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jeudi 4 juin 2026

Les fleuves du ciel


Résumé : 
Londres, 1840. Arthur, un garçon à la mémoire prodigieuse né sur les rives de la Tamise, est engagé comme apprenti dans une imprimerie. Bientôt, son monde s'ouvre bien au-delà des taudis de la capitale anglaise, vers un autre fleuve, le Tigre, et une ancienne cité de Mésopotamie qui abrite les fragments d'un poème oublié. Turquie, 2014. Chassées de leur village au bord du Tigre, Naryn, une petite fille yézidie, et sa grand-mère entreprennent un long voyage, traversant des terres en guerre dans l'espoir d'atteindre la vallée...

Mon avis : 
Les Fleuves du ciel d’Elif Shafak est un roman foisonnant, avec  quelques longueurs au fil de la lecture mais c'est aussi un roman passionant.

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est ce fil conducteur autour de l’eau, à la fois élément vital, mémoire des civilisations et lien invisible entre les époques et les destins. Shafak tisse avec finesse plusieurs temporalités et parvient à donner à l’eau une dimension presque spirituelle, comme si elle portait en elle les traces de l’humanité tout entière.

J’ai également été passionné par la richesse des sujets abordés : les civilisations anciennes, les systèmes d’écriture, les peuples de Mésopotamie… On sent un véritable travail de recherche, qui nourrit le récit sans jamais le rendre inaccessible, même si certains passages peuvent sembler un peu denses ou ralentir le rythme.

Un moment m’a particulièrement marqué : l’arrivée d’Arthur à Istanbul, encore Constantinople à son époque. Cette scène est magnifiquement décrite, presque sensorielle. Ayant moi-même découvert la ville il y a peu, j’ai ressenti un écho très personnel à cette description, comme si le passé et le présent se superposaient l’espace de quelques pages.

Si le roman souffre parfois de quelques longueurs, notamment dans ses passages les plus explicatifs, cela n’enlève rien à la beauté globale de l’œuvre. Les Fleuves du ciel est un livre ambitieux, riche et profondément réfléchi, qui invite à ralentir et à contempler les liens invisibles entre les êtres, les lieux et les époques.

dimanche 19 avril 2026

Le musée de l'innocence


Résumé :
Kemal, un jeune homme d’une trentaine d’années, est promis à Sibel, issue comme lui de la bonne bourgeoisie stambouliote, quand il rencontre Füsun, une parente éloignée et plutôt pauvre. Il tombe fou amoureux de la jeune fille, et sous prétexte de lui donner des cours de mathématiques, la retrouve tous les jours dans l’appartement vide de sa mère. En même temps, il est incapable de renoncer à sa liaison avec Sibel.
C’est seulement quand Füsun disparaît, après les fiançailles entre Sibel et Kemal célébrées en grande pompe, que ce dernier comprend à quel point il l’aime. Kemal rend alors visite à sa famille et emporte une simple réglette lui ayant appartenu : ce sera la première pièce du musée qu’il consacrera à son amour disparu. Puis, il avoue tout à Sibel et rompt les fiançailles. Quand, quelque temps après, Kemal retrouve la trace de Füsun, mariée à son ami d’enfance Feridun, son obsession pour la jeune femme montera encore d’un cran…

Mon avis :
Une lecture absolument inoubliable – sans doute l'un des plus beaux romans que j'aie jamais lus.

Le musée de l’innocence d’Orhan Pamuk est une lecture vertigineuse. Peu de romans parviennent à mêler avec une telle intensité l’amour, le temps qui passe et la mémoire. C’est un livre qui ne se contente pas de raconter une histoire : il la collectionne, comme Kemal collectionne les objets liés à Füsun, avec une minutie presque sacrée.

Ce qui m’a profondément marqué, c’est cette passion dévorante, à la frontière de l’obsession. L’amour de Kemal n’est ni idéalisé ni véritablement sain, et pourtant il touche à quelque chose d’universel : la peur de perdre, le besoin de retenir ce qui nous échappe. Pamuk réussit à rendre cette fixation à la fois troublante et poignante, sans jamais tomber dans le jugement. On est happé, parfois mal à l’aise, mais toujours fasciné.

Le roman est aussi une magnifique déclaration à Istanbul. À travers les rues, les objets du quotidien, les habitudes sociales et les transformations de la ville, Pamuk dresse un portrait en creux de plusieurs décennies. J’ai eu l’impression de voyager dans un Istanbul intime, loin des clichés touristiques, presque comme si la ville elle-même devenait un personnage du récit.

La construction du roman, lente et immersive, peut dérouter, mais elle participe justement à cette sensation de mémoire accumulée. Chaque détail compte, chaque objet devient une relique, et l’ensemble forme une sorte de musée littéraire profondément émouvant.

En parallèle a ma lecture, j'ai regardé l’adaptation avec l'excellent Selahattin Paşalı dans le rôle de Kemal. Il incarne avec justesse cette mélancolie obsessionnelle, cette tension constante entre désir et perte. Cela rend l’histoire encore plus incarnée, presque tangible.

C’est un livre qui reste longtemps après l’avoir refermé. Et l’idée de pouvoir visiter le véritable musée à Istanbul donne au roman une résonance unique, comme si la frontière entre fiction et réalité s’effaçait complètement.

mercredi 8 janvier 2025

Comme un souffle

 

Résumé : 
De retour en Italie après cinquante années passées à Istanbul, Elsa Corti espère enfin retrouver sa chère sœur, Adele. Mais quand elle sonne à la porte de l'appartement qu'elles ont occupé toutes les deux à Rome, c'est le nouveau propriétaire qui vient lui ouvrir.
Elsa et Adele réussiront-elles à se parler de nouveau ? Quel secret les à séparées pendant si longtemps ? C'est entre ces murs où leurs vies ont basculé que l'histoire d'essayer et Adele va enfin trouver son dénouement.

Mon avis : 

Un roman magnifique, lu d'un trait, sans pouvoir m'arrêter. 

On fait d'abord la connaissance d'Elsa, qui revient à Rome après cinquante ans à Istanbul. “Tu imagines ça? Istanbul ! Même dans les rêves les plus fous de notre enfance, je n'aurais jamais pensé que la vie m'aurait conduite dans un endroit aussi lointain, infiniment plus vaste que la petite ville ou nous avons grandi. Je croyais trouver une cité exotique et inhospitalière, mais j'ai été amenée a changer d'avis. Istanbul m'a accueillie avec générosité et m'a choyée, me faisant me sentir chez moi. L'âme sensuelle de cette ville magique et puissante m'a déjà séduite.” Elle veut voir sa sœur Adele une dernière fois avant de mourir. Que s'est-il passé entre les deux sœurs ? 

J'ai beaucoup aimé les descriptions de l'Italie mais surtout d'Istanbul, ville que je rêve de visiter. J'ai beaucoup aimé les deux sœurs que j'ai trouvé extrêmement moderne pour leur âge. Leur relation a été brisé, on devine assez rapidement pourquoi mais ca ne gâche pas la lecture pour autant. 

Cependant, les personnages secondaires n'apportent pas grand chose, ils servent plus de prétexte a faire parler Elsa mais surtout Adele. J'aurais sans doute aimé qu'il est un rôle plus important a jouer. Je trouve aussi que les hommes n'ont pas forcement le beau rôle ici : Le père fuyant son foyer a cause de la mère malade, le mari qui a peur de la grossesse de sa femme et je ne parle même pas du mari d'Adele. 

Malgré ca, je suis vraiment conquise. C'est un roman habillement construit qui alterne récit au présent et retour dans le passé, récit et lettre manuscrite. L'écriture de Ferzan Ozpetek est belle et j'espere que d'autres de ses  romans seront traduits.


mercredi 3 janvier 2024

La femme aux cheveux roux

 

Résumé : 
Alors qu’il passe quelques semaines auprès d’un maître puisatier pour gagner un peu d’argent avant d’entrer à l’université, le jeune Cem rencontre une troupe de comédiens ambulants et, parmi eux, une femme à la belle chevelure rousse. Il s’en éprend immédiatement, et, malgré leur différence d’âge, se noue entre eux l’esquisse d’une histoire d’amour.
Mais les promesses de cet été sont soudainement balayées lorsque survient un accident sur le chantier du puits. Cem rentre à Istanbul le cœur gros de souvenirs, et n’aura de cesse de tenter d’oublier ce qui s’est passé. C’est sans compter sur la force du destin qui finit toujours par s’imposer aux hommes, et leur rappeler ce qu’ils ont voulu enfouir au plus profond d’eux-mêmes.
Dans ce roman de formation aux allures de fable sociale, Orhan Pamuk tisse à merveille un récit personnel avec l’histoire d’un pays en pleine évolution, et fait magistralement résonner la force des mythes anciens dans la Turquie contemporaine. Avec tendresse et érudition, La Femme aux Cheveux roux nous interroge sur les choix de l’existence et la place véritable de la liberté.

Mon avis : 
Pas une lecture facile, mais un livre intéressant sur la relation entre père et fils. 

L'écrivain a également inclus de nombreux contes et légendes turcs et compare les cultures occidentales et orientales. Il a construit lentement son histoire et j'ai vraiment aimé la narration. 

Dommage que la fin soit aussi prévisible. 

Istanbul est une ville que j'aimerais visiter et j'ai adoré lire sur l'évolution de la ville et de ses habitants entre 1980 et aujourd'hui. C'était mon premier roman d'Orhan Pamuk mais il m'a donné envie d'en découvrir d'autres.

lundi 21 août 2023

L'aurore


Résumé : 
L'Aurore de Selahattin Demirtas, c'est le cri de la part éclairée d'un pays.
Ce livre, écrit en prison, est en train de devenir un cri de ralliement et d'espoir.
Des histoires turques et kurdes dédiées « à toutes les femmes qui ont été assassinées et qui ont été victimes de la violence », mais qui n'échappent pas à l'humour. L'auteur aurait pu nous livrer un récit pesant sur les crimes d honneur, le travail des enfant, l'exil ou la guerre, dans la Turquie et la Syrie contemporaines ; bien au contraire : il lui donne un ton drôle et irrésistiblement tendre. Subversif et obsédant aussi.
Malgré les circonstances exceptionnelles liées à l'emprisonnement de l'auteur, et malgré la censure, le livre s'est vendu à 180 000 exemplaires depuis sa parution en septembre 2017. Un des plus grands bestsellers de l'histoire de l'édition turque. Il bénéficiera d'un lancement mondial quasi simultané à partir de mai 2018.

Mon avis : 
L’aurore est un recueil de nouvelles magnifiques qui nous offre un portrait saisissant de la Turquie. L’auteur Selahattin Demirtas y est emprisonné et purge aujourd’hui une peine de 183 ans de prison.

Depuis sa cellule, il continue d'écrire et signe ici des nouvelles qui cette société violente, une fenêtre sur le monde extérieur fait de corruption, de guerre, d’exil de crime d’honneur.

Il nous montre une société divisée entre modernité ou les femmes s’épanouissent et font carrière à Ankara et Istanbul (Seul comme l’histoire) tandis que d’autres sont victimes des hommes et de coutumes archaïques dans les villages (Seher).

Il souligne aussi les inégalités et persécutions des kurdes en Syrie avec cette petite ville qui fuit et qui se noie avec sa mère, récit terriblement d’actualité (La petite sirène) ou encore les arrestations arbitraires sous la politique d’Erdogan (Nazo, femme de ménage).

Douze nouvelles glaçantes, mais terriblement bien écrite, qui ne peuvent laisser indifférentes.

mardi 6 juin 2023

L'île aux arbres disparus


Résumé :
Ce roman commence par un cri et s'achève par un rêve. Le cri, interminable, est celui que lance aujourd'hui une adolescente de seize ans, prénommée Ada, en plein cours d'histoire dans un lycée londonien. Le rêve est celui d'une renaissance. Entre les deux a lieu la rencontre du Grec Kostas Kazantzakis et d'une jeune fille turque, Defne, en 1974, dans une Chypre déchirée par la guerre civile. Elif Shafak crée des personnages débordant d'humanité mais aussi de failles et de doutes, d'élans de générosité et de contradictions, pour conter l'histoire d'un amour interdit dans un climat de haine et de violence qui balaie tout sur son passage.
Sa prose puissante convoque un savant mélange de merveilleux, de rêve, d'amour, de chagrin et d'imagination pour libérer la parole des générations précédentes, souvent réduites au silence.

Mon avis
Je suis ravie de lire un nouveau roman d’Elif Shafak, après avoir beaucoup aimé 10 minutes et 38 secondes dans ce monde étrange, il y a quelques années.

Cette fois, elle nous emmène à Chypre et le roman se déroule entre les années 1970 et aujourd’hui. On fait la connaissance de Kostas, grec et Defne, turque qui vivent un amour impossible avec en toile de fond la guerre civile qui se prépare.

J’ai trouvé ce roman extraordinaire puisqu'il mélange habilement tous les genres : une très belle histoire d’amour, un roman historique ou l’on en apprend énormément sur Chypre, une petite pointe de merveilleux avec ce figuier qui nous livre son histoire et qui m’a permis d’en apprendre énormément sur les arbres. C’est un roman sur les racines et l’héritage culturelle qui nous est transmis par notre famille.

C’est très bien écrit et j’aimerais énormément voir une série adaptée de ce roman car il contient tous les éléments pour faire une belle saga. J’ai toujours eu envie de découvrir Chypre, et j’ai appris énormément sur l’histoire tragique de l’ile. Je trouve dommage que des tas de touristes visitent l’endroit pour profiter du soleil sans connaitre tout cela. Heureusement ce genre de roman existe pour ne pas oublier.

J’ai adoré la narration du figuier que j’ai trouvé originale. Si dans les premières pages, c’est assez déroutant, ensuite je m’y suis habituée et j’ai beaucoup aimé son histoire.

Mes personnages favoris sont Kostas que j’ai trouvé énormément touchant, réfléchi, mignon avec Defne et merveilleux père pour Ada. Meriem m’a fait beaucoup rire. Je suis moins convaincu par Defne ou Ada qui m’ont semblé un peu moins attachante.

Ce roman m’a donné envie de lire d’autres romans de l’auteure très vite.




jeudi 6 janvier 2022

Madame Hayat


Résumé : 

Fazil, le jeune narrateur de ce livre, part faire des études de lettres loin de chez lui. Devenu boursier après le décès de son père, il loue une chambre dans une modeste pension, un lieu fané où se côtoient des êtres inoubliables à la gravité poétique, qui tentent de passer entre les mailles du filet d’une ville habitée de présences menaçantes.

Au quotidien, Fazil gagne sa vie en tant que figurant dans une émission de télévision, et c’est en ces lieux de fictions qu’il remarque une femme voluptueuse, vif- argent, qui pourrait être sa mère. Parenthèse exaltante, Fazil tombe éperdument amoureux de cette Madame Hayat qui l’entraîne comme au-delà de lui-même. Quelques jours plus tard, il fait la connaissance de la jeune Sila. Double bonheur, double initiation, double regard sur la magie d’une vie.

L’analyse tout en finesse du sentiment amoureux trouve en ce livre de singuliers échos. Le personnage de Madame Flayat, solaire, et celui de Fazil, plus littéraire, plus engagé, convoquent les subtiles métaphores d’une aspiration à la liberté absolue dans un pays qui se referme autour d’eux sans jamais les atteindre.

Pour celui qui se souvient que ce livre a été écrit en prison, l’émotion est profonde.

Mon avis : 

Premier coup de Coeur de cette année 2022, Madame Hayat est une petite pépite qui captive le lecteur dès les premières pages.

On fait la connaissance de Fazil, étudiant en littérature et désargenté à la suite du décès de son père. Pour joindre les deux bouts, il travaille comme figurant pour une émission de télé. Et c’est là qu’il fait la rencontre de Madame Hayat. Elle est tellement différente de lui, cinquantenaire épicurienne, sensuelle, riche et qui ne s’intéresse qu’aux documentaires animaliers diffusés à la télévision. Pourtant, ils vont former un couple qui se complète merveilleusement bien. Leur histoire est belle mais on préssent qu’elle ne pourra pas durer bien longtemps. En parallèle, Fazil rencontre Sila, son double féminin. Elle aussi est pauvre suite a un revers de médaille de son père. Elle aussi étudie la littérature, est érudite et s’attache à Fazil.

Le roman est puissant car la tension monte progressivement : entre les personnages, bien sûr, mais surtout c’est le climat de terreur qui s’installe dans le pays. De plus en plus de personnes sont emprisonnées tout autour de Fazil et plus personne ne se fait confiance. Cette tension est accentuée encore plus par le vécue de l’auteur qui a rédigé ce roman dans une prison. Il nous montre les difficultés des jeunes en Turquie qui perdent leur emplois, espoirs, avenir a cause de la répression.

J’ai adoré les personnages et comment l’auteur les avaient décrits. J’ai en effet, trouvé les personnages féminins très forts, déterminés dans leur choix, qui prennent les commandes. A l’inverse, Fazil est indécis, n’arrive pas à prendre des décisions.

C’est un roman initiatique magnifiquement écrit, une ode a la liberté qui a du permettre a l’auteur de s’évader mentalement de l’univers carcéral. Un trio amoureux superbement décrit et une fin qui m’a rendu heureuse.



Extraits : 

La vie ne sert à rien d'autre qu'à être vécue. La stupidité, c'est d'économiser sur l'existence, en repoussant les plaisirs au lendemain, comme les avares. Car la vie ne s'économise... Si tu ne la dépenses pas, elle le fera d'elle-même, et elle s'épuisera.



Mais on n’apprend pas grand-chose sur l’existence, dans les familles heureuses, je le sais à présent, c’est le malheur qui nous enseigne la vie.



- Et si demain vous aviez besoin de cet argent ?
- Et si demain je n'avais pas besoin de cet argent ?
- Vous seriez quand même plus tranquille...
- Et si être heureuse m'intéresse plus que d'être tranquille...



J’étais persuadé de la désirer telle qu’elle était, ni plus jeune ni plus belle. Je me souvenais de la phrase de Proust : Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination.

mardi 25 juin 2019

10 Minutes 38 Seconds in this Strange World

Résumé : 

'In the first minute following her death, Tequila Leila's consciousness began to ebb, slowly and steadily, like a tide receding from the shore. Her brain cells, having run out of blood, were now completely deprived of oxygen. But they did not shut down. Not right away...'

For Leila, each minute after her death brings a sensuous memory: the taste of spiced goat stew, sacrificed by her father to celebrate the long-awaited birth of a son; the sight of bubbling vats of lemon and sugar which the women use to wax their legs while the men attend mosque; the scent of cardamom coffee that Leila shares with a handsome student in the brothel where she works. Each memory, too, recalls the friends she made at each key moment in her life - friends who are now desperately trying to find her. . .
 

Mon avis : 

Il y a longtemps que je veux lire Elif Shafak et découvrir un de ses romans alors j’ai sauté sur l’occasion avec la publication de son dernier roman 10 Minutes 38 Seconds in this Strange World. Il faut dire que le résumé est vraiment intriguant !

Leila vient de mourir et dans la première partie du roman, nous suivons les dix minutes qui suivent sa mort. Pendant 10 minutes, sa vie va défiler et elle va nous raconter ses souvenirs : son enfance, son arrivée à Istanbul, sa vie au bordel en tant que prostituée, sa rencontre avec ses amis…. Dans la seconde partie, on suit les gens qui ont connu Leila et qui se confie. C’est un beau portrait de femme que signe ici l’auteure.

Tous les personnages sont attachants : Leila  bien sûr mais aussi tous les personnages qui gravitent autour d’elle. Leila est une jeune femme forte, naïve parfois mais tellement drôle et audacieuse. Elle m‘a fait sourire très souvent et je l’entends encore dire « Darling ». Son histoire est aussi parfois très touchante, notamment son enfance ou certains passages peuvent être difficiles.

Le contexte historique est très bien dépeint en arrière-plan de l’intrigue : en Turquie où j’ai appris beaucoup mais aussi le contexte international où l’on assiste à l’assassinat de Kennedy ou encore la lutte de Martin Luther King via Leila et les journaux d’époque qu’elle lit.

C’est aussi une autre vision de la Turquie. Quand je pense à ce pays, je suis très loin d’imaginer les bordels, les transsexuels… On sent une société bien complexe, où tradition et modernité s’opposent, Europe et Orient, Islamique et Athée.

Enfin je suis conquise par la très belle plume de l’auteure et la construction de ce roman qui comprends récit dans le récit et qui fonctionne à merveille. Cela m’a rappelé parfois les contes des 1001 nuits. Je lirai sans hésiter d’autres romans d’Elif Shafak car j’ai passé un excellent moment avec celui-ci.