Il ne repose pas sur des rebondissements spectaculaires, mais sur une tension psychologique qui ne cesse de croître, alimentée par les silences, les regards et les mensonges. Ce climat oppressant donne au roman une intensité remarquable, renforcée par une écriture précise et immersive.

Au-delà de l’intrigue, le livre explore avec finesse les thèmes de la culpabilité, du désir et des illusions que l’on entretient sur soi-même et sur les autres. C’est un roman dérangeant, parfois inconfortable, mais terriblement efficace.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée, autant pour son atmosphère que pour la complexité de ses personnages, et qui laisse une impression durable une fois la dernière page tournée.

jeudi 4 juin 2026

Les fleuves du ciel


Résumé : 
Londres, 1840. Arthur, un garçon à la mémoire prodigieuse né sur les rives de la Tamise, est engagé comme apprenti dans une imprimerie. Bientôt, son monde s'ouvre bien au-delà des taudis de la capitale anglaise, vers un autre fleuve, le Tigre, et une ancienne cité de Mésopotamie qui abrite les fragments d'un poème oublié. Turquie, 2014. Chassées de leur village au bord du Tigre, Naryn, une petite fille yézidie, et sa grand-mère entreprennent un long voyage, traversant des terres en guerre dans l'espoir d'atteindre la vallée...

Mon avis : 
Les Fleuves du ciel d’Elif Shafak est un roman foisonnant, avec  quelques longueurs au fil de la lecture mais c'est aussi un roman passionant.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est ce fil conducteur autour de l’eau, à la fois élément vital, mémoire des civilisations et lien invisible entre les époques et les destins. Shafak tisse avec finesse plusieurs temporalités et parvient à donner à l’eau une dimension presque spirituelle, comme si elle portait en elle les traces de l’humanité tout entière.

J’ai également été passionné par la richesse des sujets abordés : les civilisations anciennes, les systèmes d’écriture, les peuples de Mésopotamie… On sent un véritable travail de recherche, qui nourrit le récit sans jamais le rendre inaccessible, même si certains passages peuvent sembler un peu denses ou ralentir le rythme.

Un moment m’a particulièrement marqué : l’arrivée d’Arthur à Istanbul, encore Constantinople à son époque. Cette scène est magnifiquement décrite, presque sensorielle. Ayant moi-même découvert la ville il y a peu, j’ai ressenti un écho très personnel à cette description, comme si le passé et le présent se superposaient l’espace de quelques pages.

Si le roman souffre parfois de quelques longueurs, notamment dans ses passages les plus explicatifs, cela n’enlève rien à la beauté globale de l’œuvre. Les Fleuves du ciel est un livre ambitieux, riche et profondément réfléchi, qui invite à ralentir et à contempler les liens invisibles entre les êtres, les lieux et les époques.

lundi 1 juin 2026

Dear Debbie


Résumé :
Sometimes, enough is enough…
Debbie Mullen is losing it. For years, she has compiled all of her best advice into her column, Dear Debbie, where the wives of New England come for sympathy and neighborly advice. Through her work, Debbie has heard from countless women who are ignored, belittled, or even abused by their husbands. And Debbie does her best to guide them in the right direction.
Or at least, she did.
These days, Debbie’s life seems to be spiraling out of control. She just lost her job. Something strange is happening with her teenage daughters. And her husband is keeping secrets, according to the tracking app she installed on his phone. Now, Debbie’s done being the bigger person. She’s done being reasonable and practical. It’s time to take her own advice.
And now it’s time for payback against all the people in her life who deserve it the most.

Mon avis : 
Au départ, j’étais plutôt sceptique face à Dear Debbie. Debbie m’a immédiatement semblé trop lisse, trop parfaite, presque caricaturale  avec son côté BCBG, ce qui a rendu mon entrée dans le roman un peu froide. J’avais du mal à m’attacher à elle et je craignais une intrigue assez convenue.

Mais très vite, tout bascule. Dès que Debbie commence à reprendre le contrôle sur sa vie et à «se venger», je me suis totalement laissée embarquer. Le personnage gagne en épaisseur et révèle une intelligence redoutable, presque fascinante. À côté d’elle, son mari paraît parfois étonnamment naïf, ce qui crée un contraste assez savoureux et renforce encore le plaisir de lecture.

L’intrigue devient alors particulièrement prenante. Freida McFadden maîtrise parfaitement le rythme et distille juste ce qu’il faut de tension pour maintenir l’attention du lecteur. On se surprend à tourner les pages sans s’arrêter, porté par cette mécanique psychologique bien huilée.

Et bien sûr, fidèle à elle-même, l’autrice nous réserve un twist final qu’on ne voit pas venir. Même en s’attendant à un retournement, elle réussit à surprendre, ce qui est loin d’être évident dans ce genre. Une lecture addictive qui confirme le talent de McFadden pour les thrillers domestiques efficaces.

samedi 30 mai 2026

Les coeurs sont faits pour être brisés


Résumé : 
Dans les années 1980, Audrey et Marlo, étudiantes à l'université d'East Anglia à Norwich, travaillent à un projet commun, raconter la mort tragique d'Oscar Wilde à Paris. Des décennies plus tard, Audrey, libraire, apprend que Marlo, devenue une célèbre romancière, s'est noyée dans le lac d'Annecy. Elle hérite d'un manuscrit inédit dans lequel sont révélés des secrets sur leurs années d'études.

Mon avis : 
Tatiana de Rosnay tisse avec Les cœurs sont faits pour être brisés un roman délicat et mélancolique qui explore les traces que laissent les rencontres et les absences à travers le temps. La construction en trois époques donne au récit une profondeur particulière, comme si chaque période faisait écho à une autre, en miroir.

Les derniers jours d’Oscar Wilde ouvrent le roman avec une émotion contenue, presque feutrée. On y découvre un homme diminué, mais toujours traversé par son esprit et sa sensibilité, et cette entrée en matière donne immédiatement une tonalité élégiaque à l’ensemble.

Le cœur du récit se situe cependant dans les années 1980, avec la rencontre entre Marlo et Audrey. Tout les oppose — leurs tempéraments, leurs origines, leurs aspirations — et pourtant, leur amitié s’impose avec une intensité presque inexplicable. Tatiana de Rosnay capte avec justesse cette période de la vie où tout semble possible, où les liens se nouent avec une force absolue, mais aussi une certaine fragilité.

En 2011, le roman prend une dimension plus introspective. Audrey, confrontée à la mort de Marlo, remonte le fil des souvenirs pour tenter de comprendre ce qui les a unies… et peut-être aussi ce qui les a éloignées. Cette partie apporte une douceur teintée de nostalgie, mais aussi une réflexion sur la mémoire, les regrets et les non-dits.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est la manière dont l’autrice relie ces trois temporalités sans jamais alourdir le récit. Chaque époque éclaire les autres, et le roman se construit progressivement comme une mosaïque d’émotions. L’écriture est fluide, accessible, mais suffisamment sensible pour toucher sans tomber dans le pathos.

C’est un roman sur l’amitié, sur le passage du temps, et sur ces liens qui continuent de nous habiter longtemps après leur disparition. Une lecture émouvante et élégante, qui laisse une impression douce-amère une fois la dernière page tournée.

jeudi 28 mai 2026

La psy

Résumé :
Tricia et Ethan sont des jeunes mariés à la recherche d'une maison. Pendant qu'ils visitent le manoir isolé d'une psychiatre renommée qui a disparu quatre ans plus tôt, une tempête de neige les empêche de quitter les lieux. Pour patienter, Tricia écoute les cassettes des séances du Dr Adrienne Hale avec chacun de ses patients qui retracent les événements ayant conduit à sa disparition.



Mon avis :
Freida McFadden confirme avec La psy son talent pour les thrillers efficaces et addictifs. J’avais envie d’une lecture légère, sans prise de tête, et le contrat est parfaitement rempli.

Le roman se lit très vite, porté par une écriture fluide et des chapitres courts qui enchaînent les révélations. Le suspense est omniprésent : chaque détail semble anodin jusqu’à ce qu’il prenne soudain une autre dimension. On retrouve ce côté « page-turner » qui fait qu’on a du mal à reposer le livre, un peu dans la même veine que La femme de ménage.

Mais ce qui fait vraiment la force du roman, c’est son retournement final. Freida McFadden maîtrise clairement l’art de surprendre son lecteur, avec un twist qu’on ne voit pas venir et qui rebat totalement les cartes. Sans être un thriller psychologique très profond, La psy réussit là où il veut aller : divertir, tenir en haleine et surprendre.

Une lecture idéale si vous cherchez un roman prenant, rapide et efficace, parfait pour s’évader sans trop réfléchir.

dimanche 24 mai 2026

Ida (suivi de La comédie bourgeoise)


Résumé :
Les paillettes, les plumes et les strass, les bouquets de fleurs, les hommes fous d'amour, l'ivresse des applaudissements... tel est le quotidien de la belle Ida Sconin, célèbre meneuse de revue parisienne. Mais le temps passe impitoyablement et il devient de plus en plus difficile de faire illusion.
Deux nouvelles d'une douloureuse lucidité, deux destins de femmes cruels et intimistes.

Mon avis :
Un recueil de deux nouvelles Ida, d'abord, une meneuse de revue de cabaret, prisonnière de son image qui voit son pouvoir sur le public, sur les hommes et sur son entourage diminué. On observe la déchéance progressive d'Ida bientôt remplacé par une jeune fille de vingt ans. L'autrice dénonce la violence sociale exercée sur les femmes qui ne correspondent plus aux attentes de beauté et de séduction imposée par la société. Le texte est court, bref parfois cruel sur une jeunesse qu'Ida essaie de retenir et montre la fragilité de cette gloire, l'illusion du succès.

La second nouvelle, La comédie bourgeoise, dresse un portrait cruel de la bourgeoisie avec au centre du récit, Madeleine, qui est destinée a épouser un homme qu'on a choisi pour elle. Ce n'est pas le grand amour, loin de la, avec cet homme constamment infidèle mais Madeleine choisit de fermer les yeux et de maintenir ce rôle d'épouse et de mère qui lui est prédestiné. L'autrice montre ici, comment une femme peut être enfermée dans une vie correcte mais vide, ou le bonheur passe après le devoir social. Madeleine traverse sa vie entre le silence, la résignation et le désenchantement.


Les blessures d'hier


Résumé : 
Le silence cache souvent des vérités inavouables ! Deux tentes sont plantées près du fjord de Horsens, sur l'île de Vorso. Dans l'une d'elles, le corps d'un homme baigne dans son sang. Tami a été égorgé. Quant à ses enfants avec qui il était parti camper, ils ont disparu. Les causes de son meurtre sont-elles à chercher dans le présent ou dans le passé ? C'est toute la question que se posent Petter Bohm et sa protégée, Liv Jensen, lorsque la police du Jutland du Sud transmet le dossier à la brigade criminelle de Copenhague.
Tami, Iranien, était en effet arrivé au Danemark trente ans plus tôt en transitant par un camp de réfugiés et portait une douloureuse histoire...

Mon avis : 
Dans Les blessures d’hier, Katrine Engberg poursuit sa série autour de Liv et Peter avec un deuxième tome que j’ai trouvé globalement supérieur au précédent.

Le roman reprend en effet les mêmes ressorts narratifs : une construction chorale, une multiplication des personnages et des intrigues entremêlées. On se perd parfois dans les différentes trajectoires du récit mais certains points de vue fonctionnent néanmoins très bien. Les chapitres consacrés à Liv, toujours aussi fragile et déterminée, restent parmi les plus intéressants, et ceux centrés sur son voisin Nami apportent une véritable densité émotionnelle. Leur complémentarité donne au roman ses meilleurs moments, plus humains et plus incarnés. En revanche, le personnage d’Hannah laisse perplexe, je ne sais pas trop ce qu'elle apporte au récit.

La question de l’immigration iranienne est bien traitée et apporte une dimension contemporaine pertinente car terriblement d'actualité. 

lundi 18 mai 2026

Mes seuls dieux


Résumé : 
Pleines d'inventions narratives, les nouvelles d'Anjana Appachana entrelacent enchantement amoureux et cruauté inconsciente, songeries amères et tendres, conflits cocasses ou tragiques. Elles nous font découvrir l'Inde du point de vue de la femme, de l'enfance vulnérable aux déboires des épousailles ; de la fillette qui s'invente une vie sentimentale en lisant Jane Eyre au moment où sa soeur aînée se marie, à celle qui porte une dévotion folle à sa mère, au point de la croire en communication directe avec le panthéon des divinités hindoues ! " Ce fut ma vieille amie qui, en toute innocence, me posa la question : est-ce que la famille observait les coutumes habituelles au cas où le nouveau-né serait un garçon ? Quelles coutumes, ai-je demandé, déroutée. Elle gloussa. ''

Mon avis : 
Mes seuls dieux d’Anjana Appachana est un recueil de nouvelles d’une grande finesse, à la fois drôle, tendre et très juste dans sa manière de saisir le quotidien. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’autrice fait exister, en quelques pages seulement, des personnages mémorables et des situations qui restent en tête longtemps après la lecture.

Les nouvelles ''Bahu'', ''La prophétie'' et ''Sa mère'' m’ont vraiment touché. Elles disent beaucoup de la condition des femmes, des attentes familiales, des pressions sociales et des liens mère-fille, sans jamais forcer le trait. Il y a une sensibilité très particulière dans l’écriture d’Anjana Appachana, capable de mêler la légèreté apparente à une vraie profondeur émotionnelle.

Et puis il y a Sharma, personnage absolument irrésistible, que l’on retrouve dans deux nouvelles. Il est tellement drôle, tellement casse-pied pour ses supérieurs au bureau, qu’il donne au recueil une touche de fantaisie bienvenue. C’est vraiment l’un des grands plaisirs du livre : retrouver ce personnage et sourire à chacune de ses apparitions.

Au-delà de ses qualités narratives, le recueil offre aussi une très belle image de l’Inde. On y sent la vie familiale, les traditions, les tensions entre modernité et héritage, mais aussi une vraie énergie du quotidien. C’est un livre qui fait découvrir un pays à travers des destins intimes, avec beaucoup de chaleur et de justesse. Un recueil que je recommande sans hésiter, autant pour la richesse de ses thèmes que pour le plaisir de lecture qu’il procure.

The Love Hypothesis

 

Résumé : 
Olive Smith, étudiante en troisième année de thèse, ne croit pas aux relations durables ; Anh, sa meilleure amie si, raison pour laquelle Olive se trouve dans le pétrin. Afin de convaincre Anh qu’elle est heureuse en amour, Olive ne peut se contenter d’un simple mensonge : les scientifiques ont besoin de preuves. Comme tout biologiste qui se respecte, Olive panique et embrasse le premier homme qu’elle voit. Or cet homme n’est autre qu’Adam Carlsen, jeune professeur sexy et tyrannique à Stanford. Contre toute attente, Adam accepte de prétendre être son petit ami. Plus surprenant encore : il est parfait en tout point. Soudain, leur expérience est proche de la combustion, et Olive découvre que tester ses hypothèses sur l’amour peut s’avérer dangereux quand c’est son propre cœur qu’on met sous un microscope…

Mon avis : 
J’ai passé un très bon moment avec The Love Hypothesis d’Ali Hazelwood — le genre de lecture qui se dévore avec un sourire constant aux lèvres. C’est un roman feel-good, tendre et léger, qui joue à fond la carte de la romance universitaire avec une efficacité redoutable.

Certes, le livre ne réinvente pas les codes du genre. On retrouve quelques clichés bien installés : le héros mystérieux, charismatique et un peu trop parfait pour être vrai, ainsi que des dialogues parfois étonnamment adolescents pour des personnages censés être doctorants en sciences. Cela peut faire tiquer par moments, surtout si l’on attend une représentation réaliste du milieu académique.

Mais malgré ces petites faiblesses, la magie opère. La relation entre Olive et Adam évolue avec douceur et sincérité, et l’on se laisse facilement embarquer par cette histoire d’amour naissante, pleine de maladresses, de non-dits et de moments touchants. C’est exactement le type de roman qui fait du bien : prévisible, oui, mais aussi chaleureux et profondément réconfortant.

samedi 16 mai 2026

Ces lignes qui tracent mon corps


Résumé : 
En Iran, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants, il ne peut donc être poursuivi pénalement s’il s’en prend à sa progéniture. De là découle en partie la construction de la société iranienne où l’homme a les pleins pouvoirs, notamment sur les femmes, en toute impunité. Mansoureh Kamari se souvient ici de son enfance et de son adolescence sous ce joug masculin. Elle expose des faits : les interdictions multiples (rire, chanter, danser, aimer), la possibilité d’être mariée à 9 ans, exécutée à 15, après avoir été violée... Elle raconte les agressions sexuelles répétées, dans la rue, le taxi, chez le médecin, à la fac... Et la peur constante, l’impuissance, l’incapacité à maîtriser son destin. Mais Mansoureh a fuit l’Iran, elle a réussi à sortir de cette oppression permanente, et cet album est aussi l’histoire d’une métamorphose, celle d’une femme recouvrant sa liberté.


Mon avis :
Je ne pensais pas être autant remué par cette BD. 

Le corps, ici, n’est pas seulement dessiné : il est raconté, marqué, contraint. Et à travers lui, c’est toute la violence d’un système qui se dévoile, sans détour.

Ce qui m’a le plus touché, c’est cette tension constante entre enfermement et désir de liberté. On sent la peur, la surveillance, le poids des règles — mais aussi une forme de résistance presque silencieuse, qui passe par des gestes, des regards, des pensées. 

J’ai aussi été frappé par la sobriété du dessin. Il n’en fait jamais trop, et pourtant tout est là. 

C’est une lecture qui oblige à regarder, à ressentir, à ne pas détourner les yeux. Et surtout, elle rappelle à quel point la liberté — celle de disposer de son propre corps — reste, pour certaines, un combat quotidien.

Le camino


Résumé : 
La mort rôde toujours et son visage n'est jamais le même.

Lotte Bonnet, chocolatière-confiseuse à la carrière florissante, vit heureuse aux Pays-Bas avec son époux Emil, un ancien réfugié bosniaque. Après le cancer qu'il vient de vaincre, rien ne la prépare à la nouvelle brutale qu'elle s'apprête à recevoir : Emil s'est suicidé alors qu'il marchait sur le chemin de Compostelle, pour fêter sa guérison.

Dévastée, Lotte se rend en Bosnie pour disperser ses cendres. Là, elle découvre l'impensable : l'homme qu'elle a aimé n'était pas celui qu'il prétendait être. Le passé sanglant de ce pays l'a-t-il poussé à mentir sur son identité ? Lotte décide de faire le Camino, dans les pas de son mari, afin de comprendre. Mais quelqu'un l'observe. Quelqu'un prêt à tout pour enterrer le passé.

Un thriller haletant, entre quête personnelle et mémoire collective, porté par une tension constante et une profondeur historique saisissante.

Mon avis : 
Le Camino d’Anya Niewierra est un roman qui m’a profondément marqué, malgré quelques longueurs dans les premiers chapitres qui peuvent parfois ralentir le rythme. Mais au final, cela n’enlève rien à la force de l’ensemble du roman, bien au contraire : j’ai vraiment adoré cette lecture.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est la manière dont l’autrice entremêle l’intime et l’Histoire. À travers Lotte, on suit un double cheminement : celui du deuil, avec la perte de son mari, et celui, plus vertigineux encore, de la quête de vérité sur le passé de cet homme qu’elle pensait connaître apres toutes ses années ensemble. Lotte est un personnage très attachant, sincère dans ses doutes, courageuse dans sa démarche, et profondément humaine.

Le cadre du Camino apporte une dimension supplémentaire au récit. Bien au-delà de l’aspect religieux, c’est ici un espace de réflexion, de transformation et presque de renaissance. C’est un pèlerinage qui m’attire moi-même pour ces raisons-là : son poids historique, sa richesse culturelle et cette dimension spirituelle ouverte, accessible à chacun.

Enfin, l’arrière-plan historique lié à l’ex-Yougoslavie est sans doute l’un des aspects les plus fascinants du roman. Complexe, parfois dur, mais remarquablement bien restitué, il apporte une profondeur inattendue à l’intrigue. On sent un vrai travail de documentation, au service d’une histoire à la fois personnelle et universelle.

Un roman prenant, intelligent et émouvant, qui donne autant à réfléchir qu’à ressentir.

mercredi 13 mai 2026

La bouchère


Résumé : 
Le jour, elle prépare du kimchi pour sa famille. La nuit, elle affûte son couteau pour tuer.

Depuis la mort de son mari et la perte de son emploi dans une boucherie de Séoul, Mme Shim se retrouve seule avec ses deux enfants et un réfrigérateur à remplir. Lorsqu’elle tombe sur une mystérieuse petite annonce qui promet soixante-dix millions de wons pour devenir tueuse à gages, elle décide de tenter sa chance. Elle qui a passé tant d’années à découper de la viande manie la lame avec une précision redoutable… En plus, qui soupçonnerait une femme au foyer, discrète et sans histoire ?

Mon avis : 
Je ressors de La bouchère de Jiyoung Kang avec une certaine déception, surtout que le point de départ était prometteur. 

Malheureusement, l'idée de départ est noyée dans une construction narrative que j’ai trouvée inutilement éclatée et brouillonne. La multiplication des personnages, combinée à des changements de point de vue à chaque chapitre, rend la lecture confuse et parfois laborieuse. On passe d’une voix à l’autre sans toujours comprendre l’intérêt de ces détours, ni ce qu’ils apportent réellement a l'intrigue. À plusieurs reprises, j’ai eu le sentiment que certains personnages secondaires étaient superflus, comme ajoutés pour complexifier le récit plutôt que pour l’enrichir.

Ce choix narratif empêche aussi toute véritable immersion. Il devient difficile de s’attacher aux personnages ou de s’investir pleinement dans leurs trajectoires, tant le récit se disperse.
C’est d’autant plus frustrant que les chapitres consacrés à la bouchère et à ses enfants sont, eux, nettement plus réussis. On y retrouve enfin de la tension et le suspense. 


Mater Dolorosa

Résumé : 
Automne 2022. Après la saison touristique, Split se dirige lentement vers l’hibernation d’après-saison.
Ines est une jeune femme qui travaille à la réception d’un hôtel. Sa mère, Katja, est femme de ménage et s’occupe de la maison, d’Ines et de son jeune frère, Mario.
Zvone est un policier prometteur qui reçoit un appel du travail : un corps a été retrouvé dans une usine désaffectée à proximité de la ville. Il s’agit du corps d’une jeune fille de 17 ans, Viktorija, fille d’un éminent médecin.
Le meurtre de la jeune fille bouleversera à jamais le destin des trois personnages principaux….

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour protéger ceux que nous aimons, et quelles en seront les conséquences inévitables ?
 
Mon avis : 
Mater dolorosa est un roman que j'ai adoré (comme tous ceux de l'auteur que j'ai pu lire avant). 

Ce qui m’a frappé, c’est la description de cette Croatie encore habitée par la guerre, presque malgré elle. On sent que tout est là, sous la surface — dans les silences, dans les non-dits, dans les trajectoires des personnages. Et puis il y a ce tourisme de masse, omniprésent, qui donne l’illusion d’un pays tourné vers l’avenir, alors qu’il semble parfois écraser ce qu’il reste d’authentique. 

Mais ce qui m’a vraiment accroché, c’est Inès. Je me suis beaucoup attaché à elle. Sa manière d’avancer, de faire face à tout — ses responsabilités, ses doutes, ses contradictions — m’a semblé profondément humaine. Elle ne prend pas toujours les bonnes décisions, mais justement, c’est ce qui la rend si vraie. On sent le poids de ses choix, le tiraillement constant entre ce qu’elle voudrait être et ce que la réalité lui impose. 

À l’inverse, Katja m’a laissé plus perplexe. J’ai eu du mal à la comprendre, et parfois même à accepter ses choix. Peut-être parce que, en tant que parent, certaines décisions résonnent différemment — on projette forcément ses propres limites, ses propres peurs. Là où j’arrivais à suivre Inès dans ses hésitations, Katja m’a semblé presque étrangère. J'en oublierai presque de mentionner Zvone, le flic qui pousse l'enquête quand ses collègues veulent juste une arrestation quitte a maquiller un peu les preuves. Lui aussi subit le passé de son pays et essaie tant bien que mal d'avancer.


dimanche 10 mai 2026

Pourquoi tu danses quand tu marches ?


Résumé : 
Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : « Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? ». La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le « gringalet » et « l’avorton » mais aussi le meilleur élève de l’école, le préféré de Madame Annick, son institutrice venue de France, un lecteur insatiable, le roi des dissertations.
Abdourahman Waberi se souvient du désert mouvant de Djibouti, de la mer Rouge, de la plage de la Siesta, des maisons en tôles d’aluminium de son quartier, de sa solitude immense et des figures qui l’ont marqué à jamais : Papa-la-Tige qui vendait des bibelots aux touristes, sa mère Zahra, tremblante, dure, silencieuse, sa grand-mère surnommée Cochise en hommage au chef indien parce qu’elle régnait sur la famille, la bonne Ladane, dont il était amoureux en secret. Il raconte le drame, ce moment qui a tout bouleversé, le combat qu’il a engagé ensuite et qui a fait de lui un homme qui sait le prix de la poésie, du silence, de la liberté, un homme qui danse toujours.

Mon avis :
J’ai refermé Pourquoi tu danses quand tu marches ? avec cette impression d’avoir lu quelque chose de profondément intime.

Ce que j’ai aimé avant tout, c’est la fluidité du récit. On entre dans le texte sans effort, porté par une écriture légère et délicate, qui donne pourtant beaucoup de place aux émotions. Rien n’est lourd, rien n’est appuyé, et c’est justement ce qui rend le livre si touchant.

Le cadre de Djibouti encore française m’a particulièrement marqué. On sent que ce n’est pas seulement un décor, mais une part vivante de l’identité du narrateur. Il y a une vraie subtilité dans la manière dont l’histoire et l’intime s’entrelacent. Tout passe par petites touches, par souvenirs, par sensations.

Mais ce qui m’a le plus ému, c’est cette adresse à la fille. Ce fil discret mais essentiel qui traverse le livre. Le narrateur grandit, se construit, et en même temps, il transmet. Comme s’il cherchait à préserver quelque chose de fragile — des racines, une mémoire, une manière d’être au monde. J’ai trouvé ce geste très juste, très humain.

C’est un livre qui se lit facilement, mais qui reste. Il a cette douceur qui cache une vraie profondeur, et qui donne envie, une fois terminé, d’y repenser encore un peu.

Les gardiens de l'air


Résumé : 
Anat Ismaïl travaille à l’ambassade du Canada à Damas comme traductrice-interprète de Jonathan Green, représentant du Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En attendant la libération de son compagnon, Jawad, jeté en prison pour appartenance à une organisation communiste clandestine, elle s’efforce de lui rester fidèle, en dépit de la solitude et de la frustration sexuelle. Deux de ses amies, Mayyasa et Doha, se trouvent dans la même situation : la première, qui a elle-même vécu l’expérience carcérale, entend bien résister à la tentation de prendre un autre homme ; la seconde n’hésite pas à demander le divorce.
Les histoires intimes de ces femmes s’articulent à celles des demandeurs d’asile dont Anat traduit quotidiennement les témoignages et qui, pour la plupart, appartiennent à des minorités ethniques ou confessionnelles laminées par le despotisme des régimes en place. Dans ce champ de ruines, la sortie de prison des anciens militants, naguère porteurs d’un idéal collectif, est un moment de vérité particulièrement douloureux…
Publié deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien, ce roman est l’un des plus représentatifs d’une nouvelle littérature qui, transgressant tous les tabous, s’est employée à ressusciter la mémoire interdite de deux décennies marquées par l’infinie brutalité de la répression.

Mon avis : 
Les gardiens de l’air m’a laissé une impression assez contrastée. Il y a dans ce roman quelque chose de profondément nécessaire : Rosa Yassin Hassan parle de la Syrie avec une lucidité qui serre le cœur, en montrant à la fois l’étau du régime, la vulnérabilité des femmes et l’enfermement des prisonniers. On sent que ce n’est pas seulement un sujet, mais une urgence intérieure de dénoncer ce régime barbare.

En même temps, j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le livre. La construction m’a semblé un peu bancale, comme si le récit se dispersait au lieu de se resserrer. Les changements constants de personnages donnent parfois l’impression de perdre le fil, et cela rend la lecture plus ardue qu’elle ne devrait l’être. J’ai trouvé que cette fragmentation affaiblissait par moments l’émotion que le roman cherche pourtant à faire naître. On n'arrive jamais vraiment a s'attacher a un personnage en particulier. 

Ce qui reste, malgré tout, c’est la force du regard. Le livre est moins réussi comme roman que comme témoignage littéraire d’une violence politique et humaine très précise. J’en garde surtout l’image d’un texte sombre, grave, traversé par la souffrance, et qui dit avec justesse ce que subissent celles et ceux que le pouvoir réduit au silence.

dimanche 3 mai 2026

The truth about Ruby Cooper


Résumé : 
If my sister hadn’t been beautiful, none of it would have happened.

Ruby Cooper and her sister, Erin, live an idyllic life in their close-knit church community in Boston. But when Ruby is sixteen, she is involved in an incident that causes her family’s world to implode.

Across decades, the fallout leaves a wake of destruction behind Ruby in Dublin and Erin in Boston.

Not that Ruby wants to think about the past.

But it can’t stay a secret forever.

Mon avis : 
The Truth About Ruby Cooper est un roman qui frappe juste, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. Ce qui le rend si puissant, c’est l’alternance des voix des deux sœurs : Ruby, brisée mais opaque, et sa sœur, plus posée en apparence, qui tente de donner du sens à ce qui leur est arrivé.

Ruby est insaisissable, souvent déroutante, parfois même difficile à aimer. Son rapport au passé est fragmenté, presque fuyant, et c’est précisément ce qui la rend crédible. En face, sa sœur incarne une autre forme de survie : plus rationnelle, plus tournée vers le contrôle, mais tout aussi marquée. Là où l’une explose, l’autre contient — et c’est dans cet écart que le roman prend toute sa force.

Le viol n’est jamais traité comme un simple événement déclencheur, mais comme une onde de choc qui continue de modeler leurs vies d’adultes : leurs relations, leur rapport au corps, à la vérité, à la loyauté familiale. Le livre montre avec une grande finesse comment un même traumatisme peut produire des trajectoires radicalement différentes.

La narration à deux voix entretient un doute constant : qui dit vrai ? que reste-t-il de fiable dans les souvenirs ? Cette tension donne au roman une profondeur psychologique rare.
Un livre intense, intelligent, et profondément humain — de ceux qui restent en tête longtemps après la dernière page.

Le père et l'étranger


Résumé : 
Diego et Walid font connaissance dans la salle d’attente d’un centre pour enfants gravement handicapés, où l’un et l’autre mènent leur fils chaque jour.Une amitié se noue entre eux, mais tandis que Diego parle volontiers de lui, de sa culpabilité, de la quasi-impossibilité de communiquer avec son enfant, du malaise de sa confrontation au monde, Walid reste sur la réserve. L’Arabe l’entraîne un soir dans une fête orientale, où Diego rencontre une fascinante danseuse du ventre, puis Walid disparaît. Des agents secrets prennent contact avec lui pour lui demander de les aider à retrouver Walid, qu’ils dépeignent sous les traits d’un terroriste. En superposant l’intrigue prenante d’un roman d’espionnage à la description du vécu douloureux des pères d’enfant handicapé, De Cataldo renonce ici à son détachement habituel devant les folies du monde. Dans un récit tout en émotion retenue, il conte à la fois l’histoire d’une amitié entre hommes de civilisations diverses et les profondeurs de l’amour pour les plus faibles d’entre nous, enfermés à jamais dans une hermétique prison mentale.

Mon avis : 
Une courte lecture, mais une belle intensité. Dans Le père et l’étranger, Giancarlo De Cataldo signe un roman bref et touchant (presque une longue nouvelle), porté par la rencontre de deux hommes que tout semble opposer, mais que rapproche une douleur commune : être père d’un enfant lourdement handicapé.

J’ai beaucoup aimé cette amitié discrète, fragile, presque pudique, qui se construit dans la salle d’attente d’un centre de soin et gagne peu à peu en profondeur. Le roman évite le pathos facile et dit beaucoup en peu de pages, avec une émotion retenue qui rend chaque geste, chaque silence, très fort.

Walid est sans doute le personnage le plus fascinant du livre. Il reste insaisissable, élégant, secret, et l’on se surprend sans cesse à se poser des questions sur son passé, ses intentions et ce qu’il cache vraiment. Cette part de mystère nourrit toute la lecture et donne au roman une tension particulière, presque en contrepoint de la douceur de leur lien.

Ce que j’ai surtout retenu, c’est la justesse avec laquelle le livre parle de la paternité, de la honte, de la culpabilité, mais aussi de la solidarité entre deux êtres que la société regarde souvent de travers. Un très beau texte, à la fois humain, intime et dérangeant, que l’on referme avec beaucoup de tendresse pour ses personnages et une vraie mélancolie.

vendredi 1 mai 2026

Le chant des innocents


Résumé : 
Lorsque la police arrive, la scène du crime est glaçante : 85 coups de couteau et une gamine de treize ans. Mais ce n’est pas la victime... c’est la meurtrière. Elle est restée là, le poignard encore levé, un sourire diabolique aux lèvres. Quand d’autres crimes violents sont commis par des jeunes collégiens, l’inspectrice Teresa Brusca demande au commissaire Strega, suspendu suite à un ”accident”, d’enquêter officieusement avec elle. Très vite, Strega a l’intuition que ces adolescents tueurs sont unis par un secret. Mais lui aussi a sa part d’ombre. Brillant policier, il est obsédé par un besoin inassouvi de justice qui le met parfois en rage. Face à ces crimes d’enfants, il est prêt à tout pour apaiser en lui le chant assourdissant des victimes.

Mon avis : 
J’ai eu beaucoup de mal à lâcher Le chant des innocents. Dès les premières pages, je me suis laissé happer par cette construction en chapitres très courts, presque saccadés, qui donnent un rythme addictif au récit. Je me disais “encore un”, et forcément, j’en lisais cinq de plus.

Mais ce qui m’a vraiment accroché, ce sont les personnages. Vito Strega, en particulier, m’a marqué. C’est un flic abîmé, clairement, mais jamais caricatural. On sent ses failles, ses obsessions, sans que l’auteur en fasse trop. Je l’ai trouvé profondément humain, parfois même touchant, ce qui n’est pas si fréquent dans ce type de polar.

L’enquête m’a tenu en haleine du début à la fin. J’ai aimé la manière dont Pulixi installe une tension constante, sans effets gratuits. Plus j’avançais, plus j’avais envie de comprendre, et certaines pistes m’ont vraiment surpris.

Au final, c’est un roman qui m’a procuré un vrai plaisir de lecture : prenant, sombre, mais toujours maîtrisé. Une très belle découverte.