mercredi 19 août 2026

L'adolescence du perroquet


Résumé : 
« L'amour n'est pas un dû. »

L’histoire est celle d’Alban, orphelin de 17 ans, et de Joe, un perroquet. Alban est transi d’art et passe ses journées au Louvre, avant de trouver un travail de chroniqueur à la radio.

Un jour, il hérite de Joe, un gris du Gabon loquace, qui ne supporte pas la solitude, en proie à la dépression. Quand Alban fait la rencontre de deux femmes, le quotidien du garçon et de l’animal bascule.

Mon avis : 
Fidèle à son rendez-vous de la rentrée littéraire, Amélie Nothomb livre avec ce 35e roman une fable aussi singulière que déconcertante. On y retrouve sa plume inimitable, ce style à la fois vif, ironique et profondément humain qui fait tout le charme de son écriture. Pourtant, si la forme séduit, le fond laisse plus perplexe.

L’histoire met en scène Alban, un homme solitaire et passionné d’art, qui recueille un jeune gris du Gabon prénommé Joe. De cette rencontre improbable naît une relation complexe, presque fusionnelle, où l’oiseau devient bien plus qu’un animal de compagnie : un miroir, un confident, un enfant de substitution. À travers cette relation, Nothomb explore les thèmes de l’amour, de la solitude, de la parentalité et de la communication, avec cette touche d’absurde qui la caractérise.

Le problème, c’est que cette métaphore animalière, bien qu’originale, peine parfois à convaincre. La relation entre Alban et Joe, aussi intelligente soit-elle, frôle souvent le farfelu. Certes, l’idée d’évoquer les dynamiques familiales et les relations affectives à travers le prisme d’un perroquet est audacieuse, mais elle reste un peu trop artificielle pour créer un véritable attachement émotionnel. On admire la virtuosité de l’autrice, on sourit à ses trouvailles, mais on ne vibre pas vraiment.

En somme, L’Adolescence du perroquet est un roman typiquement nothombien : brillant, malicieux, mais qui ne touche pas autant qu’on pourrait l’espérer. Une lecture agréable pour les inconditionnels de son style, mais qui ne restera probablement pas comme l’un de ses meilleurs titres.

Maternités


Résumé :
Dans sa belle maison en bord de mer, toujours parfaitement tenue, Hélène Johansen tourne en rond. Son mari, Jules, travaille loin et ne rentre que rarement. Elle sait cependant que le vide qui grandit en elle n’est pas dû à cette absence, car c’est tout autre chose qu’il lui manque : elle voudrait pouvoir avoir un enfant, un enfant à elle seule. Lorsqu’elle décide d’adopter Tjodolf, petit garçon né d’une union illégitime, elle trouve un certain épanouissement dans son nouveau rôle, travaillant sans relâche pour que l’enfant puisse grandir dans les meilleures conditions possibles. Mais tout se complique quand Fanny, la mère biologique de Tjodolf, une jeune femme sans situation stable et dont l’insouciance déconcerte Hélène, fait soudain son apparition dans leur vie.
De ce face-à-face entre deux femmes que la maternité réunit autant qu’elle les oppose, Sigrid Undset fait naître un conte bouleversant, où elle explore avec une grande subtilité ce que veut dire être mère – et la tragique impossibilité de répondre à toutes les attentes qui viennent avec ce rôle.

Mon avis : 
Dans Maternités, Sigrid Undset propose un court roman d’une grande intensité, construit autour de deux femmes que tout semble opposer. L’une vient de perdre sa fille et, depuis ce drame, ne parvient plus à avoir d’enfant. L’autre est une jeune mère confrontée à une situation qui la pousse à envisager de confier son bébé. De leur rencontre naît une réflexion profondément humaine sur la maternité, le désir d’enfant et les liens qui se tissent au-delà du sang.

J’ai beaucoup aimé la sobriété et la justesse de ce roman. Sigrid Undset ne cherche jamais à imposer une vision unique de la maternité : elle montre au contraire combien celle-ci peut être vécue de manière différente, entre bonheur, souffrance, manque, instinct et renoncement. Les deux femmes portent des blessures et des attentes contradictoires, et leur regard sur l’enfant révèle peu à peu leurs différences, mais aussi une forme de compréhension mutuelle.

L’écriture est concise, dépouillée et particulièrement émouvante. En quelques pages, l’autrice parvient à donner une véritable profondeur psychologique à ses personnages et à faire naître une tension morale très forte autour de l’adoption. Rien n’est totalement simple ni entièrement évident : chaque décision entraîne une perte, et chaque geste d’amour peut aussi être douloureux.

Maternité est donc un roman court, mais loin d’être léger. Sigrid Undset y explore avec finesse la complexité des sentiments maternels et la difficulté de distinguer ce qui relève de l’amour, du besoin, du deuil ou du désir de réparer une absence. Une lecture sensible et marquante, qui interroge avec beaucoup d’humanité ce que signifie devenir mère et, surtout, aimer un enfant.

L'autobus


Résumé : 
Dans une petite ville du fond de l'Argentine, un homme et une très jeune femme attendent un autobus dans un café, il passe mais sans s'arrêter. Il y a quatre jours maintenant que l'avocat Ponce amène sa sœur pour prendre cet autobus et qu'il ne s'arrête pas. Les jeunes gens décident de partir à pied le long de la voie ferrée. Le village s'interroge. Il s'est passé quelque chose dans le pays que tout le monde ignore ici. Sous l'orage qui gronde sans jamais éclater, de chaque côté de la voie ferrée qui sépare parias et notables, la réalité se dégrade subtilement. Des livres disparaissent de la bibliothèque. Les militaires rôdent autour de la ville, des coups de feu éclatent. Les masques tombent à mesure qu'une effrayante vérité se dévoile.

Mon avis : 
L’Autobus est un roman qui se lit d’une traite mais dont l’écho dure bien après la dernière page. Eugenia Almeida y déploie une économie de moyens remarquable pour installer une atmosphère de suspicion et de peur dans un village argentin isolé, microcosme d’un pays tout entier sous la botte militaire.

Tout commence par un détail : l’autobus de 7h30 ne s’arrête plus. Trois soirs de suite, il traverse le village sans ouvrir ses portes. Puis ce sont les trains qui ne passent plus, les barrières qui restent baissées. Les habitants s’interrogent, cherchent des explications rationnelles, tentent de maintenir une vie normale. Mais peu à peu, la réalité se dégrade.

Ce dispositif minimaliste — un village coupé du monde, un temps suspendu — fonctionne comme un véritable huis clos. Almeida n’a pas besoin de décrire la dictature en grandes fresques historiques : elle la fait sentir dans le quotidien, dans les non-dits, dans les regards qui se détournent.

Les lionnes persanes


Résumé : 
Des shir zan, des lionnes. Nous deux. Tu ne le vois pas, Ellie ? Un jour, toi et moi, on accomplira de grandes choses. On vivra notre propre vie, et on aidera les autres. On est sans doute que des lionceaux, pour l'instant, mais on deviendra des lionnes, des femmes fortes qui font bouger les choses.

Téhéran, 1950. L'année de ses sept ans, Ellie a tout perdu : son père, son confort, et l'insouciance de son enfance dorée. Dans les ruelles modestes de son nouveau quartier, elle trouve refuge dans l'amitié lumineuse de Homa, une fillette courageuse et indomptable. Ensemble, elles apprennent à cuisiner, explorent les allées bigarrées du grand bazar et rêvent de devenir aussi fortes et libres que des lionnes.

Mais lorsqu'Ellie retrouve le luxe et l'élitisme d'une vie bourgeoise, leurs chemins se séparent. Leurs retrouvailles, des années plus tard, viennent de nouveau bouleverser leur existence et réveiller leurs ambitions communes. Jusqu'à ce qu'un jour, la politique instable d'un Iran en pleine tourmente les pousse à une trahison lourde de conséquences.

Mon avis :
J’ai adoré Les Lionnes persanes de Marjan Kamali, un roman qui m’a profondément touché pendant mes vacances. À travers le destin de deux amies, séparées par l’histoire et contraintes de prendre des chemins très différents entre l’Iran et les États-Unis, l’autrice raconte avec beaucoup de sensibilité la force des liens, les choix de vie et le prix de la liberté.

Les deux héroïnes sont des femmes fortes, courageuses et déterminées, qui refusent de se laisser enfermer dans le rôle que la société veut leur imposer. Leurs parcours, parfois douloureux, montrent combien il peut être difficile de rester fidèle à soi-même lorsque les événements politiques, la famille et les traditions viennent bouleverser les existences. Malgré la distance et les années, leur amitié demeure un fil conducteur particulièrement émouvant.

J’ai beaucoup apprécié la manière dont le roman fait dialoguer deux mondes : l’Iran, marqué par les bouleversements politiques et les restrictions imposées aux femmes, et les États-Unis, qui représentent une forme de liberté mais aussi une autre réalité, avec ses propres difficultés et ses propres renoncements. Marjan Kamali ne propose pas une vision simpliste de l’exil ou de l’émancipation : elle montre au contraire que la liberté peut prendre des formes différentes et qu’elle se conquiert parfois lentement, au prix de choix difficiles.

Le contexte historique est très présent, mais il ne prend jamais totalement le pas sur l’intime. Ce sont avant tout les personnages, leurs émotions et leurs espoirs qui m’ont retenu. J’ai été particulièrement sensible à cette sororité, à cette capacité de résister et de se reconstruire malgré les épreuves.

Un roman poignant et lumineux sur l’amitié, l’exil, la transmission et la liberté. Une très belle lecture de vacances, à la fois dépaysante et profondément humaine, que je recommande volontiers.

jeudi 6 août 2026

L'autre femme


Résumé : 
Quadragénaire solitaire et obèse, Úrsula López vit dans le vieux centre de Montevideo. Un soir, un appel téléphonique d’un certain Germán lui réclame une rançon pour libérer... son mari.
Découvrant son homonymie avec l’épouse d'un riche homme d’affaires enlevé, Úrsula exige alors une rançon plus importante de celle-ci, qui à son tour surenchérit et lui propose de la débarrasser définitivement de son époux. Dès lors, cette célibataire insatisfaite de sa vie, affamée depuis l’enfance par des régimes inopérants, se met à tirer les ficelles et manipuler tout son monde avec un plaisir machiavélique.

Mon avis : 
L’autre femme de Mercedes Rosende est un roman aussi drôle que noir, avec une intrigue très bien ficelée. L’autrice joue avec les codes du polar et de la comédie noire pour nous entraîner dans une histoire pleine de situations absurdes, de personnages hauts en couleur (le duo Ursula / German est parfait) et de rebondissements.

J’ai beaucoup aimé le ton du livre : l’humour, souvent décalé, contraste avec une atmosphère plus sombre et donne au récit une vraie personnalité. Les personnages sont loin d’être lisses, mais c’est justement ce qui les rend attachants et imprévisibles. On se laisse facilement embarquer par cette intrigue qui avance avec efficacité, sans jamais perdre son rythme.

Le retournement final est particulièrement réussi : inattendu, il rebat les cartes et apporte une conclusion à la hauteur du roman. Une lecture originale et divertissante et j'ai bien envie de découvrir la suite.

lundi 3 août 2026

Poupée volée


Résumé : 
Pourquoi Leda interrompt-elle brusquement ses vacances ? Enseignante à l’université de Florence, seule depuis que ses deux filles sont parties rejoindre leur père au Canada, elle passe quelques semaines au bord de la mer et, parmi les estivants qu’elle observe chaque jour sur la plage, s’intéresse surtout à une famille, une véritable tribu. Elle se lie plus particulièrement d’amitié avec Nina, jeune femme mariée à un homme plus âgé, et à sa fille Elena, qui semblent très complices et comme étrangères à une famille un peu rustre. Cette rencontre constitue pour Leda l’occasion de réfléchir à ses rapports avec ses propres filles, qu’elle a abandonnées pendant trois ans alors qu’elles étaient encore enfants, et à une maternité qu’elle n’a jamais pleinement assumée. Saura-t-elle se montrer à la hauteur cette fois ?


Mon avis :
Je ne m’attendais pas à être autant bousculé par un roman aussi court. Poupée volée m’a laissé une impression étrange, presque inconfortable, mais difficile à ignorer.

Ce que j’ai le plus aimé, c’est la manière dont Elena Ferrante parle de la maternité sans filtre. On est loin des images idéalisées : ici, il est question de fatigue, de perte de soi, de contradictions permanentes. À travers Leda, j’ai eu le sentiment d’entrer dans quelque chose de très intime, presque tabou. Par moments, je ne savais pas vraiment si je devais compatir ou juger — et c’est justement ce qui rend le livre si fort.

Le geste autour de la poupée m’a paru à la fois absurde et profondément symbolique. Comme si tout ce que Leda n’arrive pas à dire passait par là. Plus j’avançais, plus je ressentais une forme de tension sourde, quelque chose de latent qui finit par me mettre mal à l’aise — mais dans le bon sens du terme, celui qui pousse à réfléchir.

Ce roman m’a surtout fait réfléchir à ce que signifie “être mère”, et à quel point cela peut redéfinir une identité. Même sans être directement concerné, je trouve que Ferrante réussit à rendre ces émotions universelles.

Ce n’est pas un livre “agréable”, mais c’est précisément pour ça que je l’ai aimé. Il reste en tête, il dérange, il interroge — et au final, il sonne juste.

L'affaire Rachel


Résumé :
En 2010, Rachel et James ont la vingtaine lorsqu’ils se rencontrent dans une librairie de Cork, où ils travaillent tous les deux. La ville, comme le reste de l’Irlande, est durement frappée par le krach boursier. Ils emménagent dans une vieille maison délabrée de Shandon Street, où leur complicité fleurit comme « une orchidée rare ».
Ils partagent le goût des jeux de mots, des plaisanteries très privées et des nuits folles dans les pubs. Libérée des carcans de sa famille bourgeoise, Rachel rêve de séduire son charismatique professeur de lettres, le Dr Byrne. Elle organise pour lui une signature à la librairie, mais la soirée ne finit pas comme prévu…
Caroline O’Donoghue décrit l’ambiance d’une époque avec un humour piquant et livre une ode vibrante à l’amitié qui peut changer le cours d’une vie.

Mon avis :
L’Affaire Rachel est un roman à la fois drôle, mordant et profondément ancré dans son époque. Caroline O’Donoghue y déploie une voix narrative vive et attachante, portée par une héroïne imparfaite mais terriblement humaine.

Rachel est le cœur battant du livre, et sa relation avec James en est sans doute la plus grande réussite. Leur duo fonctionne à merveille : complice, chaotique, tendre et parfois toxique, il reflète avec justesse les amitiés de la vingtaine, où l’on se construit autant qu’on se perd. Leurs échanges sont souvent hilarants, mais jamais superficiels.

Ce qui rend le roman particulièrement marquant, c’est aussi son ancrage dans le Cork des années post-crise. L’autrice parvient à capturer une atmosphère sociale crédible et nuancée, en abordant sans lourdeur des sujets essentiels comme le droit à l’avortement, la précarité économique, le chômage ou encore l’immigration. Ces thématiques ne sont jamais plaquées : elles s’intègrent naturellement dans la vie des personnages, renforçant le réalisme du récit.

Caroline O’Donoghue réussit ainsi un équilibre délicat entre comédie de mœurs et chronique sociale, avec une écriture fluide et souvent très juste. On rit beaucoup, mais on ressent aussi une certaine mélancolie face aux illusions de la jeunesse qui s’effritent peu à peu.

Un roman à la fois divertissant et pertinent, porté par des personnages mémorables et une vraie conscience sociale.