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mardi 7 avril 2026

Anatomie d’une disparition

 

Résumé : 
«Il est des jours où l’absence de mon père me pèse comme un enfant assis sur ma poitrine. Il en est d’autres où je me souviens à peine des traits exacts de son visage, jusqu’à devoir sortir de leur vieille enveloppe les photographies rangées dans le tiroir de ma table de nuit. Jamais, depuis sa soudaine et mystérieuse disparition, je n’ai cessé de le chercher, de scruter les endroits les plus improbables.»

Kamal Pasha el-Alfi, dissident politique sous une dictature arabe et ancien ministre de la monarchie égyptienne, est enlevé sous les yeux de sa maîtresse. Son fils Nuri, adolescent à l’époque, n’aura de cesse d’élucider ce mystère. Devenu adulte, il s’empare du souvenir de cet homme respecté de tous, aimant mais avare de paroles. Resurgissent alors la mort inexpliquée de sa mère et la passion coupable qu’il nourrit pour la seconde femme de son père, la jeune Anglaise Mona.

Récit d’une construction de soi, ce roman dépeint avec justesse une jeunesse du monde arabe tiraillée par l’exil et le renoncement.

Mon avis : 
J’ai dévoré ce roman, littéralement. Hisham Matar nous plonge dans une histoire sobre et poignante où chaque silence compte autant que les mots. À travers Nuri, ce jeune garçon qui grandit dans l’ombre de la perte, on découvre un roman d’apprentissage bouleversant : un chemin vers soi qui passe par la recherche obstinée d’un père disparu, réel ou fantasmé.

Ce qui frappe, c’est la délicatesse de l’écriture — jamais sentimentale, toujours juste. Matar explore la douleur du manque, la confusion du deuil et la façon dont l’absence façonne l’identité. Nuri se construit sur cette faille, entre désir de vérité et impossibilité de la trouver, poursuivant inlassablement le fantôme d’un père qui incarne à la fois l’idéal et le mystère.

Le cadre politique de l’exil et des disparitions en Libye / Egypte ajoute une profondeur tragique sans jamais étouffer le récit intime. Tout se joue dans les nuances : un regard, une lettre, un souvenir esquissé.

C’est un roman qu’on referme avec le cœur serré, conscient que la disparition ne s’efface jamais complètement — elle devient simplement partie de nous. Une lecture à la fois élégante, déchirante et lumineuse, pour quiconque s’interroge sur la mémoire, la filiation et le poids du silence.

mercredi 26 juin 2024

La Terre qui les sépare

 

Résumé : 
En 1990, Hisham Matar a dix-neuf ans lorsque son père, Jaballa Matar, disparaît. Celui-ci, après avoir trouvé refuge en Égypte avec ses proches, est enlevé et emprisonné en Libye pour s’être opposé dès le début au régime de Kadhafi. La famille reçoit quelques lettres, envoyées secrètement, jusqu’à ce que toute correspondance cesse brusquement. Vingt et un ans plus tard, lors de la chute de Kadhafi, en 2011, le peuple prend les prisons d’assaut et libère les détenus. Mais Jaballa Matar est introuvable. A-t-il été exécuté lors du massacre d’Abou Salim qui a fait 1 270 victimes en 1996? La détention l’a-t-elle à ce point affaibli qu’il erre quelque part, libre mais privé de souvenirs et d’identité?
Hisham Matar va mener l’enquête pendant des années, contactant des ONG et des ambassades, relatant l’histoire de cette disparition dans la presse internationale, se rendant à la Chambre des lords en Angleterre, son pays d’adoption, s’adressant aux personnalités les plus inattendues, de Mandela au fils de Kadhafi.
À travers une méditation profonde et universelle sur la condition des fils qui attendent le retour de leurs pères partis au combat, Hisham Matar retrace aussi l’histoire poignante d’un retour au pays, après une absence de plus de trente ans. Il livre également un portrait subtil de la Libye prise dans la tourmente de la dictature et de la révolution, qui synthétise les espoirs déçus du Printemps arabe.

Mon avis : 
C’est la première fois que je lis un livre d’Hisham Matar et La terre qui les sépare est un recit magnifique.

L’auteur nous emmène dans sa recherche de la vérité sur ce qui est arrivé à son père, kidnappé en Égypte et emprisonné en Libye, pour s'être ouvertement opposé au régime de Kadhafi.

C'est un voyage à travers l'histoire politique de ce pays, mais aussi un voyage à travers le passé familiale.

Lecture prenante, histoire belle et terriblement triste avec laquelle on apprend beaucoup sur la Libye et dont on ne ressort pas indemne.