samedi 11 avril 2026

Juste après Dieu, il y a papa


Résumé : 
« Papa ! », le plus beau mot du monde, celui qui naguère suffisait à effacer tous les tracas.

Le petit Wolfgang adore son père, Léopold Mozart, son guide, son modèle, son dieu vivant. Mais vient le temps où l'enfant prodige s'élève plus haut que le maître, et l'admiration se mue en dédain. L'un rompt, s'émancipe, grisé de passions nouvelles ; l'autre souffre, se résigne, cède sa place, contraint d'inventer des liens différents. Un drame silencieux qui, peut-être bien, s'immisce dans toute relation entre père et fils...

Avec la grâce du compositeur, Éric-Emmanuel Schmitt fait vibrer le plus déchirant des chants, celui de l'amour filial et paternel quand il est nourri d'un attachement aussi tendre que maladroit, celui de deux êtres que la vie sépare mais que la musique ne cessera jamais de réunir.

Mon avis : 
J’ai été profondément touché par ce roman qui explore la relation entre Mozart père et fils d’une manière à la fois humaine et musicale. À travers leurs échanges, leurs silences et leurs notes, on découvre bien plus qu’une histoire familiale : une quête de liberté, d’amour et de reconnaissance. Le père, figure imposante et parfois étouffante, incarne le dévouement absolu à la musique et à son enfant prodige ; le fils, lui, cherche à s’émanciper sans jamais renier cette filiation qui l’a façonné.

Ce qui rend le livre si juste, c’est la façon dont l’auteur capture la complexité du lien père-fils — fait d’admiration, de jalousie, d’incompréhension, mais aussi d’un amour indestructible. La musique devient ici un langage commun, à la fois refuge et champ de bataille. J’ai aimé découvrir Mozart autrement : non pas le génie isolé dans sa légende, mais le jeune homme traversé par ses sentiments, reconnu et blessé par celui qu’il voulait aimer librement.

Une lecture sensible, magnifiquement écrite, qui résonne longtemps après la dernière page — comme une mélodie entre deux âmes qui ne cessent de se répondre.

vendredi 10 avril 2026

L'hacienda


Résumé : 
À mi-chemin entre Mexican Gothic et Rebecca, un premier roman mêlant suspense et surnaturel avec pour toile de fond le Mexique après la guerre d’indépendance. Une maison isolée, des phénomènes paranormaux inquiétants et une femme prise dans leurs griffes…

Lors du renversement du gouvernement mexicain, le père de Beatriz est exécuté et sa maison saccagée. Quand le beau Don Rodolfo Solórzano la demande en mariage, Beatriz ne tient pas compte des rumeurs qui entourent la mort soudaine de sa première épouse et pense trouver la sécurité dans sa propriété à la campagne.

Elle fera de ce lieu son nouveau foyer, quoi qu’il en coûte. Mais l’hacienda San Isidro n’est pas le sanctuaire qu’elle imaginait…
Rodolfo se voit bientôt contraint de retourner à la capitale. Très vite, le sommeil de Beatriz est peuplé de voix et de visions.

Des yeux invisibles l’épient en permanence. Sa belle-sœur Juana raille ses peurs. Alors pourquoi celle-ci refuse-t-elle d’entrer dans la maison la nuit venue ? Pourquoi la gouvernante a-t-elle dessiné ces étranges symboles à l’entrée de la cuisine et fait-elle brûler du copal sur le seuil ?

Qu’est-il réellement arrivé à la première Doña Solórzano ?
Beatriz n’a que deux certitudes : le mal habite cette hacienda et aucun de ses occupants ne la sauvera.

Mon avis :
Une très belle découverte avec L’Hacienda d’Isabel Cañas, un roman entre gothique, fantastique et drame historique. J’ai été immédiatement happé par l’ambiance : on sent la chaleur, la poussière, les odeurs, et surtout le poids de ce Mexique d’après l’indépendance, à la fois fascinant et inquiétant. Je ne m'attendais pas du tout au coté fantastique / horreur du roman, je pensais plus lire un roman a l'atmosphère inquiétante, un peu comme Rebecca de Daphné du Maurier. Au final, c'était différent mais ca m'a plu, une lecture qui m'a fait sortir de ma zone de confort.


Beatriz m’a énormément touchée — son courage, sa détermination à s’imposer dans un monde d’hommes et à affronter cette maison pleine de secrets m’ont tenue en haleine. C’est une héroïne forte sans être idéalisée, humaine jusque dans ses moments de doute.


J’ai trouvé quelques longueurs, surtout lorsque Andrés revient sur son passé : ces passages freinent un peu le rythme, même s’ils éclairent des éléments importants de l’intrigue. Mais cela n’enlève rien à la puissance de l’atmosphère ni à la tension qui monte page après page.


Une lecture dépaysante et sensorielle, entre frissons, mystère et émotion. J’ai adoré découvrir le Mexique à travers ce roman — ses traditions, ses paysages, sa spiritualité — autant qu’explorer les ombres et les secrets de l’Hacienda.

mercredi 8 avril 2026

Le jardinier et la mort


Résumé : 
C’est l’histoire d’un jardinier en Bulgarie, un homme né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui avait connu le communisme puis son effondrement. Un homme qui soignait son potager avec constance, qui guettait les bourgeons sur le point d’éclore, qui détachait délicatement des feuilles de menthe verte pour les disposer sur des tranches de tomates cueillies de sa main.
Cet homme était le père du narrateur, qui vit un immense chagrin au moment de se retrouver orphelin. Comment dire à son père l’amour qu’on lui porte ? Comment devenir à son tour celui qui raconte les histoires et fait poindre de nouvelles racines ?
Avec ce livre très attendu après Le pays du passé, Guéorgui Gospodinov nous invite à écouter la musique silencieuse de la pudeur des sentiments paternels et à observer quels sont les trésors véritables que l’on peut transmettre à son fils. Le grand écrivain bulgare nous offre le portrait délicat d’une relation à la fois unique et universelle, où les mots entrelacent l’amour et le souvenir, et continueront, comme les fleurs, de renaître à chaque printemps.

Mon avis : 
Le jardinier et la mort est moins une histoire qu’un adieu : celui d’un fils qui accompagne son père dans ses derniers jours, dans une atmosphère suspendue où la nature, le temps et la mémoire tissent une même trame. Gospodinov signe ici un texte d’une simplicité bouleversante.

Le jardin devient le symbole d’un lien fragile entre vie et mort : un espace où chaque geste – planter, arroser, observer – devient une manière de tenir tête à la disparition. Ce père jardinier, silencieux et obstiné, incarne la continuité du soin, du vivant, même au seuil de la fin. Le fils, narrateur attentif et empreint de tendresse, ne cherche ni consolation ni leçon : il accompagne, il regarde, il écrit. La mort, ici, n’est pas dramatique, elle est presque végétale, inscrite dans le cycle naturel des choses.

Ce texte s’impose par son ton juste et sa sobriété. On sort de cette lecture avec la sensation d’avoir parcouru un jardin intérieur, celui des souvenirs partagés et des gestes simples qui deviennent éternels. Un hommage émouvant, d’une grande délicatesse.

mardi 7 avril 2026

Hildur


Résumé : 
Vingt-cinq ans après la disparition non-élucidée de ses jeunes sœurs Rosa et Björk, Hildur Rúnarsdóttir vit toujours à Ísafjörður, en Islande, où elle est inspecteur de police. Depuis cet événement traumatisant, elle surfe dans les eaux glacées des côtes islandaises pour tenter d'oublier.

Après quelques années passées dans l’unité des enfants disparus de Reykjavik, la jeune femme est en poste dans le petit commissariat de cette région désolée des Fjords de l'Ouest. Elle accueille bientôt un stagiaire finlandais, Jakob Johanson, qui lui-même porte les stigmates d'une vie personnelle compliquée.

À peine apprennent-ils à se connaître qu'ils sont amenés à enquêter sur un incendie qui a causé la mort d'un pédophile, et Hildur ne peut s'empêcher d'espérer trouver un lien avec la disparition de ses petites sœurs...

Mon avis
Une belle surprise venue du Nord ! Hildur de Satu Rämö tient toutes ses promesses de polar islandais : une atmosphère envoûtante, des paysages à couper le souffle et une tension maîtrisée du début à la fin. C’est un vrai page-turner, impossible à lâcher une fois l’enquête lancée.


J’ai particulièrement apprécié le duo d’enquêteurs : Hildur, femme forte, indépendante et sportive, incarne une héroïne moderne et charismatique, tandis que Jakob, plus fragile, amateur de tricot et d’une étonnante douceur, apporte un équilibre inattendu. Ce renversement des rôles classiques donne au roman un souffle rafraîchissant.


Si la résolution de l’intrigue m’a semblé un peu tirée par les cheveux, cela ne gâche pas le plaisir de lecture — au contraire, l’univers est si bien campé qu’on a envie de prolonger le voyage. Rien que pour ses descriptions sublimes de l’Islande, ce roman donne envie de retrouver Hildur et Jakob dans une prochaine enquête.

Anatomie d’une disparition

 

Résumé : 
«Il est des jours où l’absence de mon père me pèse comme un enfant assis sur ma poitrine. Il en est d’autres où je me souviens à peine des traits exacts de son visage, jusqu’à devoir sortir de leur vieille enveloppe les photographies rangées dans le tiroir de ma table de nuit. Jamais, depuis sa soudaine et mystérieuse disparition, je n’ai cessé de le chercher, de scruter les endroits les plus improbables.»

Kamal Pasha el-Alfi, dissident politique sous une dictature arabe et ancien ministre de la monarchie égyptienne, est enlevé sous les yeux de sa maîtresse. Son fils Nuri, adolescent à l’époque, n’aura de cesse d’élucider ce mystère. Devenu adulte, il s’empare du souvenir de cet homme respecté de tous, aimant mais avare de paroles. Resurgissent alors la mort inexpliquée de sa mère et la passion coupable qu’il nourrit pour la seconde femme de son père, la jeune Anglaise Mona.

Récit d’une construction de soi, ce roman dépeint avec justesse une jeunesse du monde arabe tiraillée par l’exil et le renoncement.

Mon avis : 
J’ai dévoré ce roman, littéralement. Hisham Matar nous plonge dans une histoire sobre et poignante où chaque silence compte autant que les mots. À travers Nuri, ce jeune garçon qui grandit dans l’ombre de la perte, on découvre un roman d’apprentissage bouleversant : un chemin vers soi qui passe par la recherche obstinée d’un père disparu, réel ou fantasmé.

Ce qui frappe, c’est la délicatesse de l’écriture — jamais sentimentale, toujours juste. Matar explore la douleur du manque, la confusion du deuil et la façon dont l’absence façonne l’identité. Nuri se construit sur cette faille, entre désir de vérité et impossibilité de la trouver, poursuivant inlassablement le fantôme d’un père qui incarne à la fois l’idéal et le mystère.

Le cadre politique de l’exil et des disparitions en Libye / Egypte ajoute une profondeur tragique sans jamais étouffer le récit intime. Tout se joue dans les nuances : un regard, une lettre, un souvenir esquissé.

C’est un roman qu’on referme avec le cœur serré, conscient que la disparition ne s’efface jamais complètement — elle devient simplement partie de nous. Une lecture à la fois élégante, déchirante et lumineuse, pour quiconque s’interroge sur la mémoire, la filiation et le poids du silence.

L'été où maman a eu les yeux verts


Résumé : 
Croqué avec des traits stylistiques d’une violence éclatante, d’une beauté effarante, L’Été où maman a eu les yeux verts est le portrait d’une mère laide que la dernière saison de sa vie, passée aux côtés d’un fils rebelle, transfigure et rend gracieuse.
Le lecteur découvre l’histoire de cette famille ordinaire aux origines polonaises, installée en Angleterre et transplantée pour un été dans le nord de la France, comme s’il devait composer petit à petit l’image terrifiante et fascinante d’un puzzle. Chaque chapitre est une petite pièce en soi, brève, autonome, concrète et poétique, presque indifférente au voisinage des autres morceaux.
Forte en jeux de séduction façon trompe-l’œil, Tatiana Tîbuleac sait peindre en filigrane la rage qui s’adoucit, sans diminuer pour autant la tension de l’écriture, sans édulcorer ni le sort des personnages ni les mots qui la disent. C’est le charme âpre de cette jeune écrivaine déjà mûre, séduisante dès ses premières lignes.

Mon avis : 
L’été où maman a eu les yeux verts est un roman qui bouleverse par sa simplicité apparente et la profondeur émotionnelle qu’il déploie. On y entre un peu désorienté — le style de Tatiana Țîbuleac, fragmenté et parfois dur, demande un temps d’adaptation — mais très vite, on se laisse happer par la force brute du texte.

Ce qui se joue entre la mère et le fils, le temps d’un été en France, dépasse le cadre familial : c’est une rencontre tardive entre la haine et l’amour, entre la rancune et la rédemption. Chaque page semble traversée par une lumière particulière, celle de cet été qui va tout changer, celle des yeux verts de la mère qui deviennent presque symboles de vie, de vérité et de pardon.

Ce roman parle de ce qu’il reste quand tout va disparaître : les mots, les souvenirs, le regard que l’on porte sur ceux qu’on croyait connaître. Rarement une écriture m’a semblé à la fois si âpre et si tendre. Un texte à lire lentement, à laisser infuser, comme un été qu’on ne veut pas voir finir.

samedi 28 mars 2026

Comment j'ai tué ton mari


Résumé : 
Rien ne va plus pour Finlay Donovan, autrice de romans policiers qui peinent à décoller et mère célibataire de deux enfants. Le livre qu'elle a promis à son agent n'est pas encore écrit, son ex-mari a renvoyé la nounou sans lui en parler, et ce matin elle a dû déposer à l'école sa fille de quatre ans, du scotch dans les cheveux à la suite d'un incident capillaire. Alors qu'elle discute de l'intrigue de son nouveau manuscrit avec son agent dans un restaurant, leur voisine de table prend Finlay pour une tueuse à gages et glisse un mot dans son sac à main : elle lui offre 50 000 $ pour la débarrasser d'un mari un peu trop encombrant.
Hors de question pour Finlay de passer à l'acte ! Mais, tourmentée par cette somme énorme qui réglerait bien des problèmes, elle se rend malgré tout au bar où travaille la future victime et se retrouve embarquée dans une véritable enquête criminelle. La fiction dépassera-t-elle la réalité ?

Mon avis : 
J’ai adoré ce premier tome d’une série qui s’annonce vraiment prometteuse ! Finley, l’héroïne, est une maman débordée, toujours prise entre les contraintes du quotidien et des situations complètement rocambolesques. Je l’ai trouvée terriblement attachante (et souvent hilarante), mais surtout très humaine : ses galères, ses doutes, ses petits moments de panique m’ont rappelé bien des choses… difficile de ne pas se reconnaître en elle.

L’intrigue est parfaitement rythmée : on passe de rebondissements en révélations, sans jamais perdre le fil ni l’humour qui traverse tout le roman. Elle Cosimano réussit un joli mélange entre comédie domestique et suspense à l’américaine, avec un ton vif et beaucoup de second degré.

Le dernier chapitre m’a laissé sur ma faim — dans le bon sens du terme ! —, en ouvrant la voie vers un second tome qui promet d’être tout aussi savoureux. Une lecture divertissante, pleine d’énergie et de bonne humeur, que je recommande sans hésiter à ceux qui aiment les héroïnes imparfaites mais terriblement attachantes.

mercredi 25 mars 2026

Avant que tombe la nuit


Résumé : 
Bienvenue dans les fjords de l'ouest de l'Islande. Marsí, 14 ans, entretient une correspondance secrète avec un garçon qui vit à l'autre bout du pays, sous l'identité de sa sœur Stína, âgée de 16 ans. Le jour où ils se décident enfin à se rencontrer, Marsí est empêchée de se rendre au rendez-vous. Dans la nuit, sa sœur disparaît. Son anorak taché de sang est retrouvé à l'endroit où Marsí et son correspondant avaient prévu de se rencontrer.

Dix ans plus tard, l'affaire n'a pas été élucidée. Marsí, qui s'était réfugiée à Reykjavík, revient dans la maison familiale, perchée sur les hauteurs de la ville. Les murs de la vieille bâtisse recèlent toujours leur poids de secrets. Lorsque Marsí reçoit une lettre signée de son ancien correspondant, l'espoir et la culpabilité se ravivent - mêlés à la terreur d'être elle-même en danger.

Mais... Marsí a toujours eu du mal à distinguer ses rêves de la réalité.

Entre souvenirs brumeux, insomnie et paranoïa, la jeune femme se lance dans une quête désespérée. Comment trouver la vérité quand on ne peut pas se faire confiance soi-même ?

Mon avis
Une nouvelle fois, l’autrice islandaise confirme tout son talent. Avant que la nuit tombe m’a littéralement happé, du début à la toute dernière ligne. Rien à voir avec la série Elma, même si l’on retrouve ce même sens du suspense nordique et cette atmosphère glacée si particulière — ici, le ton se fait plus intimiste, presque mélancolique, mais la tension reste constante.


L’intrigue est finement construite, rythmée par des rebondissements qui tiennent en haleine jusqu’à la fin. J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’autrice installe une angoisse douce, diffuse, puis accélère soudain, sans qu’on voie venir la chute. Les personnages, comme toujours chez elle, sont nuancés, humains, tiraillés entre silence et vérité.


Un vrai roman de nuit blanche : à chaque page, on se dit “encore une” jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à tourner. Après Elma, ce livre confirme qu’elle fait partie de ces voix islandaises qu’on suit les yeux fermés : une valeur sûre, à la fois dépaysante et captivante.

mardi 24 mars 2026

La bienfaitrice


Résumé :
Anna Estcourt, vingt-cinq ans, emménage dans une petite propriété du Nord de l'Allemagne dont elle hérite à la mort de son oncle. Jolie, intelligente mais sans fortune, elle a grandi jusque-là avec son frère, sous la coupe de la femme de celui-ci, Susie.
Désormais en possession d'un revenu confortable, elle contrevient aux convenances de l'époque en ne se mariant pas, afin de conserver son indépendance. Mieux, elle propose généreusement un toit aux dames en détresse de sa nouvelle contrée, afin que celles-ci puissent faire de même - altruisme dont elle ne tardera pas à peser les inconvénients...
D'autant qu'Axel Lohm, un gentleman de la région que son oncle espérait lui voir épouser, est tombé amoureux d'elle. Il va tenter de la faire changer d'avis...

Mon avis :
Je ressors assez déçue de La Bienfaitrice d’Elizabeth von Arnim. Le roman avait tout pour me plaire sur le papier — une héroïne indépendante, une critique supposée du carcan social imposé aux femmes — mais j’ai trouvé que l’ensemble avait terriblement mal vieilli.


La narration traîne, les personnages secondaires semblent figés dans une époque où la bienséance écrase toute nuance, et le ton ironique de von Arnim, censé dénoncer les conventions, m’a souvent paru confus. On m’avait promis une héroïne libre ; j’y ai plutôt vu une femme prise au piège de la morale victorienne, et surtout une fin qui contredit tout le propos féministe qu’on voudrait y lire. Que vaut une critique du mariage si tout se résout… par un mariage ?


Certes, on peut replacer le texte dans son contexte historique, mais même avec cette indulgence, le roman manque d’intensité et de cohérence. Là où d’autres autrices de la même époque parviennent encore à nous atteindre, von Arnim m’a laissé froide. En refermant le livre, je n’ai ressenti ni admiration pour l’héroïne ni compassion, juste la sensation d’une leçon morale démodée.

Le magnat

Résumé :
Un auteur surnommé « Le John Grisham indien » par le magazine Glimpse, et fréquemment cité par la presse comme le « maître du roman policier et du thriller judiciaire » et « le meilleur page-turner indien ».

L’un des hommes les plus puissants d’Inde accusé de meurtre. Une bataille judiciaire et médiatique sans pitié qui menace de faire s’écrouler un empire. Un périple dans les tréfonds de l’âme humaine, et une ambiguïté insoutenable.

LE MAÎTRE DU JEU
Suscitant à la fois la crainte et l’admiration, Prem Bedi, surnommé « Le Magnat », est l’une des trois plus grandes fortunes d’Inde. Un jour, alors qu’il est en voyage à l’étranger, on lui annonce que son ex-femme, ainsi que son nouveau mari, viennent d’être assassinés.

UN COUPABLE IDÉAL
Une bataille judiciaire et médiatique sans merci l’attend à son retour, car s’il possède un alibi solide et de nombreux témoignages en sa faveur, les preuves sont accablantes... Comme si ce crime avait été commandité.


UNE OMBRE AU TABLEAU
Mais si tout semble mener à Prem, un autre suspect est également présent sur le banc des accusés ; le beau-frère, qui aurait eu, lui aussi, tout à gagner de la disparition du couple. Le tribunal devient bientôt le théâtre d’un face-à-face brutal où tout est permis pour que les masques tombent.

Alors que tous les projecteurs sont braqués sur la cour d’assises, une question, entêtante, revient sans cesse : qui est derrière ce double meurtre ? Et pourquoi ?

Mon avis : 
Une excellente lecture ! Le Magnat de Vish Dhamija m’a littéralement happée dès les premières pages. 

J’ai particulièrement aimé la manière dont l’auteur construit le procès — précis, tendu, presque cinématographique. On a vraiment l’impression d’assister à l’audience aux côtés des avocats, tant chaque argument et chaque rebondissement sont finement détaillés.


L’alternance des points de vue apporte une belle dynamique à la narration : on découvre peu à peu les motivations de chacun, et cela rend le roman encore plus captivant. En revanche, la place donnée à la corruption m’a parfois semblé un peu excessive — mais c’est peut-être aussi un reflet réaliste de certains milieux où l’argent et le pouvoir dictent les règles, en Inde comme ailleurs.


Et puis cette fin… totalement inattendue ! Vish Dhamija parvient à surprendre jusqu’à la dernière page, avec un retournement aussi crédible que percutant.


En somme, un thriller judiciaire brillant, rythmé, et d’une grande intelligence narrative. Je referme ce livre conquise et avec une seule envie : découvrir d’autres romans de cet auteur.

vendredi 20 mars 2026

Les hirondelles de Kaboul


Résumé : 
Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici une lapidation de femme, là un stade rempli pour des exécutions publiques. Les Taliban veillent. La joie & le rire sont devenus suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Toute fierté l'a quitté. Le goût de vivre à également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Quel espoir est-il permis? Le printemps des hirondelles semble bien loin encore...

Mon avis : 
Même si la plume de Yasmina Khadra reste reconnaissable — sobre, puissante et pleine d’humanité — Les Hirondelles de Kaboul m’a semblé en deçà de ses autres romans. L’écriture m’a parfois laissé à distance, surtout dans les dialogues, qui sonnent un peu creux et manquent de naturel.

Malgré cela, impossible de nier la force et la pertinence de ce récit, vingt-cinq ans après sa parution. La description d’un Afghanistan étouffé par la peur et l’injustice résonne toujours, notamment dans son évocation de l’absence de droit et de liberté pour les femmes. Cette actualité glaçante donne au roman une gravité que le style seul ne suffit peut-être pas à porter, mais qui continue de frapper le lecteur.

Un texte imparfait, certes, mais nécessaire — ne serait-ce que pour rappeler combien la voix de Khadra reste engagée et indispensable.

mercredi 18 mars 2026

Le sentier des citrons


Résumé : 
Italie, années 1940. Telles de vaillantes fourmis, des générations de femmes sillonnent le " sentier des citrons ", en transportant ces fruits sur leur dos de la montagne jusqu'à la mer, le long de la côte amalfitaine. Parmi elles, des soeurs jumelles que tout oppose. Rachele, attachée à sa terre et aux traditions. Nannina, idéaliste dans l'âme, qui ne rêve que d'aventure et d'évasion. Quatre-vingts ans plus tard, Ninfa et sa petite soeur Alelì se lancent sur les traces de leur grand-mère disparue et de ces femmes du passé. Leurs découvertes ne tardent pas à les mettre sur la piste d'un secret de famille jalousement gardé depuis des décennies par le sentier des citrons.

Mon avis : 
Je ressors de cette lecture avec un sentiment plutôt mitigé. L’idée de départ m’avait séduite : deux histoires parallèles, deux générations de femmes liées par un secret, un parfum d’été et de Méditerranée… Sur le papier, tout y était pour me plaire.

Malheureusement, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, notamment aux sœurs du présent, dont les trajectoires m’ont semblé un peu fades. À l’inverse, le récit du passé, autour des jumelles et de leur mode de vie, m’a davantage émue —la description de leur vie extrêmement difficile : le manque de nourriture, le travail éreintant, les violences masculines...  Ca donne l'impression que les sœurs d'aujourd'hui se plaignent pour des tous petits tracas et manque de profondeurs. 

Le style m’a parfois paru confus ce qui a sans doute contribué à maintenir une distance émotionnelle.
En somme, Le Sentier des citrons m’a laissée sur ma faim : une histoire prometteuse et quelques beaux passages, mais un ensemble qui peine à toucher durablement.

mardi 17 mars 2026

Le Crime de l'Indian Pacific


Résumé : 
Dans un célèbre roman d'Agatha Christie, une amie de Miss Marple affirme avoir assisté à un meurtre depuis la fenêtre d'un train... sans que personne ne la prenne au sérieux. C'est exactement ce qui arrive à Alicia Finlay, alors qu'elle traverse l'Australie à bord de l' Indian Pacific , en compagnie de ses comparses du Club des amateurs de romans policiers. Ceux-ci avaient justement décidé de mettre à profit le voyage pour s'entretenir des " polars ferroviaires ". Alicia aurait-elle subi l'influence de ces lectures, en croyant voir un corps tomber du train ? Ou bien aurait-elle abusé du champagne ? Peut-être les deux à la fois ? Les membres de notre Club, tous passionnés de meurtres en huis clos, ne résistent pas à l'envie de mener l'enquête. Y a-t-il vraiment eu crime ? Et si oui, l'assassin se cache-t-il encore quelque part à bord ? Nos détectives ne sont pas au bout de leurs surprises !

Mon avis : 
Septième tome déjà pour C.A. Larmer et sa série Le Club des amateurs de romans policiers, et je dois dire que Le crime de l’Indian Pacifique est encore une réussite ! 

L’autrice parvient une fois de plus à combiner intrigue policière soignée, humour léger et décors qu’on aimerait ne jamais quitter.

L’enquête est particulièrement prenante cette fois : l’atmosphère confinée du train, les secrets qui se dévoilent au rythme du voyage, et ce petit goût d’Agatha Christie qui plane à chaque page – tout y est ! Le clin d’œil à l’Orient-Express est évident, mais Larmer parvient à y apporter sa touche australienne, lumineuse et dépaysante.

L’Indian Pacifique devient presque un personnage à part entière : on ressent le souffle du désert, la vastitude du paysage, et on rêve forcément d’embarquer à notre tour pour ce voyage mythique. Pour ma part, j’espère sincèrement le faire un jour !

En somme, un roman cosy, élégant et parfaitement rythmé – la série ne s’essouffle pas, bien au contraire. Avis aux amateurs de mystères raffinés et d’escapades exotiques : ce tome est un petit bijou.

lundi 16 mars 2026

Dame merveille et autres contes d'Egypte


Résumé : 
Beautés silencieuses, vizirs félons, nomades rusés ou reines infanticides, toutes les figures des légendes orientales se trouvent réunies dans ces contes cruels, tendres, drôles ou grinçants.
Puisant dans le fonds traditionnel mondial, ces textes sont néanmoins spécifiquement égyptiens : ici, les femmes aiment la magie, le pauvres fument du haschisch à la lueur des bougies, les crânes humains tiennent leurs macabres promesses, et les tricheurs signent des pactes avec le diable.
Recueillis par une conteuse, traduits de l'arabe ou adaptés par elle, les contes d'Egypte que voilà ont été mis en bouche : de l'oralité, ils ont gardé la vivacité et la fraîcheur, mais aussi la force.

Mon avis : 
Un beau recueil de contes qui nous plonge au cœur de l’Égypte des sables et des légendes. 

Praline Gay-Para nous offre des contes riches, parfois poétiques, toujours nourris d’un vrai travail de collecte et de transmission. On sent la passion et la rigueur de l’autrice derrière chaque récit. 

Toutefois, l’ensemble m’a paru un peu inégal : certains textes m’ont captivé par leur mystère et la morale de fin, d’autres — plus brefs — m’ont semblé passer trop vite, certains textes ne font qu'une page. 

Reste une lecture dépaysante, entre mythe et sagesse populaire, qui fait rêver d’oasis, de pharaons et de vizirs.

Les miettes


Résumé : 
Fille d'immigrés italiens et petite-fille d'un partisan de Mussolini, Adelina naît à Zurich dans les années 50. Elle a dix-huit ans lorsque, à la mort de son père, elle hérite de ses dettes. Forcée d'interrompre son apprentissage pour entrer à l'usine, elle rencontre Toto, un saisonnier dont elle tombe amoureuse. Mais peu après la naissance de leur fille, Toto disparaît. En ce début des années 70, dans une Suisse que l'essor économique rend impitoyable, Adelina n'a pas le choix : elle va devoir faire confiance à des hommes qui ne veulent pas tous son bien.
En racontant tambour battant la vie quotidienne de son héroïne - mère célibataire, précaire et épuisée, mais qui ne se résigne pas -, Lukas Bärfuss brosse une redoutable fresque de la société libérale et signe un grand roman sur l'injustice et la dépossession.

Mon avis : 
Un roman percutant sur la pauvreté et la violence sociale, porté par une très belle description de l’engrenage dans lequel est prise Adelina, jeune mère étranglée par les dettes et la précarité. Lukas Bärfuss réussit particulièrement bien a cerner la misère et comment le corps et le temps d’Adelina deviennent sa seule monnaie d’échange. 

Mais l’accumulation de malheurs, les décisions de plus en plus discutables de l’héroïne et une fin qui force un peu le trait donnent parfois le sentiment d’un roman trop démonstratif, qui s’acharne sur son personnage au risque de perdre en crédibilité, de la décrire comme un personnage de caricature. Une lecture forte et dérangeante, mais qui laisse aussi une impression de longueur et de construction un peu artificielle.

mardi 10 mars 2026

Trouver ma voie


Résumé : 
« À quinze ans, une balle a changé la trajectoire de mon existence ; elle m’a arrachée à mon pays pour me projeter dans l’inconnu. »

Malala a quinze ans lorsque les talibans prennent le pouvoir dans sa région montagneuse du Pakistan. Rapidement, ils interdisent l’école pour les filles et alors que Malala résiste publiquement, elle devient une cible. Le 9 octobre 2012 en rentrant du collège, des terroristes tentent de la tuer, la laissant dans un état critique.

Arrivée en Europe afin de recevoir des soins d’urgence – et en dépit des menaces de mort –, elle continue son combat. Depuis, elle est devenue une icône pour toutes celles et tous ceux qui luttent au Pakistan et dans le monde contre les violences faites aux femmes.

Trouver ma voie est un témoignage exceptionnel, intime et bouleversant où Malala évoque sa vie, ses convictions mais surtout la nécessité d’oser devenir soi, envers et contre tout.

Mon avis : 
Je trouve que Malala est une jeune femme tellement inspirante que j'ai eu envie immediatement de lire son nouveau livre. Il fait suite a Moi, Malala qui racontait son combat contre les les talibans. Ici, avec Trouver ma voie, elle raconte son arrivée a l'université. Dans les premières pages, je trouvais le récit plutôt banal : Malala est comme toutes les autres étudiantes, elle découvre les fêtes, les sorties, le sport, elle rencontre des garçons, bref une vie d'étudiante. 

Ce qui m'a lu plus plu c'est quand, elle évoque des sujets plus personnels comme la santé mentale et le stress post-traumatique dont elle souffre depuis cette tentative d'assassinat. J'ai été également extrêmement touché par les derniers chapitres qui racontent la prise de pouvoirs des talibans en Afghanistan et les conséquences désastreuses sur l'éducation et la vie des filles et femmes en général. 

Son combat est une juste cause et je suis ravie d'avoir pu découvrir un peu plus sur la jeune femme qui se cache derrière ce prénom Malala. 

lundi 23 février 2026

Le Champ des Méduses


Résumé : 
" C'est comme ca qu'un sceptique est devenu le Sceptique. " Dans le Belgrade des années 2020, Le Sceptique, ancien journaliste devenu détective et grand amateur de vinyles, se lance dans une enquête à la demande d'un ancien camarade slovène de l'armée populaire yougoslave, Ales. Celui-ci lui demande de retrouver Marijana son épouse, disparue dix ans plus tôt après un mystérieux séjour à Belgrade.
L'enquête du Sceptique le mène de Belgrade à Rovinj en Istrie, le Saint-Tropez croate, qui fut le théâtre d'un drame survenu trente ans auparavant. Il s'agit de la disparition de Bisera, la mère de Marijana, lors d'un séjour dans une villa au coeur du cercle fermé de familles influentes et dépravées. Peu à peu, les masques tombent : le groupe de vacanciers est lié par un pacte de silence mêlant libertinage, argent et pouvoir.
Se dévoile alors le portrait d'une élite corrompue et complice, prête à tout pour protéger ses secrets. Ce qui semblait être une banale affaire de disparition se transforme rapidement en une plongée vertigineuse dans l'histoire trouble de l'ex-Yougoslavie. Entre jeux de pouvoir, secrets familiaux et crimes non résolus...


Mon avis :
Le Champ des méduses d’Oto Oltvanji est un roman venu de Serbie. C'est un roman tres noir, sombre qui dénonce la corruption, les privilèges et les secrets.

L'intrigue a pour point de départ : la demande d’un ancien camarade slovène de retrouver Marijana, sa femme, disparue dix ans plus tôt. L’enquête fait circuler le lecteur de Belgrade à Rovinj en Croatie, et nous emmène très rapidement dans une énigme complexe : celle de Marijana, mais aussi celle, plus ancienne, de Bisera, sa mère, volatilisée trente ans auparavant dans une villa mondaine sur la cote adriatique. Cette double chronologie donne une profondeur au récit.

L'intrigue est lente, il n'y a pas de retournements de situation spectaculaire et il faut être patient pour comprendre ce qui se cache derrière le libertinage, l’argent et le pouvoir, qui soude un cercle de familles influentes yougoslaves.

Le détective Ales, surnommé le Sceptique est ancien journaliste devenu enquêteur privé et collectionneur de vinyles. C'est un enquêteur réfléchi, qui fait marcher ses anciens contacts, il est plutôt convaincant dans son rôle d'enquêteur mais son scepticisme justement a fait que j'ai eu du mal a m'attacher a lui ou même aux autres personnages.

dimanche 22 février 2026

La mort de Vivek Oji


Résumé : 
Le lendemain d'une grande émeute au marché, la mère de Vivek Oji découvre le corps de son fils allongé sur leur véranda, sans vie. Une simple toile imprimée d'hibiscus rouges recouvre son corps nu.

Comment un destin si tragique a-t-il pu frapper ce jeune homme de vingt ans, promis à un bel avenir ? La mère se met alors à explorer le passé à l'affût de bribes de réponses, de signes. Vivek était certes né avec une étrange tache près de la cheville. Puis il s'était curieusement laissé pousser les cheveux, de plus en plus long, malgré le courroux de son père.

Parfois, il semblait aussi planer, ailleurs. En filigrane, son cousin prend également la parole pour nous dévoiler la part secrète de Vivek, son plaisir caché de se vêtir en femme, son attirance pour les hommes... Au fil de la lecture se compose ainsi le portrait complexe et bouleversant d'un être né dans une société nigériane et dans une famille qui ne l'acceptent pas tel qu'il voudrait être au grand jour.

D'une plume lumineuse et sensuelle, Akwaeke Emezi signe un deuxième roman d'une splendeur troublante, au style aussi doux que fiévreux. La mort de Vivek Oji mêle puissamment les questions d'identité, de genre, de tolérance et d'innocence. Mais c'est avant tout le roman bouleversant et universel d'une jeunesse injustement brisée en plein vol.

Mon avis : 

Akwaeke Emezi s'attaque a un sujet difficile : l'homosexualité et la transexualité au Nigéria, pays encore tres conservateur, je pense notamment a cette scene terrible de passage à tabac religieux, où l’on prétend frapper un « démon » plutôt que la personne, révélant la cruauté derrière le discours de protection de l'Eglise.

Pour autant, on ne tombe jamais dans le melodramatique, au contraire le texte met en scène la joie, la sensualité et la créativité d’une jeunesse qui invente ses propres codes pour survivre.

J'ai beaucoup aimé la narration où s’entrelacent les voix de la mère, du père, d’Osita, des amis et parfois de Vivek lui‑même : chacun ne détient qu’un morceau de l’histoire, un fragment de la personne perdue. Mais Le roman se présente aussi comme une enquête autour d’un corps déposé sur un perron, nu, enveloppé dans un tissu, et d’une question : que s’est‑il vraiment passé pour que Vivek meure ainsi ?

vendredi 13 février 2026

Je ne te verrai pas mourir


Résumé : 
La passion de Gabriel et Adriana semblait devoir durer toujours. Mais dans les années 1960, les stigmates de la guerre civile pèsent encore sur le destin des jeunes gens. Après cinquante ans sans un mot échangé, elle dans l'Espagne de la dictature, lui connaissant une carrière brillante aux États-Unis, ils se retrouvent au soir de leur vie pour une ultime rencontre.

Avec délicatesse, Antonio Muñoz Molina interroge les choix et les motivations profondes qui déterminent une vie entière et une identité. Comment, porté par le temps qui passe, par certaines lâchetés et complaisances, il est facile de s'égarer loin de celui qu'on pensait devenir. Pourtant, si une seconde chance nous était donnée, aurions-nous le courage de l'embrasser ?Une prose magnifique, sensuelle, une musicalité qui transcrit avec justesse la puissance de la nostalgie et ses dangers.

Les sentiments les plus intimes d'un homme et la dignité d'une femme. Certaines des plus belles pages jamais écrites par ce fin conteur de l'âme humaine.

Mon avis : 
Je ne te verrai pas mourir est un magnifique roman sur la mémoire, le temps qui passe, les vies manquées, les rendez‑vous impossibles à rattraper et de la nostalgie de la personne que nous avons été.

La première partie, ce long bloc sans points, qui s’étire sur une soixantaine de pages, est un début de roman le plus surprenant que j'ai été amené a lire. C'est un flot de mots ininterrompu qui épouse la pensée vacillante de Gabriel au moment des retrouvailles avec Adriana. Cela rend la lecture éprouvante mais finalement traduit assez bien le trouble intérieur du personnage, sa difficulté à démêler ce qui relève du souvenir réel, des rêves fantasmés ou du présent.

J'ai beaucoup aimé la différence entre les souvenirs de chacun. En effet, chaque partie du récit propose un angle différent, une version de l’histoire, qui ne coïncide jamais tout à fait avec les autres. On ne lit pas seulement une romance perdue dans le temps mais on assiste à la confrontation de deux mémoires : celle de l’homme parti faire carrière aux États‑Unis et comblé par la réussite, et celle de la femme restée en Espagne, prise dans une vie difficile, un mariage raté et un pays longtemps figé par la dictature et la religion.

J'ai trouvé Gabriel extrêmement lâche, au final c'est homme qui n’a jamais vraiment fait de choix personnels et s’est laissé porter par les ambitions de sa famille ou encore la promesse de l’ascension sociale aux Etats-Unis. Il renonce à ses aspirations profondes, la musique notamment et laisse Adriana derrière lui.

L’introduction de Julio Maíquez, dans la seconde partie, est intéressante car elle vient remettre en perspective le point de vue de Gabriel. Maíquez est un professeur a la carrière en demi-teinte, abandonné par sa femme et sa fille. Il s'avère d’abord être un simple médiateur entre Gabriel et Adriana, presque malgré lui. Mais finalement c'est un miroir déformant de Gabriel, un autre homme déraciné, exilé, qui interroge à sa manière le prix des vies qu’on n’a pas choisies. À travers ses yeux, Gabriel est décentré : l’ami brillant, riche et sûr de lui est aussi perçu comme un homme prisonnier de ses renoncements.


Enfin la troisième partie est pour moi la plus émouvante : entendre enfin la voix d'Adriana, la femme abandonnée. J'ai trouvé cette vieille femme extrêmement lucide, elle, qui a payé le prix fort du départ de Gabriel. Elle peut paraitre froide, mais vient remettre une nouvelle fois en place Gabriel, qui était presque trop sur de lui, tellement sure qu'elle allait l'accueillir a bras ouvert après toutes ses années.

mercredi 11 février 2026

Froid comme l'enfer


Résumé : 
Aurora vit en Angleterre et sa sœur Isafold en Islande, elles sont très différentes et ont des relations compliquées.
Isafold disparaît et leur mère, ne faisant pas la différence entre enquêtrice financière et enquêtrice policière, supplie Aurora d’aller chercher sa sœur. Aurora ne peut pas s’empêcher de pratiquer ce qu’elle fait de mieux, démasquer les fraudeurs et les faire payer. Elle va donc profiter de ce voyage pour examiner de près certains investissements financiers douteux, et analyser la corruption islandaise tout en testant ses capacités de séduction sur deux hommes.
Elle découvrira surtout la violence domestique à laquelle était soumise Isafold et qu’elle niait farouchement subir ; au cours des témoignages qu’elle reçoit, elle voit évoluer les nuances de ses sentiments pour sa sœur. En même temps, des personnages inquiétants émergent peu à peu.
Nous suivons son enquête au fil des détails qu’elle nous donne sur les façons de vivre et de se parler, et par ce travail de dentelière elle nous fait entrer dans un monde plus complexe que ce dont il a l’air.

Mon avis : 
Froid comme l’enfer de Lilja Sigurdardóttir m’a plongé immédiatement dans cette ambiance glaciale si particuliere des polars islandais, où la nature participe à l’intrigue autant que les personnages eux-mêmes. 

Ce que j’ai le plus aimé, c’est la relation compliquée entre Aurora et sa sœur Isafold : des liens faits d’amour, de reproches et de blessures non cicatrisées. Ces passages sont écrits avec une justesse étonnante, presque douloureuse, et donnent au livre une vraie profondeur.

L’enquête sur la disparition d'Isafold m’a captivé du début à la fin. L’autrice réussit à mêler tension et sensibilité. En revanche, la partie financière m’a un peu moins parlé : elle apporte du réalisme et une dimension politique à l’histoire, mais j’y ai trouvé moins d’émotion.

La fin, elle, m’a laissé un petit goût d’inachevé. J’aurais aimé une conclusion plus marquante, quelque chose qui referme ce premier tome sans tout suspendre. Pourtant, malgré cette légère frustration, j’ai terminé le livre avec l’envie immédiate de lire la suite. J’espère vraiment que le deuxième tome laissera plus de place à la relation entre Aurora et Daniel — leur complicité naissante est l’un des fils les plus prometteurs du récit.

dimanche 8 février 2026

Hôtel Portofino


Résumé : 
L'hôtel Portofino n'est ouvert que depuis quelques semaines, que déjà les ennuis s'accumulent pour Bella Ainsworth, sa propriétaire. Les hôtes qu'elle reçoit sont des habitués de la haute société anglaise, et sont donc exigeants et difficiles à satisfaire. Et Bella est la cible d'un politicien local corrompu, alors que l'Italie s'enfonce de plus en plus dans l'ère de Benito Mussolini.
Pire encore, son mariage est en difficulté, et ses enfants peinent à se remettre des dégâts de la Grande Guerre. Tous les regards sont tournés vers l'arrivée d'une potentielle prétendante pour son fils Lucian, mais les événements ne vont pas se passer comme prévu, et les répercussions sur la famille Ainsworth vont être importantes...

Mon avis : 
Hôtel Portofino de J. P. O’Connell est un roman historique dans lequel nous suivons Bella Ainsworth, une Anglaise qui ouvre un hôtel de luxe sur la Riviera italienne au début des années 1920. L’Italie est toujours marquée par les séquelles de la Grande Guerre mais surtout la montée du fascisme est omnipresente. L’intrigue mêle les tensions familiales de Bella (notamment les tromperies de son mari), les exigences d’une clientèle britannique fortunée et les pressions d’un politicien local corrompu, transformant l’hôtel en huis clos où se croisent ambitions, secrets et désirs.

Ce qui m’a particulièrement plu, c’est l’atmosphère d’après-guerre qui imprègne le récit : les personnages portent encore les blessures du conflit, qu’il s’agisse des traumatismes de Lucian ou des familles encore endeuillée, et cette mélancolie diffuse contraste avec l’apparente insouciance des années folles. La Riviera italienne, avec ses collines plongeant dans la mer, sa lumière et ses villages, sert de décor à la fois éblouissant et fragile, comme si la beauté du paysage venait apaiser – sans jamais les effacer – les blessures du passé.

Les personnages sont rapidement attachants, car chacun arrive à l’hôtel avec ses secrets et blessures qui les rendent tres humains. Constance, la jeune gouvernante marquée par le poids d’un enfant laissé derrière elle en Angleterre, touche par sa discrétion, sa dignité et la force tranquille avec laquelle elle tente de reconstruire sa vie. Claudine, chanteuse noire américaine au charisme incontestable, apporte une note cosmopolite et moderne : sa présence met en lumière les préjugés de l’époque, tout en incarnant le désir de liberté et de reconnaissance dans un monde qui la réduit souvent à une curiosité exotique.

L’un des grands plaisirs de lecture réside dans la constellation de petites histoires qui se déploient autour de l’hôtel : mariages arrangés, amours contrariées, chantages politiques, ambitions sociales et secrets inavoués s’entremêlent sans que l’on ait l’impression de feuilleter un simple catalogue d’anecdotes. Ces intrigues secondaires, qu’elles concernent les invités anglais, le personnel italien ou la famille Ainsworth, se répondent et composent une fresque vivante où chaque destin, même en arrière-plan, contribue à la richesse du tableau.

Au final, Hôtel Portofino réussit à conjuguer l’évasion – par ses paysages italiens et son cadre mondain – avec une réflexion plus sombre sur l’après-guerre, les rapports de classe et les bouleversements politiques. C’est un roman que j’ai apprécié pour son ambiance enveloppante, ses personnages émouvants comme Constance et Claudine, et pour la manière dont il fait vibrer les petites histoires individuelles sur fond d’Histoire en train de se faire.