dimanche 10 mai 2026

Les gardiens de l'air


Résumé : 
Anat Ismaïl travaille à l’ambassade du Canada à Damas comme traductrice-interprète de Jonathan Green, représentant du Haut- Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. En attendant la libération de son compagnon, Jawad, jeté en prison pour appartenance à une organisation communiste clandestine, elle s’efforce de lui rester fidèle, en dépit de la solitude et de la frustration sexuelle. Deux de ses amies, Mayyasa et Doha, se trouvent dans la même situation : la première, qui a elle-même vécu l’expérience carcérale, entend bien résister à la tentation de prendre un autre homme ; la seconde n’hésite pas à demander le divorce.
Les histoires intimes de ces femmes s’articulent à celles des demandeurs d’asile dont Anat traduit quotidiennement les témoignages et qui, pour la plupart, appartiennent à des minorités ethniques ou confessionnelles laminées par le despotisme des régimes en place. Dans ce champ de ruines, la sortie de prison des anciens militants, naguère porteurs d’un idéal collectif, est un moment de vérité particulièrement douloureux…
Publié deux ans avant le déclenchement du soulèvement syrien, ce roman est l’un des plus représentatifs d’une nouvelle littérature qui, transgressant tous les tabous, s’est employée à ressusciter la mémoire interdite de deux décennies marquées par l’infinie brutalité de la répression.

Mon avis : 
Les gardiens de l’air m’a laissé une impression assez contrastée. Il y a dans ce roman quelque chose de profondément nécessaire : Rosa Yassin Hassan parle de la Syrie avec une lucidité qui serre le cœur, en montrant à la fois l’étau du régime, la vulnérabilité des femmes et l’enfermement des prisonniers. On sent que ce n’est pas seulement un sujet, mais une urgence intérieure de dénoncer ce régime barbare.

En même temps, j’ai eu du mal à entrer pleinement dans le livre. La construction m’a semblé un peu bancale, comme si le récit se dispersait au lieu de se resserrer. Les changements constants de personnages donnent parfois l’impression de perdre le fil, et cela rend la lecture plus ardue qu’elle ne devrait l’être. J’ai trouvé que cette fragmentation affaiblissait par moments l’émotion que le roman cherche pourtant à faire naître. On n'arrive jamais vraiment a s'attacher a un personnage en particulier. 

Ce qui reste, malgré tout, c’est la force du regard. Le livre est moins réussi comme roman que comme témoignage littéraire d’une violence politique et humaine très précise. J’en garde surtout l’image d’un texte sombre, grave, traversé par la souffrance, et qui dit avec justesse ce que subissent celles et ceux que le pouvoir réduit au silence.

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