dimanche 8 février 2026

Hôtel Portofino


Résumé : 
L'hôtel Portofino n'est ouvert que depuis quelques semaines, que déjà les ennuis s'accumulent pour Bella Ainsworth, sa propriétaire. Les hôtes qu'elle reçoit sont des habitués de la haute société anglaise, et sont donc exigeants et difficiles à satisfaire. Et Bella est la cible d'un politicien local corrompu, alors que l'Italie s'enfonce de plus en plus dans l'ère de Benito Mussolini.
Pire encore, son mariage est en difficulté, et ses enfants peinent à se remettre des dégâts de la Grande Guerre. Tous les regards sont tournés vers l'arrivée d'une potentielle prétendante pour son fils Lucian, mais les événements ne vont pas se passer comme prévu, et les répercussions sur la famille Ainsworth vont être importantes...

Mon avis : 
Hôtel Portofino de J. P. O’Connell est un roman historique dans lequel nous suivons Bella Ainsworth, une Anglaise qui ouvre un hôtel de luxe sur la Riviera italienne au début des années 1920. L’Italie est toujours marquée par les séquelles de la Grande Guerre mais surtout la montée du fascisme est omnipresente. L’intrigue mêle les tensions familiales de Bella (notamment les tromperies de son mari), les exigences d’une clientèle britannique fortunée et les pressions d’un politicien local corrompu, transformant l’hôtel en huis clos où se croisent ambitions, secrets et désirs.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est l’atmosphère d’après-guerre qui imprègne le récit : les personnages portent encore les blessures du conflit, qu’il s’agisse des traumatismes de Lucian ou des familles encore endeuillée, et cette mélancolie diffuse contraste avec l’apparente insouciance des années folles. La Riviera italienne, avec ses collines plongeant dans la mer, sa lumière et ses villages, sert de décor à la fois éblouissant et fragile, comme si la beauté du paysage venait apaiser – sans jamais les effacer – les blessures du passé.

Les personnages sont rapidement attachants, car chacun arrive à l’hôtel avec ses secrets et blessures qui les rendent tres humains. Constance, la jeune gouvernante marquée par le poids d’un enfant laissé derrière elle en Angleterre, touche par sa discrétion, sa dignité et la force tranquille avec laquelle elle tente de reconstruire sa vie. Claudine, chanteuse noire américaine au charisme incontestable, apporte une note cosmopolite et moderne : sa présence met en lumière les préjugés de l’époque, tout en incarnant le désir de liberté et de reconnaissance dans un monde qui la réduit souvent à une curiosité exotique.

L’un des grands plaisirs de lecture réside dans la constellation de petites histoires qui se déploient autour de l’hôtel : mariages arrangés, amours contrariées, chantages politiques, ambitions sociales et secrets inavoués s’entremêlent sans que l’on ait l’impression de feuilleter un simple catalogue d’anecdotes. Ces intrigues secondaires, qu’elles concernent les invités anglais, le personnel italien ou la famille Ainsworth, se répondent et composent une fresque vivante où chaque destin, même en arrière-plan, contribue à la richesse du tableau.

Au final, Hôtel Portofino réussit à conjuguer l’évasion – par ses paysages italiens et son cadre mondain – avec une réflexion plus sombre sur l’après-guerre, les rapports de classe et les bouleversements politiques. C’est un roman que j’ai apprécié pour son ambiance enveloppante, ses personnages émouvants comme Constance et Claudine, et pour la manière dont il fait vibrer les petites histoires individuelles sur fond d’Histoire en train de se faire.