vendredi 28 août 2026

In my pistachio era


Résumé : 
Des pistaches, un voisin grognon et une rivalité aussi délicieuse qu’explosive…

Juliette pensait repartir de zéro. Quitter Paris, son mec et sa vie bien rangée pour s’installer en Toscane. Son rêve ? Produire des pistaches, faire du yoga au lever du soleil, écouter Taylor Swift en boucle et s’inventer une existence douce et gourmande – à l’image de son tiramisu à la pistache préféré.

Jusqu’à ce qu’Orso entre en scène. Producteur d’huile d’olive au charme brut et au caractère bien trempé, il voit d’un très mauvais œil l’arrivée de cette Française qui ose bousculer les traditions. Entre eux, les piques fusent et les regards s’accrochent. Le courant ne passe pas, il crépite.

Quand un prestigieux concours les oppose, la guerre est déclarée : olives contre pistaches, tradition contre modernité, fierté contre désir. Et si l’amour, comme les meilleures recettes, naissait parfois des associations les plus inattendues ?

Mon avis : 
In my pistachio era coche toutes les cases du roman feel-good idéal pour l’été : une héroïne en quête de renouveau, un décor italien de rêve, des références culinaires alléchantes (pistaches, tiramisu, focaccia) et une rivalité amoureuse qui promet du piquant. L’écriture est fluide, le ton enjoué, et l’atmosphère toscane est bien rendue – on y sent presque le soleil et l’odeur des pistachiers.

Si l’univers est séduisant, les personnages restent en surface. Juliette, l’héroïne, manque de relief : ses motivations sont claires, mais son évolution intérieure reste trop lisse pour qu’on s’y attache vraiment. En revanche, j'ai beaucoup aimé Orso et comme personnage secondaires Gianni qui apportent une vraie chaleur humaine.

Le cœur du roman repose sur la relation entre Juliette et Orso, sur le classique « enemies to lovers ». Malheureusement, cette alchimie peine à convaincre : les tensions sont trop rapidement désamorcées, et la montée du désir manque de profondeur émotionnelle. Résultat : on reste spectateur plutôt qu’immergé car leur relation manque cruellement d'intensité. 

Le récit souffre par moments de passages trop descriptifs ou répétitifs, notamment autour des préparatifs du concours ou des scènes de vie quotidienne. Cela casse un peu le rythme et dilue l’impact des moments clés.

mercredi 19 août 2026

L'adolescence du perroquet


Résumé : 
« L'amour n'est pas un dû. »

L’histoire est celle d’Alban, orphelin de 17 ans, et de Joe, un perroquet. Alban est transi d’art et passe ses journées au Louvre, avant de trouver un travail de chroniqueur à la radio.

Un jour, il hérite de Joe, un gris du Gabon loquace, qui ne supporte pas la solitude, en proie à la dépression. Quand Alban fait la rencontre de deux femmes, le quotidien du garçon et de l’animal bascule.

Mon avis : 
Fidèle à son rendez-vous de la rentrée littéraire, Amélie Nothomb livre avec ce 35e roman une fable aussi singulière que déconcertante. On y retrouve sa plume inimitable, ce style à la fois vif, ironique et profondément humain qui fait tout le charme de son écriture. Pourtant, si la forme séduit, le fond laisse plus perplexe.

L’histoire met en scène Alban, un homme solitaire et passionné d’art, qui recueille un jeune gris du Gabon prénommé Joe. De cette rencontre improbable naît une relation complexe, presque fusionnelle, où l’oiseau devient bien plus qu’un animal de compagnie : un miroir, un confident, un enfant de substitution. À travers cette relation, Nothomb explore les thèmes de l’amour, de la solitude, de la parentalité et de la communication, avec cette touche d’absurde qui la caractérise.

Le problème, c’est que cette métaphore animalière, bien qu’originale, peine parfois à convaincre. La relation entre Alban et Joe, aussi intelligente soit-elle, frôle souvent le farfelu. Certes, l’idée d’évoquer les dynamiques familiales et les relations affectives à travers le prisme d’un perroquet est audacieuse, mais elle reste un peu trop artificielle pour créer un véritable attachement émotionnel. On admire la virtuosité de l’autrice, on sourit à ses trouvailles, mais on ne vibre pas vraiment.

En somme, L’Adolescence du perroquet est un roman typiquement nothombien : brillant, malicieux, mais qui ne touche pas autant qu’on pourrait l’espérer. Une lecture agréable pour les inconditionnels de son style, mais qui ne restera probablement pas comme l’un de ses meilleurs titres.

Maternités


Résumé :
Dans sa belle maison en bord de mer, toujours parfaitement tenue, Hélène Johansen tourne en rond. Son mari, Jules, travaille loin et ne rentre que rarement. Elle sait cependant que le vide qui grandit en elle n’est pas dû à cette absence, car c’est tout autre chose qu’il lui manque : elle voudrait pouvoir avoir un enfant, un enfant à elle seule. Lorsqu’elle décide d’adopter Tjodolf, petit garçon né d’une union illégitime, elle trouve un certain épanouissement dans son nouveau rôle, travaillant sans relâche pour que l’enfant puisse grandir dans les meilleures conditions possibles. Mais tout se complique quand Fanny, la mère biologique de Tjodolf, une jeune femme sans situation stable et dont l’insouciance déconcerte Hélène, fait soudain son apparition dans leur vie.
De ce face-à-face entre deux femmes que la maternité réunit autant qu’elle les oppose, Sigrid Undset fait naître un conte bouleversant, où elle explore avec une grande subtilité ce que veut dire être mère – et la tragique impossibilité de répondre à toutes les attentes qui viennent avec ce rôle.

Mon avis : 
Dans Maternités, Sigrid Undset propose un court roman d’une grande intensité, construit autour de deux femmes que tout semble opposer. L’une vient de perdre sa fille et, depuis ce drame, ne parvient plus à avoir d’enfant. L’autre est une jeune mère confrontée à une situation qui la pousse à envisager de confier son bébé. De leur rencontre naît une réflexion profondément humaine sur la maternité, le désir d’enfant et les liens qui se tissent au-delà du sang.

J’ai beaucoup aimé la sobriété et la justesse de ce roman. Sigrid Undset ne cherche jamais à imposer une vision unique de la maternité : elle montre au contraire combien celle-ci peut être vécue de manière différente, entre bonheur, souffrance, manque, instinct et renoncement. Les deux femmes portent des blessures et des attentes contradictoires, et leur regard sur l’enfant révèle peu à peu leurs différences, mais aussi une forme de compréhension mutuelle.

L’écriture est concise, dépouillée et particulièrement émouvante. En quelques pages, l’autrice parvient à donner une véritable profondeur psychologique à ses personnages et à faire naître une tension morale très forte autour de l’adoption. Rien n’est totalement simple ni entièrement évident : chaque décision entraîne une perte, et chaque geste d’amour peut aussi être douloureux.

Maternité est donc un roman court, mais loin d’être léger. Sigrid Undset y explore avec finesse la complexité des sentiments maternels et la difficulté de distinguer ce qui relève de l’amour, du besoin, du deuil ou du désir de réparer une absence. Une lecture sensible et marquante, qui interroge avec beaucoup d’humanité ce que signifie devenir mère et, surtout, aimer un enfant.

L'autobus


Résumé : 
Dans une petite ville du fond de l'Argentine, un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s'arrêter. Il y a quatre jours maintenant que l'avocat Ponce amène sa sœur pour prendre cet autobus et qu'il ne s'arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s'interroge. Il s'est passé quelque chose dans le pays que tout le monde ignore ici. Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.

Mon avis : 
L’Autobus est un roman qui se lit d’une traite mais dont l’écho dure bien après la dernière page. Eugenia Almeida y déploie une économie de moyens remarquable pour installer une atmosphère de suspicion et de peur dans un village argentin isolé, microcosme d’un pays tout entier sous la botte militaire.

Tout commence par un détail : l’autobus de 7h30 ne s’arrête plus. Trois soirs de suite, il traverse le village sans ouvrir ses portes. Puis ce sont les trains qui ne passent plus, les barrières qui restent baissées. Les habitants s’interrogent, cherchent des explications rationnelles, tentent de maintenir une vie normale. Mais peu à peu, la réalité se dégrade.

Ce dispositif minimaliste — un village coupé du monde, un temps suspendu — fonctionne comme un véritable huis clos. Almeida n’a pas besoin de décrire la dictature en grandes fresques historiques : elle la fait sentir dans le quotidien, dans les non-dits, dans les regards qui se détournent.

Les lionnes persanes


Résumé : 
Des shir zan, des lionnes. Nous deux. Tu ne le vois pas, Ellie ? Un jour, toi et moi, on accomplira de grandes choses. On vivra notre propre vie, et on aidera les autres. On est sans doute que des lionceaux, pour l'instant, mais on deviendra des lionnes, des femmes fortes qui font bouger les choses.

Téhéran, 1950. L'année de ses sept ans, Ellie a tout perdu : son père, son confort, et l'insouciance de son enfance dorée. Dans les ruelles modestes de son nouveau quartier, elle trouve refuge dans l'amitié lumineuse de Homa, une fillette courageuse et indomptable. Ensemble, elles apprennent à cuisiner, explorent les allées bigarrées du grand bazar et rêvent de devenir aussi fortes et libres que des lionnes.

Mais lorsqu'Ellie retrouve le luxe et l'élitisme d'une vie bourgeoise, leurs chemins se séparent. Leurs retrouvailles, des années plus tard, viennent de nouveau bouleverser leur existence et réveiller leurs ambitions communes. Jusqu'à ce qu'un jour, la politique instable d'un Iran en pleine tourmente les pousse à une trahison lourde de conséquences.

Mon avis :
J’ai adoré Les Lionnes persanes de Marjan Kamali, un roman qui m’a profondément touché pendant mes vacances. À travers le destin de deux amies, séparées par l’histoire et contraintes de prendre des chemins très différents entre l’Iran et les États-Unis, l’autrice raconte avec beaucoup de sensibilité la force des liens, les choix de vie et le prix de la liberté.

Les deux héroïnes sont des femmes fortes, courageuses et déterminées, qui refusent de se laisser enfermer dans le rôle que la société veut leur imposer. Leurs parcours, parfois douloureux, montrent combien il peut être difficile de rester fidèle à soi-même lorsque les événements politiques, la famille et les traditions viennent bouleverser les existences. Malgré la distance et les années, leur amitié demeure un fil conducteur particulièrement émouvant.

J’ai beaucoup apprécié la manière dont le roman fait dialoguer deux mondes : l’Iran, marqué par les bouleversements politiques et les restrictions imposées aux femmes, et les États-Unis, qui représentent une forme de liberté mais aussi une autre réalité, avec ses propres difficultés et ses propres renoncements. Marjan Kamali ne propose pas une vision simpliste de l’exil ou de l’émancipation : elle montre au contraire que la liberté peut prendre des formes différentes et qu’elle se conquiert parfois lentement, au prix de choix difficiles.

Le contexte historique est très présent, mais il ne prend jamais totalement le pas sur l’intime. Ce sont avant tout les personnages, leurs émotions et leurs espoirs qui m’ont retenu. J’ai été particulièrement sensible à cette sororité, à cette capacité de résister et de se reconstruire malgré les épreuves.

Un roman poignant et lumineux sur l’amitié, l’exil, la transmission et la liberté. Une très belle lecture de vacances, à la fois dépaysante et profondément humaine, que je recommande volontiers.

jeudi 6 août 2026

L'autre femme


Résumé : 
Quadragénaire solitaire et obèse, Úrsula López vit dans le vieux centre de Montevideo. Un soir, un appel téléphonique d’un certain Germán lui réclame une rançon pour libérer... son mari.
Découvrant son homonymie avec l’épouse d'un riche homme d’affaires enlevé, Úrsula exige alors une rançon plus importante de celle-ci, qui à son tour surenchérit et lui propose de la débarrasser définitivement de son époux. Dès lors, cette célibataire insatisfaite de sa vie, affamée depuis l’enfance par des régimes inopérants, se met à tirer les ficelles et manipuler tout son monde avec un plaisir machiavélique.

Mon avis : 
L’autre femme de Mercedes Rosende est un roman aussi drôle que noir, avec une intrigue très bien ficelée. L’autrice joue avec les codes du polar et de la comédie noire pour nous entraîner dans une histoire pleine de situations absurdes, de personnages hauts en couleur (le duo Ursula / German est parfait) et de rebondissements.

J’ai beaucoup aimé le ton du livre : l’humour, souvent décalé, contraste avec une atmosphère plus sombre et donne au récit une vraie personnalité. Les personnages sont loin d’être lisses, mais c’est justement ce qui les rend attachants et imprévisibles. On se laisse facilement embarquer par cette intrigue qui avance avec efficacité, sans jamais perdre son rythme.

Le retournement final est particulièrement réussi : inattendu, il rebat les cartes et apporte une conclusion à la hauteur du roman. Une lecture originale et divertissante et j'ai bien envie de découvrir la suite.

lundi 3 août 2026

Poupée volée


Résumé : 
Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l’université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu’elle observe chaque jour sur la plage, s’intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d’amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l’occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu’elle a abandonnées pendant trois ans alors qu’elles étaient encore enfants, et à une maternité qu’elle n’a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ?


Mon avis :
Je ne m’attendais pas à être autant bousculé par un roman aussi court. Poupée volée m’a laissé une impression étrange, presque inconfortable, mais difficile à ignorer.

Ce que j’ai le plus aimé, c’est la manière dont Elena Ferrante parle de la maternité sans filtre. On est loin des images idéalisées : ici, il est question de fatigue, de perte de soi, de contradictions permanentes. À travers Leda, j’ai eu le sentiment d’entrer dans quelque chose de très intime, presque tabou. Par moments, je ne savais pas vraiment si je devais compatir ou juger — et c’est justement ce qui rend le livre si fort.

Le geste autour de la poupée m’a paru à la fois absurde et profondément symbolique. Comme si tout ce que Leda n’arrive pas à dire passait par là. Plus j’avançais, plus je ressentais une forme de tension sourde, quelque chose de latent qui finit par me mettre mal à l’aise — mais dans le bon sens du terme, celui qui pousse à réfléchir.

Ce roman m’a surtout fait réfléchir à ce que signifie “être mère”, et à quel point cela peut redéfinir une identité. Même sans être directement concerné, je trouve que Ferrante réussit à rendre ces émotions universelles.

Ce n’est pas un livre “agréable”, mais c’est précisément pour ça que je l’ai aimé. Il reste en tête, il dérange, il interroge — et au final, il sonne juste.

L'affaire Rachel


Résumé :
En 2010, Rachel et James ont la vingtaine lorsqu’ils se rencontrent dans une librairie de Cork, où ils travaillent tous les deux. La ville, comme le reste de l’Irlande, est durement frappée par le krach boursier. Ils emménagent dans une vieille maison délabrée de Shandon Street, où leur complicité fleurit comme « une orchidée rare ».
Ils partagent le goût des jeux de mots, des plaisanteries très privées et des nuits folles dans les pubs. Libérée des carcans de sa famille bourgeoise, Rachel rêve de séduire son charismatique professeur de lettres, le Dr Byrne. Elle organise pour lui une signature à la librairie, mais la soirée ne finit pas comme prévu…
Caroline O’Donoghue décrit l’ambiance d’une époque avec un humour piquant et livre une ode vibrante à l’amitié qui peut changer le cours d’une vie.

Mon avis :
L’Affaire Rachel est un roman à la fois drôle, mordant et profondément ancré dans son époque. Caroline O’Donoghue y déploie une voix narrative vive et attachante, portée par une héroïne imparfaite mais terriblement humaine.

Rachel est le cœur battant du livre, et sa relation avec James en est sans doute la plus grande réussite. Leur duo fonctionne à merveille : complice, chaotique, tendre et parfois toxique, il reflète avec justesse les amitiés de la vingtaine, où l’on se construit autant qu’on se perd. Leurs échanges sont souvent hilarants, mais jamais superficiels.

Ce qui rend le roman particulièrement marquant, c’est aussi son ancrage dans le Cork des années post-crise. L’autrice parvient à capturer une atmosphère sociale crédible et nuancée, en abordant sans lourdeur des sujets essentiels comme le droit à l’avortement, la précarité économique, le chômage ou encore l’immigration. Ces thématiques ne sont jamais plaquées : elles s’intègrent naturellement dans la vie des personnages, renforçant le réalisme du récit.

Caroline O’Donoghue réussit ainsi un équilibre délicat entre comédie de mœurs et chronique sociale, avec une écriture fluide et souvent très juste. On rit beaucoup, mais on ressent aussi une certaine mélancolie face aux illusions de la jeunesse qui s’effritent peu à peu.

Un roman à la fois divertissant et pertinent, porté par des personnages mémorables et une vraie conscience sociale.

vendredi 24 juillet 2026

People we meet on vacation


Résumé : 
Deux meilleurs amis.
Dix road trips.
Une dernière chance de tomber amoureux.

Poppy et Alex n'ont absolument rien en commun. Il est grand, calme et aime rester chez lui avec un bon livre. Elle est petite, grande gueule, mordue de fêtes et de voyage. Pourtant, ils sont les meilleurs amis du monde. Depuis dix ans, chaque été, ils se donnent rendez-vous pour une semaine de vacances ensemble.
Jusqu'à il y a deux ans, quand ils ont tout gâché...
Coincée dans son train-train quotidien, Poppy ne rêve que d'une chose : retrouver son ami et leur traditionnel road trip estival. Lorsqu'Alex accepte de repartir avec elle, Poppy sait que c'est sa dernière chance de tout arranger entre eux. Mais après deux ans de silence, peuvent-ils vraiment faire comme si rien ne s'était passé ?
La nouvelle reine de la comédie romantique revient avec un roman pétillant, qui vous laissera une douce impression de chaleur et de nostalgie, comme au retour des meilleures vacances.

Mon avis :
Je ressors de People We Meet on Vacation avec une vraie déception. J’attendais une romance légère et entraînante, et je me suis retrouvé face à un récit interminable, qui peine à avancer et qui dilue complètement son potentiel.

Le principal problème vient de la structure en allers-retours constants entre passé et présent. Les flashbacks sont tellement nombreux qu’ils cassent le rythme et rendent la lecture confuse, au lieu d’enrichir la relation entre Poppy et Alex. On a l’impression de tourner en rond pendant une grande partie du roman, sans réelle progression. Et surtout, il faut attendre près de 300 pages sur 400 pour qu’il se passe enfin quelque chose de significatif entre les deux personnages — un choix frustrant qui donne le sentiment d’un récit étiré artificiellement.

Côté personnages, la déception est encore plus marquée. Poppy est difficile à apprécier : égocentrique, souvent irritante, elle manque de profondeur et de remise en question. Alex, à l’inverse, est tellement effacé qu’il en devient presque inexistant. Leur dynamique ne parvient jamais à vraiment convaincre, et il devient compliqué de s’investir émotionnellement dans leur histoire.

Au final, malgré quelques idées intéressantes sur l’amitié et les souvenirs de voyage, le roman souffre d’un manque de rythme, de personnages peu attachants et d’une construction maladroite. Une lecture longue et frustrante, qui ne tient pas ses promesses.

jeudi 23 juillet 2026

Un mariage (un peu trop) mortel


Résumé : 
1 meurtre (accidentel)
2 mille invités au mariage
3 générations maudites
4 tantes asiatiques qui se mêlent de tout !

Lorsque Meddelin Chan tue accidentellement l’homme avec qui elle était en rendez-vous amoureux, sa mère appelle ses tantes à la rescousse pour l'aider à se débarrasser du corps. Malheureusement, un cadavre s'avère beaucoup plus difficile à éliminer qu'on ne le pense, surtout lorsqu'il est expédié par erreur dans une glacière au mariage d’un milliardaire sur lequel toute la famille travaille. C'est la plus grande mission à ce jour pour l’entreprise familiale, et rien, pas même un cadavre, n’empêchera le bon déroulement de cet événement aussi grandiose qu’extravagant.

Mais la situation s’empire lorsque le grand amour de Meddy à l'université - et sa plus grande peine de cœur - fait une apparition surprise au milieu du chaos du mariage. Est-il possible d'échapper aux accusations de meurtre, de ramener son ex dans sa vie et d'organiser un mariage époustouflant en un week-end ?

Mon avis : 
Troisième roman de l'autrice que je lis et encore une fois, j’ai passé un très bon moment avec Un mariage (un peu trop) mortel. C’est exactement le genre de lecture légère et divertissante qu’on a envie d’emporter en vacances : rythmé, drôle et sans prise de tête.

L’intrigue mêle habilement comédie et situations complètement absurdes, avec ce petit côté “catastrophe qui dégénère” qui donne un excellent roman. Les personnages sont particulièrement attachants, avec des dynamiques familiales pleines de vie et de piquant. On s’amuse beaucoup de leurs réactions souvent excessives mais toujours sincères, et cela rend l’ensemble très chaleureux.

J’ai aussi beaucoup apprécié l’humour, omniprésent, qui rend la lecture vraiment agréable. Même quand les événements prennent une tournure improbable, on se laisse porter sans difficulté, tant le ton reste léger et maîtrisé.

En résumé, une lecture idéale pour l’été : drôle, pétillante et efficace, parfaite pour se changer les idées et passer un bon moment

samedi 18 juillet 2026

L'argent a été viré sur votre compte


Résumé :
A un homme venu passer un entretien d'embauche, on demande la surface de son appartement. Car l'emploi dont il est question consiste à stocker, moyennant une forte rémunération, toutes sortes d'objets chez lui. Un contrat est signé.

Peu à peu, l'appartement se retrouve envahi par un bric-à-brac de meubles qu'on y déverse jour et nuit. L'homme doit bientôt rester en permanence chez lui pour accueillir les livreurs, qui ne prononcent qu'une seul phrase : "L'argent a été viré sur votre compte".

A mesure que gonflent les économies de l'homme, l'atmosphère de l'appartement devient littéralement irrespirable.

Pendant ce temps-là, dans la ville, une révolte gronde...


Mon avis :
Avec ce roman, Dimitris Sotakis propose une fable absurde et dérangeante qui interroge la place de l’argent dans nos vies et, plus largement, notre rapport au désir, à l’identité et au bonheur. Le point de départ est simple, presque banal, mais l’auteur en tire un récit profondément troublant, où la logique du réel se dérègle peu à peu. J’ai beaucoup aimé l’atmosphère du livre, à la fois ironique, grinçante et légèrement cauchemardesque. 

Le personnage principal, confronté à une situation aussi étrange qu’incompréhensible, devient le révélateur de nos propres contradictions : vouloir plus, posséder davantage, tout en perdant progressivement le sens de ce que l’on cherche vraiment. Cette critique de la société de consommation est menée avec subtilité, sans lourdeur, ce qui rend le roman d’autant plus efficace.

Le style de Sotakis est sobre, précis, et sert parfaitement cette histoire étrange. On avance dans le récit avec une sensation de flottement, comme si tout pouvait basculer d’une page à l’autre. C’est justement ce mélange d’humour noir, d’absurde et de réflexion qui fait la force du livre. On referme le roman avec un vrai sentiment de malaise, mais aussi avec l’impression d’avoir lu une œuvre singulière et intelligente.

En bref, un roman original, percutant et captivant, qui plaira à ceux qui aiment les récits un peu décalés, les histoires qui font réfléchir et les atmosphères proches de Kafka ou du conte philosophique.

jeudi 16 juillet 2026

Si tu ne dors pas


Résumé : 
Personne n'a rien vu. Sauf eux.
Avec deux enfants en bas âge à la maison, Mary ne dort plus. Quant à Tim, c'est son passé traumatique qui lui fait perdre le sommeil. Par une étouffante nuit caniculaire londonienne, Mary et Tim se rencontrent dans un parc. Ils ne se connaissent pas, mais ils vont très vite nouer un lien indéfectible : ce sont les seuls témoins d'un drame. Dans la maison d'en face, à travers la fenêtre, ils ont assisté à ce qui ressemblait à une violente agression. Lorsque les journaux annoncent la disparition d'une femme, qui a été vue pour la dernière fois marchant seule dans le quartier, ils sont convaincus qu'il s'agit de la personne qu'ils ont aperçue. Mais la police ne les croit pas. Et Mary commence à douter d'elle-même... et de Tim. Peut-on se fier à un homme qui ne dort jamais ?

Mon avis : 
Claire McGowan signe avec Si tu ne dors pas un thriller domestique efficace, porté avant tout par ses personnages profondément humains. J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice dépeint deux trajectoires cabossées par la vie : Mary, jeune mère épuisée, submergée par son quotidien et privée de sommeil, et Tim, ancien correspondant de guerre hanté par un stress post-traumatique après un attentat en Syrie. Leur rencontre, en tant que voisins londoniens, donne lieu à une dynamique touchante et crédible.

L’enquête autour de la disparition de Samantha sert de fil conducteur solide, avec un rythme soutenu qui en fait un véritable page-turner. On tourne les pages avec facilité, porté par une écriture fluide et immersive. Cela dit, l’intrigue reste assez prévisible dans son déroulé, ce qui atténue quelque peu la tension et l’effet de surprise attendu dans ce type de roman.

Là où le livre m’a le plus convaincu, c’est dans son exploration de la fragilité mentale et émotionnelle de ses personnages. Mary et Tim sont imparfaits, fatigués, parfois perdus — et c’est précisément ce qui les rend attachants. Leur relation, faite de soutien mutuel et de compréhension silencieuse, est l’un des points forts du roman.

J’avoue néanmoins être resté un peu sur ma faim concernant leur lien : une évolution plus marquée vers une forme de romance aurait apporté une dimension supplémentaire à l’histoire. Ce choix de retenue est cohérent, mais laisse une légère frustration.


The divorce


Résumé : 
What is a happily ever after really worth?
Naomi was living the quintessential love story. Boy meets girl. They fall in love, get married, buy a dream house, start a family...
Then—he kicks her out, hires the city’s best divorce lawyers, drains their accounts, and takes up with a 20-something.
It’s a brutal end to the story. Naomi should accept defeat: move into a dingy apartment, get back into the workforce, and piece together the shattered remains of her life.
Except, why should she?
Instead, Naomi fixates on her husband’s new girlfriend. What begins as cynical curiosity soon twists into obsession—and then into something far darker. As Naomi uncovers secrets she never imagined, she realizes her own life may be in danger.
But if it keeps her perfect family intact, isn’t it worth it?

Mon avis :
« The Divorce » de Freida McFadden s’inscrit parfaitement dans la lignée de ses thrillers domestiques : une lecture addictive, tendue du début à la fin, où chaque détail semble anodin avant de prendre un sens plus sombre. Dès les premières pages, l’autrice installe une atmosphère oppressante, jouant habilement avec les non-dits et les faux-semblants.

Comme souvent chez McFadden, les personnages sont au cœur du suspense. Chacun cache son jeu, dissimule ses intentions, et le lecteur avance avec une méfiance constante, incapable de distinguer le vrai du faux. Cette ambiguïté permanente crée une tension très efficace, renforcée par un rythme rapide qui donne envie d’enchaîner les chapitres.

Le twist final, même si je l’avais en partie anticipé, n’en reste pas moins percutant. Il recontextualise l’ensemble de l’intrigue et confirme le talent de l’autrice pour construire des retournements intelligents et satisfaisants.

mercredi 15 juillet 2026

Elle et son chat


Résumé : 
C’était au début du printemps, par un jour de pluie. Ce jour-là, elle m’a recueilli. Depuis, je suis son chat à Elle.

Un chat au franc-parler amoureux de sa maîtresse, une chatte rêveuse abandonnée, un chaton perdu dans sa nouvelle famille d’accueil et un chat de gouttière railleur… Ils vivent à Tokyo, dans le même quartier, se croisent et fraternisent au gré des saisons. Et non contents de bouleverser le quotidien de leurs humaines respectives, ils finissent par entremêler leurs vies.

Dans ce magnifique récit choral, femmes et félins se lient d’amitié et s’entraident pour apprendre, ensemble, la beauté de la vie. Un tableau urbain poétique sur la fragilité de la vie, son charme, la solitude et le jeu des apparences, porté par un style délicat et épuré.

Mon avis : 
Un roman tout en douceur, délicatement tissé autour de solitudes urbaines et de rencontres inattendues. Dans Elle et son chat, Makoto Shinkai et Naruki Nagakawa proposent une mosaïque de portraits reliés par un fil discret mais touchant : la présence des chats, observateurs silencieux et passeurs de liens entre les humains.

Chaque chapitre donne voix à une femme, à un moment charnière de sa vie, et à son chat, dont le regard à la fois naïf et lucide apporte une profondeur inattendue au récit. Ce procédé narratif fonctionne particulièrement bien : il crée une proximité immédiate avec les personnages tout en instaurant une forme de poésie du quotidien, presque contemplative.

Ce qui fait la force du roman, c’est son atmosphère. On est ici dans un registre résolument cozy, sans grands bouleversements dramatiques, mais avec une attention sincère portée aux petits riens : un appartement un peu vide, une relation qui s’effiloche, une rencontre qui change imperceptiblement le cours des choses. Les chats deviennent alors des catalyseurs d’émotions, des présences rassurantes qui facilitent les connexions humaines.

Le style est simple, fluide, parfois presque minimaliste, mais toujours juste. Il accompagne parfaitement le propos et renforce cette impression de calme et de tendresse qui se dégage de l’ensemble. On ressort de cette lecture apaisé, avec l’impression d’avoir partagé un moment suspendu.

Un roman mignon, certes, mais surtout sincère et plutôt réussi dans sa manière de capturer ces instants fragiles où les vies se croisent et se réparent doucement.

samedi 11 juillet 2026

Le calamity club

Résumé :
Meg, onze ans, a appris à ne compter sur personne. Depuis que sa mère l'a abandonnée, elle fait partie des grandes filles " inadoptables " de l'orphelinat, où elle se bat chaque jour pour garder espoir malgré le mépris et la cruauté de la présidente.

Birdie, missionnée d'aller retrouver sa sœur récemment mariée à un riche banquier pour sauver sa famille ruinée, découvre un foyer parfait en apparence mais qui repose en réalité sur un tissu de mensonges.

Charlie, internée de force dans un asile après avoir été jugée " faible d'esprit ", est prête à tout pour récupérer sa fille perdue et retrouver sa dignité.

Trois destins qui vont se rencontrer par la force du hasard autour de l'orphelinat du comté de Lafayette, puis converger avec celui d'un groupe de femmes intrépides qui élaborent un plan audacieux : le " Calamity Club ". Mais dans une ville où règne l'hypocrisie, le moindre acte de défi vous expose à tous les dangers... Quel sera le prix à payer pour leur désobéissance ?


Mon avis : 
Plonger dans Le Calamity Club de Kathryn Stockett, c’est plongler au coeur du Mississippi des années 1930. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette atmosphère dense, où se mêlent les échos de la prohibition, les injustices de la ségrégation raciale et l’ombre glaçante des programmes de stérilisation. L’autrice réussit avec finesse à rendre ce contexte historique aussi vivant qu’oppressant, sans jamais alourdir le récit.

Mais ce qui fait toute la force du roman, ce sont ses personnages. Birdie et Meg, en particulier, qui m’ont profondément marqué. Leur relation, faite de fragilité, de courage et d’une humanité désarmante, donne au récit une intensité émotionnelle rare. Elles incarnent, chacune à leur manière, une forme de résistance face aux normes sociales et aux violences de leur époque. On s’attache à elles presque malgré soi, et il est difficile de les quitter une fois le livre refermé.

Kathryn Stockett signe ici un roman à la fois sensible et engagé, qui interroge sans jamais juger, et qui laisse une empreinte durable. Une lecture marquante, portée par une écriture immersive et des personnages inoubliables.

mardi 30 juin 2026

L'irrésistible appel de la vengeance


Résumé : 
Amanda n’est pas au mieux de sa forme : auteure de polar has been, malheureuse en amour et un peu trop portée sur le gin, elle s’aperçoit avec dépit qu’il est difficile de se remettre en selle à cinquante ans. En attendant des jours meilleurs, elle anime un atelier d’écriture.
Sous sa direction, un petit groupe de prétendants à la gloire littéraire s’exerce à l’art du crime parfait. Parmi eux, Rutger, le beau tennisman, Vanessa, la MILF tirée à quatre épingles, Giovanni, le romantique octogénaire, et Ludovica, l’insupportable agent littéraire d’Amanda. Chapitre après chapitre, professeur et élèves se plongent dans les mécanismes subtils d’une intrigue romanesque, mais aussi dans ceux, plus insidieux, des passions qui les lient les uns aux autres.

Mon avis : 
J'ai absolument adoré ce roman !

Ce livre est un régal, tant par son style léger mais vraiment bien écrit, que par son intrigue entrelacée qui constitue une analyse très pertinente de l'art de la narration et de l'écriture.

L'atelier d'écriture créative et l'entrelacement des personnages sont les outils narratifs permettant de construire un mystère parfait, une métafiction au sein même du roman. Chaque participant se verra attribuer un chapitre de l'histoire travaillée en classe, chaque chapitre mettant en valeur le style d'écriture de son personnage. Les principes clés de l'écriture policière – rythme, suspense, surprise et rebondissement – ​​seront expliqués en détail pour chaque chapitre.

J'ai trouvé la fin un peu précipitée par rapport au reste du roman : quelques pages supplémentaires auraient certainement enrichi l'histoire. 

lundi 29 juin 2026

Selon Barbara


Résumé : 
En 1976, une nuit d'été à Marseille, une série de gestes minuscules déplace silencieusement des vies entières. Barbara traverse alors un drame. Sa soeur, Nathalie, âgée de quinze ans, n'a pas les armes pour tout comprendre. Trente ans plus tard, devenue chroniqueuse judiciaire, elle tente de saisir ce qui, dans l'histoire de sa soeur, résiste encore à la logique. Pourquoi l'affaire la concernant n'a-t-elle jamais été résolue ? Il y a des archives incomplètes, un journal destiné à ne jamais être lu, une île battue par les vents, et cette impression persistante que le hasard n'explique pas tout. Entre maternité et renoncement, vérité et protection, ce roman explore ces instants où des décisions presque invisibles - un mensonge, une omission, un réveil en pleine nuit - deviennent le point de bascule d'une existence. Car parfois, ce ne sont pas les grandes tempêtes qui bouleversent le monde, mais les plus infimes variations.

Mon avis : 
J’ai beaucoup aimé Selon Barbara, un roman que j’ai lu avec une vraie sensation d’immersion. Dès les premières pages, on est pris dans cette histoire de femmes liées par un secret, et j’ai trouvé très réussi ce côté enquête, où les vérités se dévoilent peu à peu, presque par petites secousses.

Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la façon dont Sophie Astrabie aborde des sujets forts sans lourdeur. La maternité, le désir d’enfant, la contraception dans les années 70, les silences imposés aux femmes : tout cela est traité avec beaucoup de sensibilité et de justesse.

Mais au-delà du sujet, ce sont surtout les liens entre les personnages qui m’ont touché. J’ai aimé cette sororité qui se dessine, parfois discrète, parfois évidente, mais toujours précieuse. On sent à quel point ces femmes se protègent, se comprennent, se manquent aussi, et cela donne au roman une vraie profondeur émotionnelle.

L’écriture m’a également beaucoup plu : elle est fluide, délicate, et elle accompagne parfaitement cette histoire faite de non-dits, de mémoire et de révélations. C’est un roman que je referme avec le sentiment d’avoir lu quelque chose de beau, de sensible, et de nécessaire.

dimanche 28 juin 2026

Le Chardonneret

 

Résumé : 
Theo Decker a treize ans. Il vit les derniers instants de sa vie d’enfant. Survivant miraculeux d’une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d’un ami pour échapper aux services sociaux. Mais cette situation ne pourra être que temporaire. Désormais Theo va comprendre très jeune, qu’il ne peut compter que sur lui-même. Tout ce qui lui reste de cette journée où il a perdu sa mère, c’est un tableau, une toile de maître minuscule, envoûtante, infiniment précieuse et qu’il n’a pas le droit de posséder. Mais il ne peut plus s’en détacher. Et elle va l’entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l’art.

Mon avis :
Dès les premières pages, j’ai été happé par l’idée de départ : un adolescent marqué par un drame, lié presque malgré lui à un tableau.

Il y a là une promesse forte, esthétique et psychologique, et Donna Tartt sait créer une atmosphère dense. Cependant, cette promesse s’étire, et finit par se diluer a mesure qu'on avance dans l'histoire. Là où j’attendais une tension constante autour du tableau et de la trajectoire de Theo, le récit se disperse dans de longues digressions, parfois intéressantes, souvent répétitives. Certaines parties — notamment à Las Vegas — apportent une vraie profondeur aux personnages (avec l'apparition de Boris, sans aucun doute mon personnage préféré), mais d’autres donnent le sentiment de tourner en rond, comme si le roman peinait à justifier sa propre ampleur.

Le principal défaut du livre reste pour moi la longueur : plus de 1100 pages dans la traduction française, c’est considérable, et difficile à soutenir sans un renouvellement narratif plus marqué. À force d’étirer les situations et les introspections, l’émotion s’émousse. Ce qui aurait pu être un roman puissant et resserré devient une expérience de lecture inégale, oscillant entre fascination et fatigue.

Cela dit, il serait injuste de ne pas reconnaître les qualités du livre : une écriture précise, une réelle sensibilité dans la construction des personnages, et une réflexion intéressante sur l’art, la perte et l’identité. Mais pour ma part, l’enthousiasme initial n’a pas résisté à la longueur excessive du récit.

vendredi 26 juin 2026

Tout ce que nous n’avons jamais été


Résumé : 
Leah est brisée. Leah ne peint plus. Leah n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis l’accident qui a emporté ses parents.
Axel est le meilleur ami de son grand frère. Lorsqu’il accepte d’héberger Leah quelques mois, il veut aider à recoller les morceaux de la jeune fille pleine de vie qu’elle a été. Mais il ne sait pas qu’elle est amoureuse de lui depuis toujours, ni que sa vie entière est sur le point de basculer.
Parce qu’elle lui est interdite, quand bien même elle embrase ses sens.
Parce qu’elle représente la mer et les nuits étoilées au son des vinyles des Beatles.
Parce que parfois, il suffit de lâcher prise et de se laisser tenter pour tout avoir.

Mon avis : 
Tout ce que nous n’avons jamais été est une lecture qui m’a profondément touchée, autant par son intensité émotionnelle que par la justesse de ses personnages. Alice Kellen parvient à créer une histoire à la fois douce et poignante, où les sentiments prennent toute la place sans jamais tomber dans l’excès.

Leah est un personnage particulièrement attachant. Fragile mais déterminée, elle avance malgré ses blessures et découvre peu à peu ce que signifie aimer. Sa relation avec Axel est au cœur du roman, et c’est justement cette dynamique qui rend l’histoire si prenante. Axel, avec ses défauts — égoïste, fêtard, séducteur — n’est pas idéalisé, et c’est ce qui le rend crédible et profondément humain. Derrière cette façade, il devient celui qui aide Leah à retrouver le sourire, à se reconstruire, et à vivre son premier amour avec une intensité rare.

Leur relation, marquée par la différence d’âge et le lien initial (meilleur ami du frère), apporte une tension constante, entre désir, culpabilité et tendresse. Alice Kellen explore avec finesse ces contradictions, rendant chaque interaction vibrante et sincère.

La fin, quant à elle, est particulièrement bouleversante. Elle laisse un goût d’inachevé et une émotion persistante qui donne immédiatement envie de se plonger dans la suite. 

Un roman que j’ai adoré, et dont j’attends désormais avec impatience de voir l’adaptation au cinéma.

Dernier Nouvel An


Résumé : 
Au douzième coup de minuit, plus rien ne sera comme avant.
Ebba et Marlon sont fous amoureux comme on peut l'être à dix-sept ans. Ils ont retardé l'échéance, mais il est temps que leurs parents se rencontrent. Réunis sous le même toit pour un repas du nouvel an intime, les deux adolescents découvrent avec horreur que les adultes se connaissent déjà trop bien. Ils veulent faire bonne figure, mais les masques tombent vite et le passé qu'ils avaient tant voulu étouffer s'invite à la table. Au menu de ce repas de fête : soupçons, rancoeurs et trahisons.

Mon avis : 
Avec Dernier Nouvel An, Martin Österdahl propose un huis clos qui avait tout pour fonctionner, mais qui se révèle au final assez décevant.

La promesse d’un dîner entre amis où les masques tombent est séduisante, et la construction en trois temps — entrée, plat, dessert — entrecoupée de flashbacks, est originale. Malheureusement, cette construction du récit ne suffit pas à masquer les faiblesses du fond.

Le principal problème du roman réside dans sa prévisibilité. Très tôt, les secrets des personnages se laissent deviner sans grande difficulté, et les révélations attendues tombent souvent à plat. Là où le genre exige finesse et ambiguïté, Österdahl opte pour des ficelles assez grossières, donnant au lecteur une longueur d’avance constante sur le récit. Le suspense en pâtit fortement, et la tension, pourtant annoncée, peine à réellement s’installer.

La fin, spectaculaire et dramatique, semble chercher à compenser cette linéarité, mais elle arrive presque trop tard pour surprendre. Si elle impressionne par son intensité, elle ne parvient pas à effacer l’impression d’un roman globalement convenu et sans réelle prise de risque.

Au final, Dernier Nouvel An donne le sentiment d’un exercice de style maîtrisé mais creux, où la forme prend le pas sur un fond trop attendu pour convaincre.

jeudi 25 juin 2026

L'étranger dans la maison


Résumé : 
" Comment te sens-tu ? " Elle voudrait répondre " terrifiée ". À la place, elle dit, avec un faible sourire : " Heureuse d'être à la maison. "
Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d'avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s'est volatilisée. Alors qu'il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d'un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d'ordinaire
jamais les pieds. À son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d'amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est
décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu'un s'introduit en leur absence dans la maison...

Mon avis : 
J’ai retrouvé avec L’étranger dans la maison tout ce que j’aime chez Shari Lapena — et encore une fois, je me suis fait complètement happer. Dès les premières pages, cette impression que quelque chose cloche s’installe, et impossible de lâcher le livre ensuite.

Ce que j’adore chez elle, c’est cette capacité à semer le doute partout. Ici, je n’ai cessé de changer d’avis : un personnage me semblait crédible, puis suspect quelques pages plus loin. Tout le monde cache quelque chose, tout le monde a ses failles, et ça crée une tension presque inconfortable. On ne sait plus à qui se fier, et c’est exactement ce qui rend la lecture aussi addictive.

J’ai aussi beaucoup aimé cette atmosphère très “quotidien qui déraille”. On part d’une situation banale, presque rassurante, pour glisser progressivement vers quelque chose de beaucoup plus sombre. Et plus on avance, plus les révélations s’enchaînent, sans jamais faire retomber la pression. Jusqu’aux derniers chapitres, j’ai douté — et ça, c’est exactement ce que j’attends d’un thriller.

Alors oui, ce n’est peut-être pas le roman le plus surprenant du genre, mais honnêtement, je m’en fiche un peu : j’ai pris énormément de plaisir à le lire. C’est fluide, efficace, terriblement prenant. Typiquement le genre de livre qu’on ouvre “juste pour quelques pages”… et qu’on finit bien trop tard dans la nuit.

Encore une réussite pour moi — Shari Lapena reste une valeur sûre.

jeudi 18 juin 2026

La belle-fille


Résumé : 
Deux jeunes femmes en fuite se rencontrent dans un train. Lorsque l'une d'elles disparaît, abandonnant son bébé, l'autre prend sa place. Pour le meilleur et pour le pire.

Jae-Young monte à bord d'un train pour Séoul, bien déterminée à fuir son passé dans l'anonymat d'une grande ville. Elle y rencontre une jeune mère qui lui confie son histoire : son mari l'a quittée pour une autre, et elle espère trouver refuge auprès de ses beaux-parents qu'elle n'a encore jamais vus. Lorsque Jae-Young revient dans le compartiment après quelques minutes d'absence, la femme a disparu, laissant derrière elle son bébé en pleurs et un message la suppliant d'aller le confier à sa belle-famille. Là-bas, loin de Séoul, Jae-Young découvre le luxe inquiétant d'un manoir isolé. Ce coup du sort providentiel lui offrira-t-il une seconde chance ? Rien n'est moins sûr.

Mon avis : 
La Belle-Fille de Se-Ah Jang est typiquement le genre de thriller domestique qui se lit d’une traite : efficace, rythmé, presque impossible à lâcher une fois commencé. L’autrice maîtrise clairement les codes du genre, en installant dès le départ une atmosphère pesante et des relations familiales teintées de malaise. Rapidement, le doute s’immisce et chaque personnage semble dissimuler une part d’ombre.

La comparaison avec les romans de Freida McFadden s’impose assez naturellement : même mécanique bien huilée, même succession de révélations calibrées pour relancer l’intérêt, et cette impression constante que tout le monde ment — ou, du moins, ne dit pas toute la vérité. Sur ce point, le contrat est rempli : on tourne les pages avec curiosité, voire avec une certaine avidité.

Le twist final fait son effet et rebat les cartes avec habileté. Mais avec un peu de recul, il apparaît presque comme attendu, dans la droite ligne des standards du genre, sans véritable prise de risque. 

Au final, La Belle-Fille est un page turner solide, divertissant et parfaitement calibré pour les amateurs de thrillers psychologiques. Mais derrière son efficacité, il laisse une impression de déjà-vu et peine à s’ancrer durablement en mémoire.

mercredi 17 juin 2026

Mariages et trahisons


Résumé : 
La vie de Rufus Leung Gresham, vicomte St Ives, ressemble à un rêve sur papier glacé. Les manoirs et les yachts de sa famille font la une des magazines et leurs frasques le délice des comptes Instagram. Jusqu’au jour où Rufus découvre le pot aux roses. Leur fortune n’est qu’un amas de dettes et sa mère, la redoutable Arabella, compte sur lui pour renflouer les caisses par un bon mariage. Et justement, les élues potentielles sont invitées aux noces d’Augusta Leung Gresham dans le luxueux resort familial à Hawaï. Doit-il épouser Solène de Courcy, l’héritière française au sang bleu ? La piquante Martha Dung, génie de la finance qui fleure bon les dollars ? Ou avouer son amour à celle qui hante ses pensées, Eden Tong, la fille d’un modeste médecin ? Alors que Rufus doit faire un choix, une éruption volcanique met fin à la cérémonie et bouleverse le destin de la famille…

Mon avis :
Kevin Kwan replonge dans l’univers des ultra-riches asiatiques avec Mariages et trahisons, une comédie sociale toujours aussi pétillante et accessible. 

On y retrouve ce qui fait le sel de ses romans : des personnages hauts en couleur, des intrigues sentimentales entremêlées et un regard amusé — parfois acerbe — sur les codes d’une élite obsédée par les apparences. L’ensemble se lit avec plaisir, porté par un humour léger et un sens du détail qui rendent cet univers aussi fascinant que superficiel.

Cependant, difficile de ne pas comparer avec Crazy Rich Asians, qui conserve une longueur d’avance en termes de rythme et d’impact. Ici, l’intrigue souffre de quelques longueurs, certaines situations s’étirant plus que nécessaire, ce qui dilue légèrement l’intérêt. 

Si le charme opère malgré tout, on referme le livre avec l’impression d’une suite agréable mais moins marquante, comme une variation sympathique plutôt qu’un véritable renouvellement.

mardi 16 juin 2026

Ceux qu'on aime


Résumé : 
Le destin poignant de Themis, femme courageuse et engagée au cœur d'une Grèce tourmentée.

Athènes, 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce, après avoir été libérée de l'occupation allemande est ruinée et le pays devient le théâtre d'une guerre civile. Révoltée par les injustices qui touchent ses proches, la jeune Themis décide de s'engager dans l'armée communiste et se révèle prête à tout, même à donner sa vie, pour défendre ses droits et sa liberté. Quand elle est emprisonnée sur l'île de Makronisos, Themis doit prendre une décision qui la hantera à jamais pour protéger ceux qu'elle aime.
Au crépuscule de sa vie, Themis prend conscience qu'il faut parfois rouvrir certaines blessures pour en guérir d'autres, et lève enfin le voile sur son passé tourmenté.


Mon avis : 
« Ceux qu’on aime » m’a laissé une impression mitigée. J’ai retrouvé la plume fluide et accessible de Victoria Hislop, mais j’ai eu plus de mal à me laisser porter que dans ses précédents romans. Le récit m’a semblé parfois long, avec un rythme inégal qui m’a empêché de m’attacher pleinement à l’histoire et aux personnages.

Ce qui m’a surtout frappé, c’est le virage nettement plus politique et sombre du roman. Là où Hislop explore souvent l’histoire à travers des destins humains forts et lumineux, ici le contexte politique prend une place centrale, parfois au détriment de l’émotion. L’atmosphère est plus lourde, plus tendue, et même si cela apporte une certaine profondeur, j’ai trouvé que cela rendait la lecture moins immersive et plus exigeante notamment quand l'histoire de la Grèce ne nous est pas familiere.

Je reconnais néanmoins le travail de recherche et l’ambition du livre, qui aborde des thématiques importantes avec brio. Mais en comparaison de ses autres œuvres, j’ai moins retrouvé cette chaleur et cette intensité émotionnelle qui m’avaient tant marqué avec ses autres romans. Une lecture intéressante, mais qui ne m’a pas complètement convaincu.

lundi 15 juin 2026

A Family Matter


Résumé : 
It’s 2022, and Heron, an old man of quiet habits, has just had the sort of visit to the doctor that turns a life upside down. Sharing the diagnosis with Maggie, his only daughter, seems impossible. Heron just can’t find the words to tell her about it, or any of the other things he’s been protecting her from for so long.

It’s 1982, and Dawn is a young wife and mother penned in by the expectations of her time and place. Then Hazel comes into her life like a torch in the dark. It’s the kind of connection that’s impossible to resist, and suddenly Dawn’s world is more joyful, and more complicated, than she ever expected. But Dawn has responsibilities, she has commitments: Dawn has Maggie.

At once heart-breaking and hopeful, A Family Matter asks how we might heal from the wounds of the past, and what we might learn from them.

Mon avis : 
J’ai beaucoup aimé cette courte lecture. A Family Matter m’a touché par sa pudeur, sa retenue et cette manière très fine de faire remonter à la surface un secret de famille longtemps enfoui. Claire Lynch écrit sans en faire trop, et c’est justement ce qui rend le roman si juste et si émouvant.

J’ai trouvé très fort la façon dont le passé revient peu à peu bousculer le présent, presque en silence. Tout passe par les non-dits, les tensions discrètes, les blessures qui n’ont jamais vraiment cicatrisé. On sent combien ce qui a été tu pèse encore lourdement sur les générations suivantes, et cela donne au récit une vraie profondeur.

C’est une lecture brève, mais qui laisse une empreinte durable. J’ai particulièrement apprécié cette atmosphère de retenue, presque fragile, qui accompagne un sujet douloureux sans jamais tomber dans le pathos. Un roman tout en délicatesse, que j’ai refermé avec l’impression d’avoir lu quelque chose de sincère et de nécessaire. On constate aussi avec effroi combien la société a évoluer, en quarante ans, en matière de sexualité et sur la question de la famille. Les chiffres donnés par l'autrice en fin de livres sont glaçants.

vendredi 12 juin 2026

Le Diable sur mon épaule


Résumé : 
Austin, Texas. Lorsqu'on diagnostique une maladie foudroyante à sa fille, le monde de Mario s'écroule. Il se met à négliger son travail, se fait virer sans ménagement, les factures d'hospitalisation s'accumulent et sa femme cède lentement au désespoir.

Décidé à relever la tête, Mario contacte Brian, un ancien collègue devenu dealer de meth. Celui-ci lui propose un marché d'une effroyable simplicité : la vie d'un homme, contre 6 000 dollars. Sans une once d'hésitation, Mario accepte. Et découvre que la violence est un excellent remède à la colère qui l'habite.

Mais La Huesuda, la déesse de la mort, plane sur son existence. Et la tragédie le frappe à nouveau.

Lorsqu'il accepte une ultime mission pour un cartel de Juarez, la spirale de violence qui se déchaine alors finit de le convaincre qu'il n'aurait jamais dû ouvrir la porte au diable.

Mon avis : 
Le diable sur mon épaule m’a laissé une impression très contrastée. J’ai été profondément touché par le début du roman, par cette figure de père de famille brisé, emporté malgré lui dans une spirale tragique.

 Gabino Iglesias capte très bien cette bascule, ce moment où une vie ordinaire déraille. La peinture d’une Amérique en marge, loin de tout fantasme de réussite, est saisissante, presque suffocante de réalisme.

Mais plus j’avançais, plus la violence a pris le dessus — jusqu’à devenir, pour moi, un véritable obstacle à la lecture. Je comprends l’intention : montrer un monde brutal, sans échappatoire, dominé par les cartels et la loi du plus fort. Pourtant, cette violence m’a semblé parfois gratuite, comme si elle finissait par écraser le propos au lieu de le servir.

Là où j’étais au départ impliqué émotionnellement dans la chute du personnage, j’ai fini par me sentir mis à distance, presque anesthésié par l’accumulation de scènes choquantes. À force de vouloir montrer l’horreur, le roman perd, selon moi, une partie de sa puissance émotionnelle.

C’est indéniablement un texte fort, sombre, et maîtrisé dans son ambiance. Mais c’est aussi une lecture que j’ai trouvée éprouvante, voire excessive, et qui m’a laissé un sentiment de malaise plus que de véritable bouleversement.

lundi 8 juin 2026

Le Mécontentement


Résumé : 
Tous les matins, dans son bel appartement en plein coeur de Madrid, Marisa se réveille prise d’une angoisse existentielle à la pensée de la journée qui l’attend. Car elle déteste chaque aspect du travail en entreprise – les mensonges dont l’agence de publicité fait son blé, l’hypocrisie de la hiérarchie, la banalité abyssale des discussions –, et n’y survit que grâce aux vidéos YouTube qu’elle regarde en cachette et à une quantité massive d’antidépresseurs. Un équilibre fragile que viennent mettre en péril un été caniculaire et l’annonce d’un séminaire d’entreprise. Isolée dans la forêt autour de Ségovie et hantée par le souvenir de la seule collègue à laquelle elle ne se soit jamais attachée, Marisa voit son masque social se fissurer peu à peu, et naître en elle les pulsions les plus folles.

Mon avis : 
Le Mécontentement de Beatriz Serrano est une lecture qui m’a profondément marqué. J’ai été happé dès les premières pages par cette plongée lucide et sans concession dans le monde de l’entreprise, où les individus semblent peu à peu perdre leur humanité au profit de logiques absurdes et déshumanisantes.

Le personnage de Marisa est, à mes yeux, l’un des plus grands atouts du roman. Elle est incroyablement attachante, à la fois fragile, lucide et profondément humaine. À travers elle, on ressent toute la tension entre la nécessité de s’adapter à un système oppressant et le besoin de préserver son identité. Son regard sur ce qui l’entoure est souvent empreint d’une ironie discrète, mais aussi d’une grande sensibilité, ce qui la rend d’autant plus proche du lecteur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la justesse avec laquelle Beatriz Serrano dépeint les dérives du monde professionnel : la perte de sens, les injonctions contradictoires, la pression constante, et cette impression d’être interchangeable. Rien n’est caricatural, tout sonne vrai, presque trop vrai parfois. On se reconnaît, ou on reconnaît quelqu’un.

C’est un roman à la fois critique et profondément humain, qui questionne notre rapport au travail et à nous-mêmes. Une lecture que je recommande vivement, autant pour sa finesse psychologique que pour sa pertinence.

dimanche 7 juin 2026

La vie dont nos rêvions


Résumé : 
Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer.
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens.
Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…

Dans ce lieu de quiétude absolue, l’espace infini a tôt fait de devenir une prison, et la solitude, un miroir tendu à la noirceur des âmes. Tout n’est que mensonge, duplicité et, tandis qu’à la clarté de l’été succède l’obscurité de l’hiver, l’idylle se meut peu à peu en un huis clos hautement toxique.

Mon avis : 
La vie dont nous rêvions de Michelle Sacks est un roman aussi troublant que captivant, qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Dès les premières pages, l’autrice installe un huis clos étouffant où le malaise s’insinue progressivement, jusqu’à devenir presque palpable.

Ce qui m’a particulièrement marqué, ce sont les trois personnages principaux, profondément dérangeants. Chacun porte en lui une part d’ombre, des failles, des non-dits, et surtout quelque chose à se reprocher. Michelle Sacks excelle à les rendre à la fois fascinants et profondément antipathiques : on oscille constamment entre rejet et curiosité, dans une dynamique où l’on adore les détester.

Le suspense est savamment dosé. Il ne repose pas sur des rebondissements spectaculaires, mais sur une tension psychologique qui ne cesse de croître, alimentée par les silences, les regards et les mensonges. Ce climat oppressant donne au roman une intensité remarquable, renforcée par une écriture précise et immersive.

Au-delà de l’intrigue, le livre explore avec finesse les thèmes de la culpabilité, du désir et des illusions que l’on entretient sur soi-même et sur les autres. C’est un roman dérangeant, parfois inconfortable, mais terriblement efficace.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée, autant pour son atmosphère que pour la complexité de ses personnages, et qui laisse une impression durable une fois la dernière page tournée.

jeudi 4 juin 2026

Les fleuves du ciel


Résumé : 
Londres, 1840. Arthur, un garçon à la mémoire prodigieuse né sur les rives de la Tamise, est engagé comme apprenti dans une imprimerie. Bientôt, son monde s'ouvre bien au-delà des taudis de la capitale anglaise, vers un autre fleuve, le Tigre, et une ancienne cité de Mésopotamie qui abrite les fragments d'un poème oublié. Turquie, 2014. Chassées de leur village au bord du Tigre, Naryn, une petite fille yézidie, et sa grand-mère entreprennent un long voyage, traversant des terres en guerre dans l'espoir d'atteindre la vallée...

Mon avis : 
Les Fleuves du ciel d’Elif Shafak est un roman foisonnant, avec  quelques longueurs au fil de la lecture mais c'est aussi un roman passionant.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est ce fil conducteur autour de l’eau, à la fois élément vital, mémoire des civilisations et lien invisible entre les époques et les destins. Shafak tisse avec finesse plusieurs temporalités et parvient à donner à l’eau une dimension presque spirituelle, comme si elle portait en elle les traces de l’humanité tout entière.

J’ai également été passionné par la richesse des sujets abordés : les civilisations anciennes, les systèmes d’écriture, les peuples de Mésopotamie… On sent un véritable travail de recherche, qui nourrit le récit sans jamais le rendre inaccessible, même si certains passages peuvent sembler un peu denses ou ralentir le rythme.

Un moment m’a particulièrement marqué : l’arrivée d’Arthur à Istanbul, encore Constantinople à son époque. Cette scène est magnifiquement décrite, presque sensorielle. Ayant moi-même découvert la ville il y a peu, j’ai ressenti un écho très personnel à cette description, comme si le passé et le présent se superposaient l’espace de quelques pages.

Si le roman souffre parfois de quelques longueurs, notamment dans ses passages les plus explicatifs, cela n’enlève rien à la beauté globale de l’œuvre. Les Fleuves du ciel est un livre ambitieux, riche et profondément réfléchi, qui invite à ralentir et à contempler les liens invisibles entre les êtres, les lieux et les époques.