vendredi 26 juin 2026

Tout ce que nous n’avons jamais été


Résumé : 
Leah est brisée. Leah ne peint plus. Leah n’est plus que l’ombre d’elle-même depuis l’accident qui a emporté ses parents.
Axel est le meilleur ami de son grand frère. Lorsqu’il accepte d’héberger Leah quelques mois, il veut aider à recoller les morceaux de la jeune fille pleine de vie qu’elle a été. Mais il ne sait pas qu’elle est amoureuse de lui depuis toujours, ni que sa vie entière est sur le point de basculer.
Parce qu’elle lui est interdite, quand bien même elle embrase ses sens.
Parce qu’elle représente la mer et les nuits étoilées au son des vinyles des Beatles.
Parce que parfois, il suffit de lâcher prise et de se laisser tenter pour tout avoir.

Mon avis : 
Tout ce que nous n’avons jamais été est une lecture qui m’a profondément touchée, autant par son intensité émotionnelle que par la justesse de ses personnages. Alice Kellen parvient à créer une histoire à la fois douce et poignante, où les sentiments prennent toute la place sans jamais tomber dans l’excès.

Leah est un personnage particulièrement attachant. Fragile mais déterminée, elle avance malgré ses blessures et découvre peu à peu ce que signifie aimer. Sa relation avec Axel est au cœur du roman, et c’est justement cette dynamique qui rend l’histoire si prenante. Axel, avec ses défauts — égoïste, fêtard, séducteur — n’est pas idéalisé, et c’est ce qui le rend crédible et profondément humain. Derrière cette façade, il devient celui qui aide Leah à retrouver le sourire, à se reconstruire, et à vivre son premier amour avec une intensité rare.

Leur relation, marquée par la différence d’âge et le lien initial (meilleur ami du frère), apporte une tension constante, entre désir, culpabilité et tendresse. Alice Kellen explore avec finesse ces contradictions, rendant chaque interaction vibrante et sincère.

La fin, quant à elle, est particulièrement bouleversante. Elle laisse un goût d’inachevé et une émotion persistante qui donne immédiatement envie de se plonger dans la suite. 

Un roman que j’ai adoré, et dont j’attends désormais avec impatience de voir l’adaptation au cinéma.

Dernier Nouvel An


Résumé : 
Au douzième coup de minuit, plus rien ne sera comme avant.
Ebba et Marlon sont fous amoureux comme on peut l'être à dix-sept ans. Ils ont retardé l'échéance, mais il est temps que leurs parents se rencontrent. Réunis sous le même toit pour un repas du nouvel an intime, les deux adolescents découvrent avec horreur que les adultes se connaissent déjà trop bien. Ils veulent faire bonne figure, mais les masques tombent vite et le passé qu'ils avaient tant voulu étouffer s'invite à la table. Au menu de ce repas de fête : soupçons, rancoeurs et trahisons.

Mon avis : 
Avec Dernier Nouvel An, Martin Österdahl propose un huis clos qui avait tout pour fonctionner, mais qui se révèle au final assez décevant.

La promesse d’un dîner entre amis où les masques tombent est séduisante, et la construction en trois temps — entrée, plat, dessert — entrecoupée de flashbacks, est originale. Malheureusement, cette construction du récit ne suffit pas à masquer les faiblesses du fond.

Le principal problème du roman réside dans sa prévisibilité. Très tôt, les secrets des personnages se laissent deviner sans grande difficulté, et les révélations attendues tombent souvent à plat. Là où le genre exige finesse et ambiguïté, Österdahl opte pour des ficelles assez grossières, donnant au lecteur une longueur d’avance constante sur le récit. Le suspense en pâtit fortement, et la tension, pourtant annoncée, peine à réellement s’installer.

La fin, spectaculaire et dramatique, semble chercher à compenser cette linéarité, mais elle arrive presque trop tard pour surprendre. Si elle impressionne par son intensité, elle ne parvient pas à effacer l’impression d’un roman globalement convenu et sans réelle prise de risque.

Au final, Dernier Nouvel An donne le sentiment d’un exercice de style maîtrisé mais creux, où la forme prend le pas sur un fond trop attendu pour convaincre.

jeudi 25 juin 2026

L'étranger dans la maison


Résumé : 
" Comment te sens-tu ? " Elle voudrait répondre " terrifiée ". À la place, elle dit, avec un faible sourire : " Heureuse d'être à la maison. "
Mariés depuis deux ans, Karen et Tom ont tout pour être heureux : un train de vie confortable, un pavillon coquet, des projets d'avenir. Un soir, quand Tom rentre à la maison, Karen s'est volatilisée. Alors qu'il commence à paniquer, Tom reçoit une visite de la police : son épouse a été victime d'un grave accident de voiture, dans un quartier malfamé où elle ne met d'ordinaire
jamais les pieds. À son réveil à l'hôpital, la jeune femme a tout oublié des circonstances du drame. Les médecins parlent d'amnésie temporaire. En convalescence chez elle, Karen est
décidée à reprendre le cours de sa vie. Sauf que quelque chose cloche. Elle sait que, depuis quelques mois, quelqu'un s'introduit en leur absence dans la maison...

Mon avis : 
J’ai retrouvé avec L’étranger dans la maison tout ce que j’aime chez Shari Lapena — et encore une fois, je me suis fait complètement happer. Dès les premières pages, cette impression que quelque chose cloche s’installe, et impossible de lâcher le livre ensuite.

Ce que j’adore chez elle, c’est cette capacité à semer le doute partout. Ici, je n’ai cessé de changer d’avis : un personnage me semblait crédible, puis suspect quelques pages plus loin. Tout le monde cache quelque chose, tout le monde a ses failles, et ça crée une tension presque inconfortable. On ne sait plus à qui se fier, et c’est exactement ce qui rend la lecture aussi addictive.

J’ai aussi beaucoup aimé cette atmosphère très “quotidien qui déraille”. On part d’une situation banale, presque rassurante, pour glisser progressivement vers quelque chose de beaucoup plus sombre. Et plus on avance, plus les révélations s’enchaînent, sans jamais faire retomber la pression. Jusqu’aux derniers chapitres, j’ai douté — et ça, c’est exactement ce que j’attends d’un thriller.

Alors oui, ce n’est peut-être pas le roman le plus surprenant du genre, mais honnêtement, je m’en fiche un peu : j’ai pris énormément de plaisir à le lire. C’est fluide, efficace, terriblement prenant. Typiquement le genre de livre qu’on ouvre “juste pour quelques pages”… et qu’on finit bien trop tard dans la nuit.

Encore une réussite pour moi — Shari Lapena reste une valeur sûre.

jeudi 18 juin 2026

La belle-fille


Résumé : 
Deux jeunes femmes en fuite se rencontrent dans un train. Lorsque l'une d'elles disparaît, abandonnant son bébé, l'autre prend sa place. Pour le meilleur et pour le pire.

Jae-Young monte à bord d'un train pour Séoul, bien déterminée à fuir son passé dans l'anonymat d'une grande ville. Elle y rencontre une jeune mère qui lui confie son histoire : son mari l'a quittée pour une autre, et elle espère trouver refuge auprès de ses beaux-parents qu'elle n'a encore jamais vus. Lorsque Jae-Young revient dans le compartiment après quelques minutes d'absence, la femme a disparu, laissant derrière elle son bébé en pleurs et un message la suppliant d'aller le confier à sa belle-famille. Là-bas, loin de Séoul, Jae-Young découvre le luxe inquiétant d'un manoir isolé. Ce coup du sort providentiel lui offrira-t-il une seconde chance ? Rien n'est moins sûr.

Mon avis : 
La Belle-Fille de Se-Ah Jang est typiquement le genre de thriller domestique qui se lit d’une traite : efficace, rythmé, presque impossible à lâcher une fois commencé. L’autrice maîtrise clairement les codes du genre, en installant dès le départ une atmosphère pesante et des relations familiales teintées de malaise. Rapidement, le doute s’immisce et chaque personnage semble dissimuler une part d’ombre.

La comparaison avec les romans de Freida McFadden s’impose assez naturellement : même mécanique bien huilée, même succession de révélations calibrées pour relancer l’intérêt, et cette impression constante que tout le monde ment — ou, du moins, ne dit pas toute la vérité. Sur ce point, le contrat est rempli : on tourne les pages avec curiosité, voire avec une certaine avidité.

Le twist final fait son effet et rebat les cartes avec habileté. Mais avec un peu de recul, il apparaît presque comme attendu, dans la droite ligne des standards du genre, sans véritable prise de risque. 

Au final, La Belle-Fille est un page turner solide, divertissant et parfaitement calibré pour les amateurs de thrillers psychologiques. Mais derrière son efficacité, il laisse une impression de déjà-vu et peine à s’ancrer durablement en mémoire.

mercredi 17 juin 2026

Mariages et trahisons


Résumé : 
La vie de Rufus Leung Gresham, vicomte St Ives, ressemble à un rêve sur papier glacé. Les manoirs et les yachts de sa famille font la une des magazines et leurs frasques le délice des comptes Instagram. Jusqu’au jour où Rufus découvre le pot aux roses. Leur fortune n’est qu’un amas de dettes et sa mère, la redoutable Arabella, compte sur lui pour renflouer les caisses par un bon mariage. Et justement, les élues potentielles sont invitées aux noces d’Augusta Leung Gresham dans le luxueux resort familial à Hawaï. Doit-il épouser Solène de Courcy, l’héritière française au sang bleu ? La piquante Martha Dung, génie de la finance qui fleure bon les dollars ? Ou avouer son amour à celle qui hante ses pensées, Eden Tong, la fille d’un modeste médecin ? Alors que Rufus doit faire un choix, une éruption volcanique met fin à la cérémonie et bouleverse le destin de la famille…

Mon avis :
Kevin Kwan replonge dans l’univers des ultra-riches asiatiques avec Mariages et trahisons, une comédie sociale toujours aussi pétillante et accessible. 

On y retrouve ce qui fait le sel de ses romans : des personnages hauts en couleur, des intrigues sentimentales entremêlées et un regard amusé — parfois acerbe — sur les codes d’une élite obsédée par les apparences. L’ensemble se lit avec plaisir, porté par un humour léger et un sens du détail qui rendent cet univers aussi fascinant que superficiel.

Cependant, difficile de ne pas comparer avec Crazy Rich Asians, qui conserve une longueur d’avance en termes de rythme et d’impact. Ici, l’intrigue souffre de quelques longueurs, certaines situations s’étirant plus que nécessaire, ce qui dilue légèrement l’intérêt. 

Si le charme opère malgré tout, on referme le livre avec l’impression d’une suite agréable mais moins marquante, comme une variation sympathique plutôt qu’un véritable renouvellement.

mardi 16 juin 2026

Ceux qu'on aime


Résumé : 
Le destin poignant de Themis, femme courageuse et engagée au cœur d'une Grèce tourmentée.

Athènes, 1941. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grèce, après avoir été libérée de l'occupation allemande est ruinée et le pays devient le théâtre d'une guerre civile. Révoltée par les injustices qui touchent ses proches, la jeune Themis décide de s'engager dans l'armée communiste et se révèle prête à tout, même à donner sa vie, pour défendre ses droits et sa liberté. Quand elle est emprisonnée sur l'île de Makronisos, Themis doit prendre une décision qui la hantera à jamais pour protéger ceux qu'elle aime.
Au crépuscule de sa vie, Themis prend conscience qu'il faut parfois rouvrir certaines blessures pour en guérir d'autres, et lève enfin le voile sur son passé tourmenté.


Mon avis : 
« Ceux qu’on aime » m’a laissé une impression mitigée. J’ai retrouvé la plume fluide et accessible de Victoria Hislop, mais j’ai eu plus de mal à me laisser porter que dans ses précédents romans. Le récit m’a semblé parfois long, avec un rythme inégal qui m’a empêché de m’attacher pleinement à l’histoire et aux personnages.

Ce qui m’a surtout frappé, c’est le virage nettement plus politique et sombre du roman. Là où Hislop explore souvent l’histoire à travers des destins humains forts et lumineux, ici le contexte politique prend une place centrale, parfois au détriment de l’émotion. L’atmosphère est plus lourde, plus tendue, et même si cela apporte une certaine profondeur, j’ai trouvé que cela rendait la lecture moins immersive et plus exigeante notamment quand l'histoire de la Grèce ne nous est pas familiere.

Je reconnais néanmoins le travail de recherche et l’ambition du livre, qui aborde des thématiques importantes avec brio. Mais en comparaison de ses autres œuvres, j’ai moins retrouvé cette chaleur et cette intensité émotionnelle qui m’avaient tant marqué avec ses autres romans. Une lecture intéressante, mais qui ne m’a pas complètement convaincu.

lundi 15 juin 2026

A Family Matter


Résumé : 
It’s 2022, and Heron, an old man of quiet habits, has just had the sort of visit to the doctor that turns a life upside down. Sharing the diagnosis with Maggie, his only daughter, seems impossible. Heron just can’t find the words to tell her about it, or any of the other things he’s been protecting her from for so long.

It’s 1982, and Dawn is a young wife and mother penned in by the expectations of her time and place. Then Hazel comes into her life like a torch in the dark. It’s the kind of connection that’s impossible to resist, and suddenly Dawn’s world is more joyful, and more complicated, than she ever expected. But Dawn has responsibilities, she has commitments: Dawn has Maggie.

At once heart-breaking and hopeful, A Family Matter asks how we might heal from the wounds of the past, and what we might learn from them.

Mon avis : 
J’ai beaucoup aimé cette courte lecture. A Family Matter m’a touché par sa pudeur, sa retenue et cette manière très fine de faire remonter à la surface un secret de famille longtemps enfoui. Claire Lynch écrit sans en faire trop, et c’est justement ce qui rend le roman si juste et si émouvant.

J’ai trouvé très fort la façon dont le passé revient peu à peu bousculer le présent, presque en silence. Tout passe par les non-dits, les tensions discrètes, les blessures qui n’ont jamais vraiment cicatrisé. On sent combien ce qui a été tu pèse encore lourdement sur les générations suivantes, et cela donne au récit une vraie profondeur.

C’est une lecture brève, mais qui laisse une empreinte durable. J’ai particulièrement apprécié cette atmosphère de retenue, presque fragile, qui accompagne un sujet douloureux sans jamais tomber dans le pathos. Un roman tout en délicatesse, que j’ai refermé avec l’impression d’avoir lu quelque chose de sincère et de nécessaire. On constate aussi avec effroi combien la société a évoluer, en quarante ans, en matière de sexualité et sur la question de la famille. Les chiffres donnés par l'autrice en fin de livres sont glaçants.

vendredi 12 juin 2026

Le Diable sur mon épaule


Résumé : 
Austin, Texas. Lorsqu'on diagnostique une maladie foudroyante à sa fille, le monde de Mario s'écroule. Il se met à négliger son travail, se fait virer sans ménagement, les factures d'hospitalisation s'accumulent et sa femme cède lentement au désespoir.

Décidé à relever la tête, Mario contacte Brian, un ancien collègue devenu dealer de meth. Celui-ci lui propose un marché d'une effroyable simplicité : la vie d'un homme, contre 6 000 dollars. Sans une once d'hésitation, Mario accepte. Et découvre que la violence est un excellent remède à la colère qui l'habite.

Mais La Huesuda, la déesse de la mort, plane sur son existence. Et la tragédie le frappe à nouveau.

Lorsqu'il accepte une ultime mission pour un cartel de Juarez, la spirale de violence qui se déchaine alors finit de le convaincre qu'il n'aurait jamais dû ouvrir la porte au diable.

Mon avis : 
Le diable sur mon épaule m’a laissé une impression très contrastée. J’ai été profondément touché par le début du roman, par cette figure de père de famille brisé, emporté malgré lui dans une spirale tragique.

 Gabino Iglesias capte très bien cette bascule, ce moment où une vie ordinaire déraille. La peinture d’une Amérique en marge, loin de tout fantasme de réussite, est saisissante, presque suffocante de réalisme.

Mais plus j’avançais, plus la violence a pris le dessus — jusqu’à devenir, pour moi, un véritable obstacle à la lecture. Je comprends l’intention : montrer un monde brutal, sans échappatoire, dominé par les cartels et la loi du plus fort. Pourtant, cette violence m’a semblé parfois gratuite, comme si elle finissait par écraser le propos au lieu de le servir.

Là où j’étais au départ impliqué émotionnellement dans la chute du personnage, j’ai fini par me sentir mis à distance, presque anesthésié par l’accumulation de scènes choquantes. À force de vouloir montrer l’horreur, le roman perd, selon moi, une partie de sa puissance émotionnelle.

C’est indéniablement un texte fort, sombre, et maîtrisé dans son ambiance. Mais c’est aussi une lecture que j’ai trouvée éprouvante, voire excessive, et qui m’a laissé un sentiment de malaise plus que de véritable bouleversement.

lundi 8 juin 2026

Le Mécontentement


Résumé : 
Tous les matins, dans son bel appartement en plein coeur de Madrid, Marisa se réveille prise d’une angoisse existentielle à la pensée de la journée qui l’attend. Car elle déteste chaque aspect du travail en entreprise – les mensonges dont l’agence de publicité fait son blé, l’hypocrisie de la hiérarchie, la banalité abyssale des discussions –, et n’y survit que grâce aux vidéos YouTube qu’elle regarde en cachette et à une quantité massive d’antidépresseurs. Un équilibre fragile que viennent mettre en péril un été caniculaire et l’annonce d’un séminaire d’entreprise. Isolée dans la forêt autour de Ségovie et hantée par le souvenir de la seule collègue à laquelle elle ne se soit jamais attachée, Marisa voit son masque social se fissurer peu à peu, et naître en elle les pulsions les plus folles.

Mon avis : 
Le Mécontentement de Beatriz Serrano est une lecture qui m’a profondément marqué. J’ai été happé dès les premières pages par cette plongée lucide et sans concession dans le monde de l’entreprise, où les individus semblent peu à peu perdre leur humanité au profit de logiques absurdes et déshumanisantes.

Le personnage de Marisa est, à mes yeux, l’un des plus grands atouts du roman. Elle est incroyablement attachante, à la fois fragile, lucide et profondément humaine. À travers elle, on ressent toute la tension entre la nécessité de s’adapter à un système oppressant et le besoin de préserver son identité. Son regard sur ce qui l’entoure est souvent empreint d’une ironie discrète, mais aussi d’une grande sensibilité, ce qui la rend d’autant plus proche du lecteur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la justesse avec laquelle Beatriz Serrano dépeint les dérives du monde professionnel : la perte de sens, les injonctions contradictoires, la pression constante, et cette impression d’être interchangeable. Rien n’est caricatural, tout sonne vrai, presque trop vrai parfois. On se reconnaît, ou on reconnaît quelqu’un.

C’est un roman à la fois critique et profondément humain, qui questionne notre rapport au travail et à nous-mêmes. Une lecture que je recommande vivement, autant pour sa finesse psychologique que pour sa pertinence.

dimanche 7 juin 2026

La vie dont nos rêvions


Résumé : 
Sam et Merry ont quitté New York pour s’installer dans un cottage en Suède et élever leur bébé au grand air. Loin de la grande ville, de ses tentations, de sa souillure, les voilà libres de se réinventer.
Sam, en homme viril et fidèle qui assure le confort et la protection des siens.
Merry, en tendre épouse qui s’adonne à ses nouveaux devoirs de mère au foyer.
Le tableau idéal : au cœur de la nature, l’homme, la femme, l’enfant.

Mais aussi Francesca, la meilleure amie de toujours, venue leur rendre visite.
Francesca, la citadine, la sublime, la femme libre.
Francesca, qui ne se sent chez elle nulle part, qui n’a jamais été choisie par un homme, et qui a de très vieux comptes à régler…

Dans ce lieu de quiétude absolue, l’espace infini a tôt fait de devenir une prison, et la solitude, un miroir tendu à la noirceur des âmes. Tout n’est que mensonge, duplicité et, tandis qu’à la clarté de l’été succède l’obscurité de l’hiver, l’idylle se meut peu à peu en un huis clos hautement toxique.

Mon avis : 
La vie dont nous rêvions de Michelle Sacks est un roman aussi troublant que captivant, qui m’a tenu en haleine du début à la fin. Dès les premières pages, l’autrice installe un huis clos étouffant où le malaise s’insinue progressivement, jusqu’à devenir presque palpable.

Ce qui m’a particulièrement marqué, ce sont les trois personnages principaux, profondément dérangeants. Chacun porte en lui une part d’ombre, des failles, des non-dits, et surtout quelque chose à se reprocher. Michelle Sacks excelle à les rendre à la fois fascinants et profondément antipathiques : on oscille constamment entre rejet et curiosité, dans une dynamique où l’on adore les détester.

Le suspense est savamment dosé. Il ne repose pas sur des rebondissements spectaculaires, mais sur une tension psychologique qui ne cesse de croître, alimentée par les silences, les regards et les mensonges. Ce climat oppressant donne au roman une intensité remarquable, renforcée par une écriture précise et immersive.

Au-delà de l’intrigue, le livre explore avec finesse les thèmes de la culpabilité, du désir et des illusions que l’on entretient sur soi-même et sur les autres. C’est un roman dérangeant, parfois inconfortable, mais terriblement efficace.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée, autant pour son atmosphère que pour la complexité de ses personnages, et qui laisse une impression durable une fois la dernière page tournée.