lundi 3 août 2026

Poupée volée


Résumé : 
Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l’université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu’elle observe chaque jour sur la plage, s’intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d’amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l’occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu’elle a abandonnées pendant trois ans alors qu’elles étaient encore enfants, et à une maternité qu’elle n’a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ?


Mon avis :
Je ne m’attendais pas à être autant bousculé par un roman aussi court. Poupée volée m’a laissé une impression étrange, presque inconfortable, mais difficile à ignorer.

Ce que j’ai le plus aimé, c’est la manière dont Elena Ferrante parle de la maternité sans filtre. On est loin des images idéalisées : ici, il est question de fatigue, de perte de soi, de contradictions permanentes. À travers Leda, j’ai eu le sentiment d’entrer dans quelque chose de très intime, presque tabou. Par moments, je ne savais pas vraiment si je devais compatir ou juger — et c’est justement ce qui rend le livre si fort.

Le geste autour de la poupée m’a paru à la fois absurde et profondément symbolique. Comme si tout ce que Leda n’arrive pas à dire passait par là. Plus j’avançais, plus je ressentais une forme de tension sourde, quelque chose de latent qui finit par me mettre mal à l’aise — mais dans le bon sens du terme, celui qui pousse à réfléchir.

Ce roman m’a surtout fait réfléchir à ce que signifie “être mère”, et à quel point cela peut redéfinir une identité. Même sans être directement concerné, je trouve que Ferrante réussit à rendre ces émotions universelles.

Ce n’est pas un livre “agréable”, mais c’est précisément pour ça que je l’ai aimé. Il reste en tête, il dérange, il interroge — et au final, il sonne juste.

L'affaire Rachel


Résumé :
En 2010, Rachel et James ont la vingtaine lorsqu’ils se rencontrent dans une librairie de Cork, où ils travaillent tous les deux. La ville, comme le reste de l’Irlande, est durement frappée par le krach boursier. Ils emménagent dans une vieille maison délabrée de Shandon Street, où leur complicité fleurit comme « une orchidée rare ».
Ils partagent le goût des jeux de mots, des plaisanteries très privées et des nuits folles dans les pubs. Libérée des carcans de sa famille bourgeoise, Rachel rêve de séduire son charismatique professeur de lettres, le Dr Byrne. Elle organise pour lui une signature à la librairie, mais la soirée ne finit pas comme prévu…
Caroline O’Donoghue décrit l’ambiance d’une époque avec un humour piquant et livre une ode vibrante à l’amitié qui peut changer le cours d’une vie.

Mon avis :
L’Affaire Rachel est un roman à la fois drôle, mordant et profondément ancré dans son époque. Caroline O’Donoghue y déploie une voix narrative vive et attachante, portée par une héroïne imparfaite mais terriblement humaine.

Rachel est le cœur battant du livre, et sa relation avec James en est sans doute la plus grande réussite. Leur duo fonctionne à merveille : complice, chaotique, tendre et parfois toxique, il reflète avec justesse les amitiés de la vingtaine, où l’on se construit autant qu’on se perd. Leurs échanges sont souvent hilarants, mais jamais superficiels.

Ce qui rend le roman particulièrement marquant, c’est aussi son ancrage dans le Cork des années post-crise. L’autrice parvient à capturer une atmosphère sociale crédible et nuancée, en abordant sans lourdeur des sujets essentiels comme le droit à l’avortement, la précarité économique, le chômage ou encore l’immigration. Ces thématiques ne sont jamais plaquées : elles s’intègrent naturellement dans la vie des personnages, renforçant le réalisme du récit.

Caroline O’Donoghue réussit ainsi un équilibre délicat entre comédie de mœurs et chronique sociale, avec une écriture fluide et souvent très juste. On rit beaucoup, mais on ressent aussi une certaine mélancolie face aux illusions de la jeunesse qui s’effritent peu à peu.

Un roman à la fois divertissant et pertinent, porté par des personnages mémorables et une vraie conscience sociale.