Résumé :
Croqué avec des traits stylistiques d’une violence éclatante, d’une beauté effarante, L’Été où maman a eu les yeux verts est le portrait d’une mère laide que la dernière saison de sa vie, passée aux côtés d’un fils rebelle, transfigure et rend gracieuse.
Le lecteur découvre l’histoire de cette famille ordinaire aux origines polonaises, installée en Angleterre et transplantée pour un été dans le nord de la France, comme s’il devait composer petit à petit l’image terrifiante et fascinante d’un puzzle. Chaque chapitre est une petite pièce en soi, brève, autonome, concrète et poétique, presque indifférente au voisinage des autres morceaux.
Forte en jeux de séduction façon trompe-l’œil, Tatiana Tîbuleac sait peindre en filigrane la rage qui s’adoucit, sans diminuer pour autant la tension de l’écriture, sans édulcorer ni le sort des personnages ni les mots qui la disent. C’est le charme âpre de cette jeune écrivaine déjà mûre, séduisante dès ses premières lignes.
Mon avis :
L’été où maman a eu les yeux verts est un roman qui bouleverse par sa simplicité apparente et la profondeur émotionnelle qu’il déploie. On y entre un peu désorienté — le style de Tatiana Țîbuleac, fragmenté et parfois dur, demande un temps d’adaptation — mais très vite, on se laisse happer par la force brute du texte.
Ce qui se joue entre la mère et le fils, le temps d’un été en France, dépasse le cadre familial : c’est une rencontre tardive entre la haine et l’amour, entre la rancune et la rédemption. Chaque page semble traversée par une lumière particulière, celle de cet été qui va tout changer, celle des yeux verts de la mère qui deviennent presque symboles de vie, de vérité et de pardon.
Ce roman parle de ce qu’il reste quand tout va disparaître : les mots, les souvenirs, le regard que l’on porte sur ceux qu’on croyait connaître. Rarement une écriture m’a semblé à la fois si âpre et si tendre. Un texte à lire lentement, à laisser infuser, comme un été qu’on ne veut pas voir finir.
