lundi 23 février 2026
Le Champ des Méduses
Résumé :
" C'est comme ca qu'un sceptique est devenu le Sceptique. " Dans le Belgrade des années 2020, Le Sceptique, ancien journaliste devenu détective et grand amateur de vinyles, se lance dans une enquête à la demande d'un ancien camarade slovène de l'armée populaire yougoslave, Ales. Celui-ci lui demande de retrouver Marijana son épouse, disparue dix ans plus tôt après un mystérieux séjour à Belgrade.
L'enquête du Sceptique le mène de Belgrade à Rovinj en Istrie, le Saint-Tropez croate, qui fut le théâtre d'un drame survenu trente ans auparavant. Il s'agit de la disparition de Bisera, la mère de Marijana, lors d'un séjour dans une villa au coeur du cercle fermé de familles influentes et dépravées. Peu à peu, les masques tombent : le groupe de vacanciers est lié par un pacte de silence mêlant libertinage, argent et pouvoir.
Se dévoile alors le portrait d'une élite corrompue et complice, prête à tout pour protéger ses secrets. Ce qui semblait être une banale affaire de disparition se transforme rapidement en une plongée vertigineuse dans l'histoire trouble de l'ex-Yougoslavie. Entre jeux de pouvoir, secrets familiaux et crimes non résolus...
Mon avis :
Le Champ des méduses d’Oto Oltvanji est un roman venu de Serbie. C'est un roman tres noir, sombre qui dénonce la corruption, les privilèges et les secrets.
L'intrigue a pour point de départ : la demande d’un ancien camarade slovène de retrouver Marijana, sa femme, disparue dix ans plus tôt. L’enquête fait circuler le lecteur de Belgrade à Rovinj en Croatie, et nous emmène très rapidement dans une énigme complexe : celle de Marijana, mais aussi celle, plus ancienne, de Bisera, sa mère, volatilisée trente ans auparavant dans une villa mondaine sur la cote adriatique. Cette double chronologie donne une profondeur au récit.
L'intrigue est lente, il n'y a pas de retournements de situation spectaculaire et il faut être patient pour comprendre ce qui se cache derrière le libertinage, l’argent et le pouvoir, qui soude un cercle de familles influentes yougoslaves.
Le détective Ales, surnommé le Sceptique est ancien journaliste devenu enquêteur privé et collectionneur de vinyles. C'est un enquêteur réfléchi, qui fait marcher ses anciens contacts, il est plutôt convaincant dans son rôle d'enquêteur mais son scepticisme justement a fait que j'ai eu du mal a m'attacher a lui ou même aux autres personnages.
dimanche 22 février 2026
La mort de Vivek Oji
Résumé :
Le lendemain d'une grande émeute au marché, la mère de Vivek Oji découvre le corps de son fils allongé sur leur véranda, sans vie. Une simple toile imprimée d'hibiscus rouges recouvre son corps nu.
Comment un destin si tragique a-t-il pu frapper ce jeune homme de vingt ans, promis à un bel avenir ? La mère se met alors à explorer le passé à l'affût de bribes de réponses, de signes. Vivek était certes né avec une étrange tache près de la cheville. Puis il s'était curieusement laissé pousser les cheveux, de plus en plus long, malgré le courroux de son père.
Parfois, il semblait aussi planer, ailleurs. En filigrane, son cousin prend également la parole pour nous dévoiler la part secrète de Vivek, son plaisir caché de se vêtir en femme, son attirance pour les hommes... Au fil de la lecture se compose ainsi le portrait complexe et bouleversant d'un être né dans une société nigériane et dans une famille qui ne l'acceptent pas tel qu'il voudrait être au grand jour.
D'une plume lumineuse et sensuelle, Akwaeke Emezi signe un deuxième roman d'une splendeur troublante, au style aussi doux que fiévreux. La mort de Vivek Oji mêle puissamment les questions d'identité, de genre, de tolérance et d'innocence. Mais c'est avant tout le roman bouleversant et universel d'une jeunesse injustement brisée en plein vol.
Mon avis : Akwaeke Emezi s'attaque a un sujet difficile : l'homosexualité et la transexualité au Nigéria, pays encore tres conservateur, je pense notamment a cette scene terrible de passage à tabac religieux, où l’on prétend frapper un « démon » plutôt que la personne, révélant la cruauté derrière le discours de protection de l'Eglise.
Pour autant, on ne tombe jamais dans le melodramatique, au contraire le texte met en scène la joie, la sensualité et la créativité d’une jeunesse qui invente ses propres codes pour survivre.
J'ai beaucoup aimé la narration où s’entrelacent les voix de la mère, du père, d’Osita, des amis et parfois de Vivek lui‑même : chacun ne détient qu’un morceau de l’histoire, un fragment de la personne perdue. Mais Le roman se présente aussi comme une enquête autour d’un corps déposé sur un perron, nu, enveloppé dans un tissu, et d’une question : que s’est‑il vraiment passé pour que Vivek meure ainsi ?
vendredi 13 février 2026
Je ne te verrai pas mourir
Résumé :
La passion de Gabriel et Adriana semblait devoir durer toujours. Mais dans les années 1960, les stigmates de la guerre civile pèsent encore sur le destin des jeunes gens. Après cinquante ans sans un mot échangé, elle dans l'Espagne de la dictature, lui connaissant une carrière brillante aux États-Unis, ils se retrouvent au soir de leur vie pour une ultime rencontre.
Avec délicatesse, Antonio Muñoz Molina interroge les choix et les motivations profondes qui déterminent une vie entière et une identité. Comment, porté par le temps qui passe, par certaines lâchetés et complaisances, il est facile de s'égarer loin de celui qu'on pensait devenir. Pourtant, si une seconde chance nous était donnée, aurions-nous le courage de l'embrasser ?Une prose magnifique, sensuelle, une musicalité qui transcrit avec justesse la puissance de la nostalgie et ses dangers.
Les sentiments les plus intimes d'un homme et la dignité d'une femme. Certaines des plus belles pages jamais écrites par ce fin conteur de l'âme humaine.
Mon avis :
Mon avis :
Je ne te verrai pas mourir est un magnifique roman sur la mémoire, le temps qui passe, les vies manquées, les rendez‑vous impossibles à rattraper et de la nostalgie de la personne que nous avons été.
La première partie, ce long bloc sans points, qui s’étire sur une soixantaine de pages, est un début de roman le plus surprenant que j'ai été amené a lire. C'est un flot de mots ininterrompu qui épouse la pensée vacillante de Gabriel au moment des retrouvailles avec Adriana. Cela rend la lecture éprouvante mais finalement traduit assez bien le trouble intérieur du personnage, sa difficulté à démêler ce qui relève du souvenir réel, des rêves fantasmés ou du présent.
J'ai beaucoup aimé la différence entre les souvenirs de chacun. En effet, chaque partie du récit propose un angle différent, une version de l’histoire, qui ne coïncide jamais tout à fait avec les autres. On ne lit pas seulement une romance perdue dans le temps mais on assiste à la confrontation de deux mémoires : celle de l’homme parti faire carrière aux États‑Unis et comblé par la réussite, et celle de la femme restée en Espagne, prise dans une vie difficile, un mariage raté et un pays longtemps figé par la dictature et la religion.
J'ai trouvé Gabriel extrêmement lâche, au final c'est homme qui n’a jamais vraiment fait de choix personnels et s’est laissé porter par les ambitions de sa famille ou encore la promesse de l’ascension sociale aux Etats-Unis. Il renonce à ses aspirations profondes, la musique notamment et laisse Adriana derrière lui.
L’introduction de Julio Maíquez, dans la seconde partie, est intéressante car elle vient remettre en perspective le point de vue de Gabriel. Maíquez est un professeur a la carrière en demi-teinte, abandonné par sa femme et sa fille. Il s'avère d’abord être un simple médiateur entre Gabriel et Adriana, presque malgré lui. Mais finalement c'est un miroir déformant de Gabriel, un autre homme déraciné, exilé, qui interroge à sa manière le prix des vies qu’on n’a pas choisies. À travers ses yeux, Gabriel est décentré : l’ami brillant, riche et sûr de lui est aussi perçu comme un homme prisonnier de ses renoncements.
Enfin la troisième partie est pour moi la plus émouvante : entendre enfin la voix d'Adriana, la femme abandonnée. J'ai trouvé cette vieille femme extrêmement lucide, elle, qui a payé le prix fort du départ de Gabriel. Elle peut paraitre froide, mais vient remettre une nouvelle fois en place Gabriel, qui était presque trop sur de lui, tellement sure qu'elle allait l'accueillir a bras ouvert après toutes ses années.
mercredi 11 février 2026
Froid comme l'enfer
Résumé :
Aurora vit en Angleterre et sa sœur Isafold en Islande, elles sont très différentes et ont des relations compliquées.
Isafold disparaît et leur mère, ne faisant pas la différence entre enquêtrice financière et enquêtrice policière, supplie Aurora d’aller chercher sa sœur. Aurora ne peut pas s’empêcher de pratiquer ce qu’elle fait de mieux, démasquer les fraudeurs et les faire payer. Elle va donc profiter de ce voyage pour examiner de près certains investissements financiers douteux, et analyser la corruption islandaise tout en testant ses capacités de séduction sur deux hommes.
Elle découvrira surtout la violence domestique à laquelle était soumise Isafold et qu’elle niait farouchement subir ; au cours des témoignages qu’elle reçoit, elle voit évoluer les nuances de ses sentiments pour sa sœur. En même temps, des personnages inquiétants émergent peu à peu.
Nous suivons son enquête au fil des détails qu’elle nous donne sur les façons de vivre et de se parler, et par ce travail de dentelière elle nous fait entrer dans un monde plus complexe que ce dont il a l’air.
Mon avis :
Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdardóttir m’a plongé immédiatement dans cette ambiance glaciale si particuliere des polars islandais, où la nature participe à l’intrigue autant que les personnages eux-mêmes.
Mon avis :
Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdardóttir m’a plongé immédiatement dans cette ambiance glaciale si particuliere des polars islandais, où la nature participe à l’intrigue autant que les personnages eux-mêmes.
Ce que j’ai le plus aimé, c’est la relation compliquée entre Aurora et sa sœur Isafold : des liens faits d’amour, de reproches et de blessures non cicatrisées. Ces passages sont écrits avec une justesse étonnante, presque douloureuse, et donnent au livre une vraie profondeur.
L’enquête sur la disparition d'Isafold m’a captivé du début à la fin. L’autrice réussit à mêler tension et sensibilité. En revanche, la partie financière m’a un peu moins parlé : elle apporte du réalisme et une dimension politique à l’histoire, mais j’y ai trouvé moins d’émotion.
La fin, elle, m’a laissé un petit goût d’inachevé. J’aurais aimé une conclusion plus marquante, quelque chose qui referme ce premier tome sans tout suspendre. Pourtant, malgré cette légère frustration, j’ai terminé le livre avec l’envie immédiate de lire la suite. J’espère vraiment que le deuxième tome laissera plus de place à la relation entre Aurora et Daniel — leur complicité naissante est l’un des fils les plus prometteurs du récit.
dimanche 8 février 2026
Hôtel Portofino
Résumé :
L'hôtel Portofino n'est ouvert que depuis quelques semaines, que déjà les ennuis s'accumulent pour Bella Ainsworth, sa propriétaire. Les hôtes qu'elle reçoit sont des habitués de la haute société anglaise, et sont donc exigeants et difficiles à satisfaire. Et Bella est la cible d'un politicien local corrompu, alors que l'Italie s'enfonce de plus en plus dans l'ère de Benito Mussolini.
Pire encore, son mariage est en difficulté, et ses enfants peinent à se remettre des dégâts de la Grande Guerre. Tous les regards sont tournés vers l'arrivée d'une potentielle prétendante pour son fils Lucian, mais les événements ne vont pas se passer comme prévu, et les répercussions sur la famille Ainsworth vont être importantes...
Mon avis :
Mon avis :
Hôtel Portofino de J. P. O’Connell est un roman historique dans lequel nous suivons Bella Ainsworth, une Anglaise qui ouvre un hôtel de luxe sur la Riviera italienne au début des années 1920. L’Italie est toujours marquée par les séquelles de la Grande Guerre mais surtout la montée du fascisme est omnipresente. L’intrigue mêle les tensions familiales de Bella (notamment les tromperies de son mari), les exigences d’une clientèle britannique fortunée et les pressions d’un politicien local corrompu, transformant l’hôtel en huis clos où se croisent ambitions, secrets et désirs.
Ce qui m’a particulièrement plu, c’est l’atmosphère d’après-guerre qui imprègne le récit : les personnages portent encore les blessures du conflit, qu’il s’agisse des traumatismes de Lucian ou des familles encore endeuillée, et cette mélancolie diffuse contraste avec l’apparente insouciance des années folles. La Riviera italienne, avec ses collines plongeant dans la mer, sa lumière et ses villages, sert de décor à la fois éblouissant et fragile, comme si la beauté du paysage venait apaiser – sans jamais les effacer – les blessures du passé.
Les personnages sont rapidement attachants, car chacun arrive à l’hôtel avec ses secrets et blessures qui les rendent tres humains. Constance, la jeune gouvernante marquée par le poids d’un enfant laissé derrière elle en Angleterre, touche par sa discrétion, sa dignité et la force tranquille avec laquelle elle tente de reconstruire sa vie. Claudine, chanteuse noire américaine au charisme incontestable, apporte une note cosmopolite et moderne : sa présence met en lumière les préjugés de l’époque, tout en incarnant le désir de liberté et de reconnaissance dans un monde qui la réduit souvent à une curiosité exotique.
L’un des grands plaisirs de lecture réside dans la constellation de petites histoires qui se déploient autour de l’hôtel : mariages arrangés, amours contrariées, chantages politiques, ambitions sociales et secrets inavoués s’entremêlent sans que l’on ait l’impression de feuilleter un simple catalogue d’anecdotes. Ces intrigues secondaires, qu’elles concernent les invités anglais, le personnel italien ou la famille Ainsworth, se répondent et composent une fresque vivante où chaque destin, même en arrière-plan, contribue à la richesse du tableau.
Au final, Hôtel Portofino réussit à conjuguer l’évasion – par ses paysages italiens et son cadre mondain – avec une réflexion plus sombre sur l’après-guerre, les rapports de classe et les bouleversements politiques. C’est un roman que j’ai apprécié pour son ambiance enveloppante, ses personnages émouvants comme Constance et Claudine, et pour la manière dont il fait vibrer les petites histoires individuelles sur fond d’Histoire en train de se faire.
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