lundi 11 octobre 2021

Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 2 : À Knokke-le-Zoute !

Résumé : 

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague...
Enfin les vacances, direction Knokke-le-Zoute ! Le peintre Magritte et sa femme Georgette se préparent à savourer les plaisirs de la côte belge : promenades en cuistax, croquettes de crevettes et moules-frites. Mais avant ça, ils profitent de la plage, bien installés dans leur transat. Un peu plus loin, les aboiements de leur chienne Loulou sonnent la fin du farniente. En grattant dans le sable, elle a déterré une main. Une aubaine pour René et Georgette qui vont se livrer à leur plaisir secret : traquer le meurtrier.

Mon avis : 

René et Georgette m’ont tellement plu lors de notre première rencontre que j’ai voulu lire immédiatement la suite de leurs aventures.

On quitte Bruxelles pour la côte belge où les Magritte prennent quelques jours de vacances. C’est aussi l’occasion pour eux de mener l’enquête sur la disparition d’une femme qui très vite est suivie par la mort de son mari.

Encore une fois, je me suis régalée avec cette enquête. Difficile à dire si j’ai préféré le premier ou second tome. En tout cas, l’enquête est prenante, l’auteurs nous entraine sur de fausses pistes et pendant les ¾ du livre on se demande vraiment où l’on va. Et puis les pièces du puzzle s’emboitent et la résolution de l’enquête est à la hauteur de nos attentes.

Concernant les personnages, je les ai trouvés encore plus attachants ici car il y a beaucoup moins de personnages secondaires puisque notre couple est loin de chez eux. Dans le premier tome, René ramenait les informations pêchées au café ou lors de ses rencontres et Georgette faisait preuves de déductions. Ici, on est plus sur une enquête classique. Et si le procédé est différent les deux tomes sont vraiment prenants.

J’ai beaucoup aimé croiser du beau monde belge, après une rencontre avec Jacques Brel dans le premier tome, on fait la rencontre de Hergé dans celui-ci. Il me tarde de lire la suite te j’espère que de nombreux tomes verront le jour.

Nadine Monfils nous entraine dans son pays, nous le fait vivre grâce à ses personnages, son histoire, sa culture et sa gastronomie et je ne m’en lasse pas. Il faut dire que le récit est truffé d’humour, les dialogues sont vraiment très drôles et l’on savoure chaque page.



Extraits : 

— Rien de tel que l’iode pour se requinquer, avait décrété Georgette.
Chaque fois qu’ils allaient à la côte, ils séjournaient au même endroit, à l’hôtel de la Plage donnant sur la mer. C’était un hôtel chic mais familial et on s’y sentait comme chez soi. Georgette aimait beaucoup parce qu’on lui lançait du « madame Georgette » à tout bout de champ : « Tout va bien madame Georgette ? Besoin de rien madame Georgette ? », et que le personnel se souvenait de son prénom d’une année à l’autre. Elle faisait en quelque sorte partie de la famille ! René y retrouvait le tic-tac rassurant des pendules et le décor qui faisait penser aux salons de thé des vieilles ladies ou de Miss Marple. Tasses en porcelaine décorées de roses, buffet en bois foncé et fauteuils confortables recouverts de chintz. Ici, il était aussi à l’aise que dans ses pantoufles malgré le parfum de luxe que laissaient derrière elles les veuves argentées à la peau ridée par le soleil. Le personnel était aux petits soins pour la clientèle et voltigeait d’une table à l’autre, telles des mouches affairées soucieuses de satisfaire les moindres désirs et caprices de ces messieurs-dames. Le must est que leur chienne Jackie, qu’ils appelaient affectueusement Loulou, avait sa gamelle en faïence et quelques douceurs de bienvenue.
La chambre était dans le style du reste, avec une armoire flamande en chêne et un lit recouvert d’une parure fleurie assortie aux tentures. Chaque fois que René se trouvait dans un endroit où il se sentait bien, il avait coutume de dire : « On est ici comme dans un presbytère. »



Une fois leur valise déballée et les vêtements légers rangés dans l’armoire, les Magritte descendirent à la salle à manger, située dans une grande rotonde d’où on voyait la mer.
Au menu : croquettes de crevettes, bisque de homard et moules avec des frites, bien sûr ! Et pour accompagner ces délices des fonds marins, un petit chablis dont vous me direz des nouvelles.




- René, y a quelque chose de pas net, je le sens…
Au loin, la mer grondait comme si elle annonçait une tempête.




- […] Me dis pas que tu n’as pas une idée derrière la tête…
Georgette regarda son mari avec ses grands yeux bleus et lui adressa ce petit sourire énigmatique qu’il connaissait bien et qui lui annonçait que les vacances n’allaient pas de tout repos.




La mer c’est toujours magique. Ce sont les vagues violettes et leurs éclats d’émeraude qui déposent sur le sable nos souvenirs d’enfance. Des couleurs, des odeurs, le sel marin, le parfum sucré des beignets et celui des ballons en caoutchouc. Les halls des hôtels encombrés de malles. Les cris des enfants qui ont peur de l’eau et de ceux qui s’y éclatent en s’éclaboussant. Ou encore ces pêcheurs de crevettes avec leur filet… Les femmes en maillot, le regard attentifs des mères, les gosses qui creusent leurs rêves et font des châteaux de sable. Est-ce si différent lorsqu’on devient adultes ? Magritte se disait que les emmerdants, les gens creux, sont ceux qui ont oublié que tout ce que l’on construit n’a pas plus d’importance que les châteaux de sable de notre enfance. Tout est éphémère. Seul compte le plaisir de l’instant.





- Si tu veux mon avis, a l’heure qu’il est, cette journaliste est sur un yacht en compagnie d’un milliardaire.
- Tu vois trop de films, René !
- Vu le rastaquouère qu’elle a épousé, ça doit être le genre à suivre un vieux plein de pognon. Ces gens-là ne m’intéressent pas.
- Ah non ? Pourtant elle parle de ta fresque au casino…
Georgette lui tendit le magazine en pointant du doigt un passage ou la journaliste faisait son éloge, le qualifiant de « plus grand peintre belge, qui fait parler les images pour traduire la pensée, et qui utilise la peinture pour penser et non pour s’exprimer ». Elle terminait son article par « ne manquez pas d’aller admirer les œuvres de ce génie au Grand Casino de Knokke. »
- Finalement, je crois que tu as raison mon p’tit poulet, conclut Magritte en lui rendant sa revue. Cette dame mérite qu’on s’intéresse à ce qu’elle est devenue.
Georgette sourit, Même s’il s’en défendait, clamant qu’il n’aimait pas qu’on lui cire les pompes, René n’était pas insensible aux compliments. En plus venant d’une jolie femme, car sur la photo trouvée sur son défunt mari, Daisy ressemblait à une star de cinéma. Si elle n’avait pas disparu, Georgette en aurait été jalouse.

jeudi 7 octobre 2021

Sans passer par la case départ


 Résumé : 
Skurusundet, détroit huppé dans l'archipel de Stockholm, réveillon de la Saint-Sylvestre. Quatre jeunes sont réunis pour fêter la nouvelle année. Pour braver l'ennui, ils décident de jouer au Monopoly. Mais ils ne sont plus des enfants : il faut pimenter les règles et les enjeux. La partie d'action ou vérité dans laquelle ils se lancent les entraîne vers des révélations de plus en plus fracassantes et des mises en situation de plus en plus dangereuses, jusqu'au point de non-retour...


Mon avis : 


Avec Camilla Lackberg, je ne suis jamais déçue et une fois de plus, ce nouveau roman est à la hauteur de mes attentes.

On fait la rencontre de 4 adolescents qui sont réunis pour célébrer le Nouvel an. Ils sont issus de familles aisés, sont dans la villa des parents qui font la fête dans celle d’à côté. Ils boivent énormément et pour patienter jusqu’à minuit, décident de se lancer dans une partie de monopoly en modifiant les règles avec un jeu d’action ou vérité. Très vite, les langues se délient et l’on découvre que chaque jeune cache un sombre secret.

J’ai vraiment adoré ce roman ou la construction est vraiment habile. On sent la tension et le suspense monter progressivement. C’est un huis clos qui fait froid dans le dos. Encore une fois, l’écriture est crue, sans fioriture, c’est troublant et dérangeant au départ mais on s’y fait rapidement. Les pages se tourne très rapidement tant le roman est fascinant.

Nos quatre jeunes semblent froids, désagréables et superficiels au premier abord, issu de la jeunesse dorée, qui ont toujours été gâtés et qui ne connaissent rien a la vie. Mais au fil du roman, on se rend compte que derrière les portes closes, ils ont, en réalité, vécus des choses traumatisantes. Et c’est la toute l’habilité de l’auteure à nous faire changer de regard sur ces quatre personnages.

La fin du roman est étonnante, on ne s’y attend pas mais elle est vraiment réussie. Ce roman est court et je pense que certains lecteurs diront qu’il aurait pu être plus long mais je ne trouve pas. Il se suffit à lui-même et n’a pas besoin de plus de pages.

C’est un roman subversif, avec des personnages brisés qui reproduisent ce qu’on leur a inculqué. Excellent thriller psychologique qui pointe du doigt les travers de la société moderne en toile de fond : les écarts entre riches et pauvres, le problème de l’immigration en Suède, les réseaux sociaux ou l’on s’invente une vie.

Vivement le prochain roman de l’auteur !




Extraits : 

Le père de Max dirige une grande banque, sa mère est femme au foyer.
Quoique la notion de femme au foyer soit plutôt trompeuse. Car elle ne prend pas particulièrement soin de la maison, pas plus qu’elle ne s’occupait des enfants quand ils étaient petits. Ils ont des employés pour tout. Max est le plus jeune d’une fratrie de quatre et le seul à vivre encore sous le même toit que ses parents.


C’est ici, du côté chic de Skurusundet à l’extérieur du centre-ville, qu’elle a grandi. Elle avait quatre ans quand sa famille a quitté Örebro pour venir s’y installer. Les villas sont grandes, tournées vers l’étroit bras de mer. Les plus cossues ont un accès privé à la mer, bien sûr. Vues d’un bateau, les vastes baies vitrées font penser à des aquariums où des gens fortunés vivent leur vie. Liv sait de quoi elle parle : sa famille habite l’un de ces aquariums. Il n’y a plus que des taxis qui tournent encore, les SUV et les voitures de sport sont garés dans les allées des propriétés ou dans les garages. La plupart des maisons sont dans le noir. Les habitants de Skurusundet fêtent en général le réveillon du Nouvel An à l’étranger. À Chamonix, aux Seychelles, à St Anton ou aux Maldives. L’Instagram de Liv est un véritable tour du monde à cette période de l’année.




Secrets et mensonges sont étalés, déballés au grand jour. Des abîmes s’ouvrent. Parfois, celui qui raconte pleure, parfois ceux qui écoutent pleurent. Ils remplissent leurs verres et continuent leurs confessions.

mercredi 6 octobre 2021

Les folles enquêtes de Magritte et Georgette, tome 1 : Nom d'une pipe !


 Résumé : 

C'était au temps où Bruxelles bruxellait...
À l'arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau. Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d'amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe.

Mon avis :

Je découvre Nadine Monfils avec ce titre et je n’ai qu’un seul regret : ne pas avoir lu un de ses romans avant.

Nom d’une pipe est le premier tome d’une saga qui met en scène un couple emblématique : René et Georgette Magritte. Tous deux se plongent dans une enquête en se déclarant détectives. Si j’ai douté de leur capacité dans les premières pages, j’ai très vite été épatée par la suite. Georgette est incroyablement douée, dotée d’un esprit de déduction impressionnant, qui ferait pâlir Sherlock Holmes. René est attendrissant, vraiment malin et bluffant dans sa capacité à s’introduire chez les gens aux risques de découvrir de mauvaises surprises. C’est un couple incroyablement amoureux et tellement mignon.

Bonne surprise également coté enquête parce que pour un cosy murder, l’intrigue se révèle être bien plus profonde qu’elle n’y paraît au premier abord. Deux femmes sont assassinées et toutes deux avaient un admirateur secret qui leur envoyé des mots doux dans des enveloppes bleues. Qui se cache derrière ses meurtres ? Un mari ou amant jaloux ? L’intrigue se révèle un peu plus compliquée que cela et après quelques retours dans le passé, les pièces du puzzle viennent s’emboiter à merveille avec une fin de roman très prenante.

J’ai été transporté grâce à l’ambiance bruxelloise très agréable. Bruxelles et la Belgique en général est un pays que j’aime beaucoup. J’y ai retrouvé cette ambiance si chaleureuse, ses bistrots emblématiques, sa gastronomie délicieuse. Certains diront que l’on tombe dans certains clichés mais cela ne m’a pas dérangé du tout bien au contraire.

Je suis impressionnée par l’imagination débordante de l’auteure : mettre en scène un couple célèbre, se documenter sur leur vie et les faire revivre sous nos yeux ce n’est pas facile mais Nadine Monfils relève le défi avec brio. Son humour est très appréciable et j’ai très souvent sourit voire carrément ri lors de certains passages. Et puis, elle arrive même à nous faire vivre une scène incroyable avec Jacques Brel et sa rencontre fictive avec Magritte.

Un premier tome vraiment incroyable, qui annonce une série passionnante. Il me tarde de lire la suite.





Extraits : 


Jeanne, la gouvernante qui s’occupait de ses frères et lui a la mort de sa mère, leur avait expliqué que les pensées tricotent les choses. Que quand on a des idées noires, on les provoque dans la réalité. Elle avait du tellement souhaiter devenir la femme de leur père veuf qu’il avait fini par l’épouser ! Il faut dire qu’elle était belle et avait de l’allure avec ses chapeaux cloche, son grand manteau noir en poils de singe et ses hauts talons. Côté vertu, en revanche, elle n’avait pas le cul dans un bénitier…




Elle arborait un sourire mystérieux et ses collègues s’en étaient aperçus. Ils la charriaient par des « Oh, elle est amoureuse ! ». Madeleine restait silencieuse. Un secret, ça vous donne du charme et vous rend belle.




Comme disait une de ses collègues : « Vaut mieux épouser la sécurité. L’amour est un jeu de dupes dont personne ne sort gagnant. Et puisque, souvent, la plupart des hommes meurent avant leur épouse il te restera suffisamment de pognon pour mener la belle vie et aller rigoler sur la tombe de ton vieux crétin. »




Il était convaincu que l’art, le vrai, n’a besoin d’aucune explication. Il se suffit à lui-même. Ceux qui entourent une œuvre de mots comblent le vide qu’elle cache en cherchant à faire illusion. Seuls les esprits creux sont dupes.

mardi 28 septembre 2021

Mexican Gothic

 

Résumé : 

Après avoir reçu un mystérieux appel à l’aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu’elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.

Avec ses robes chic et son rouge à lèvres, Noemí semble plus à sa place aux soirées mondaines de Mexico que dans une enquête de détective amateur. Elle n’a pourtant peur ni de l’époux de sa cousine, un homme à la fois troublant et hostile, ni du patriarche de la famille, fasciné par son invitée… ni du manoir lui-même, qui projette dans les rêves de Noemí des visions de meurtre et de sang.

Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd’hui, Noemí découvre peu à peu d’effrayantes histoires de violence et de folie.

Mon avis : 

Mexique, dans les années 50. Noemí est envoyée à High Place par son père qui a reçu une lettre maladroite et suspecte de sa cousine Catalina, récemment mariée. La lettre impliquait qu'elle souffrait d'une maladie mentale et que quelque chose n’allait pas dans le manoir ou elle s’est installée avec son mari Virgil. Noemí s'y rend donc pour vérifier l'état de santé de sa cousine et découvrir la vérité cachée derrière sa lettre. Mais quand elle découvre la maison, elle sent qu’il s’y passe des choses anormales : elle est présentée à la famille de Virgil qui nous ressemble un peu à la famille Addams. Ils sont tous plus bizarres les uns que les autres, vivent selon des règles très strictes, se marient uniquement entre membres de la famille, couvrent les murs de la maison de mariées décédées… Mais il y a aussi une grande tragédie qui affecte encore l'âme de la maison : l’histoire de cette jeune fille qui a tué tous les membres de sa famille avant de se suicider.

Ce récit est captivant, bouleversant, glaçant et effrayant. Il contient énormément d'éléments étranges qui nous alerte : notamment des fantômes, des crises de somnambulisme, de la violence, des effusions de sang, une tension sexuelle. C'est une aventure gothique sombre qui fait froid dans le dos heureusement un soupçon de romance rééquilibre le tout et apporte un peu de légèreté.

J’ai trouvé Noemí extrêmement courageuse puisqu’elle devrait crier à l'aide, s’enfuir à la première occasion, lorsqu’elle rencontre tous ces gens bizarres ou lors de la scène d’agression sexuelle de Virgil mais pourtant elle reste pour sa cousine. C’est un personnage féminin extrêmement forte, têtue et déterminée à être une femme libre et indépendante. Je l’ai trouvé tellement attachante que je suis triste de devoir lui dire au revoir.

Le récit a malheureusement un petit défaut : son rythme. Il ne se passe pas grand-chose dans les 3/4 du roman puis soudain la fin arrive et est très vite bâclée. Tout le début est basé sur le fait que Noemí se morfond dans ce manoir a l’atmosphère étrange et tout s’accélère dans les cinquante dernières pages.

En tout cas j’ai adoré le contexte historique : les années 50 sont vraiment intéressante, on sent que les femmes ont envie d’émancipation mais la société est encore très masculine. Et puis, la façon dont l'auteure a intégré les discussions sur le colonialisme ou le racisme dans l'intrigue est vraiment bien habile. C’est intéressant de découvrir un autre visage du pays car aujourd’hui quand on parle du Mexique, c’est forcément synonyme de drogues et de cartels.



Extraits : 

La réalité du mariage soutenait difficilement la comparaison avec les belles histoires d'amour des livres. Noemí pensait même qu'il s'agissait d'un jeu de dupes. Les hommes se montraient polis et attentionnés lorsqu'ils courtisaient une femme, l'invitant à des fêtes, lui offrant des fleurs, sauf qu’après les noces, les fleurs fanaient vite. Un homme marié n'envoyait pas de lettres d'amour à sa femme. Voila pourquoi Noemí passait d'un soupirant à l'autre : elle craignait toujours que son admirateur du moment finisse par se lasser d'elle. De plus, elle appréciait les plaisirs de la chasse, la joie qui coulait dans ses veines lorsque son numéro de charme fonctionnait. Mais, au final, elle trouvait les garçons de son age sans intérêt, ne sachant parler que de leurs fêtes de la semaine précédente et de celles prévues la semaine suivante. Des hommes trop simples, trop ennuyeux. 'pourtant, la perspective de s'attacher à quelqu'un de plus solide la rendait nerveuse. Elle se sentait prise entre deux feux, le désir d'une relation perenne et l'envie de ne jamais changer, de vivre une jeunesse éternelle.



Lorsque Noemí était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent « la forêt », l’endroit où Hansel et Gretel jetaient leurs morceaux de pain, ou le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemí avait compris sur le tard que les forets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l’Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l’ombre d’un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.



Noemí gardait un très mauvais souvenir de sa dernière conversation avec Virgil. Surtout des allégations sur la manière dont elle menait les hommes par le bout du nez. Cela la gênait d’être si mal perçue ; au contraire, elle voulait qu’on l’apprécie. Ce qui expliquait peut-être toutes ces fêtes, le rire cristallin, les belles coiffures, le sourire travaillé. Elle pensait que les hommes avaient le droit de se montrer sévères, comme son père, ou froids, comme Virgil, mais que les femmes devaient savoir se faire apprécier pour éviter les ennuis. Une femme mal perçue devenait une salope, or toutes les portes se fermaient devant les salopes.



Comme toute bonne mondaine, Noemí faisait ses emplettes au Palacio de Hierro, portait du rouge à lèvres Elizabeth Arden, possédait deux jolis manteaux de fourrure, parlait un excellent anglais grâce aux bonnes sœurs de Monserrat – établissement privé, bien sûr – et était censé dévouer ses heures a deux occupations principales : les loisirs et la traque de son futur époux.

lundi 13 septembre 2021

Sparks et Bainbridge, tome 1 : Le bureau du mariage idéal


 Résumé : 

Alors que Londres se remet lentement de la Seconde Guerre mondiale, deux femmes que tout oppose s’associent pour monter une société au cœur du quartier de Mayfair, le Bureau du Mariage Idéal. L’impulsive Miss Iris Sparks à l’esprit vif et Mrs Gwendolyn Bainbridge, veuve pragmatique et mère d’un jeune garçon, sont résolues à s’imposer dans un monde qui change à toute vitesse.
Mais les débuts prometteurs de leur agence matrimoniale sont menacés quand leur nouvelle cliente, Tillie La Salle, est retrouvée morte et que l’homme arrêté pour le meurtre se trouve être le mari potentiel qu’elles lui avaient trouvé. La police est convaincue de tenir le coupable mais Miss Sparks et Mrs Bainbridge ne sont pas du même avis. Afin de laver le nom du suspect – et rétablir la fragile réputation de leur agence – Sparks et Bainbridge décident de mener leur propre enquête. Elles ne savent pas encore qu’elles vont mettre leur vie en danger…
 
Mon avis : 

Le bureau du mariage idéal, un titre un peu cucul, si vous me permettait l’expression, qui cache en réalité un excellent roman à mi-chemin entre le roman policier historique et le cosy-murder.

Nous sommes à Londres, juste après-guerre, la ville est en ruine suite aux bombardements et nous faisons la connaissance de deux jeunes femmes Iris et Gwen, qui se sont associés pour fonder une agence matrimoniale. Mais quand une de leur cliente est assassinée et que l’homme qu’elles planifiaient de lui présenter est incarcéré Iris et Gwen décident de mener l’enquête.

Iris et Gwen forment un duo attachant et il me tarde déjà de les retrouver dans leurs prochaines aventures (3 tomes sont déjà parus en anglais et le 4eme est prévu pour 2022). Elles sont charmantes, indépendantes et sournoisement intelligentes. Chacune a connu une période difficile pendant la guerre et aucune n'est disposée à entrer dans les détails, même pas l'une envers l'autre. Mais voir leurs relations professionnelles se transformer en une véritable amitié m’a beaucoup plu. J’ai beaucoup aimé leur modernisme et leur indépendance : Iris est son amant marié tandis que Gwen veut reprendre sa vie en main et récupérer son fils des griffes de ses beaux-parents. Le roman se veut aussi féministe et dénonce la dure vie des femmes dans un monde encore très masculin : une chose qui m’a surprise a été l’évocation des femmes qui étudiaient à l’université mais qui ne pouvait pas obtenir de diplômes.

 C’est un roman très divertissant et amusant tout en abordant des problèmes de fond.  L’auteure n’aborde presque pas la guerre en elle-même mais aborde plutôt les séquelles sur ceux qui ont combattu et ceux qui ont perdu des êtres chers. Les descriptions de Londres après la guerre permettent de replacer l'histoire dans son contexte : les ruines de la ville, le rationnement continu de la nourriture et des vêtements. On ressent vraiment les dommages physiques mais surtout psychologiques sur les survivants, mais surtout un envie de liberté et de reprendre une ville normale.

Le roman est très bien écrit avec des dialogues vifs, des personnages authentiques, un mystère intelligent avec une fin fabuleuse. L’auteure nous entraine sur une fausse piste alors que le coupable était sous notre nez depuis le début et je dois vous avouer que je n’avais rien vu venir.

C’est un roman drôle mais aussi terriblement émouvant : mon passage préféré reste sans aucun doute le moment ou Gwen trouve la lettre de son défunt mari. On rit mais les larmes ne sont vraiment pas loin. 

 


 

Extraits : 
 
- Je vous avais pourtant avertie que l’enquête pouvait être dangereuse.
- Il existe deux catégories de dangers : l’inévitable, qui surgit sans prévenir, et l’évitable, qui se produit parce que vous l’avez provoqué. 
 
 
 
Sur un bureau s’entassaient des livres de comptes. Elle n’avait pas le temps de les feuilleter et, quand bien même, elle eût été incapable de déceler la moindre irrégularité, fût-elle soulignée en rouge et signalée par une flèche.  



- Personne ne vous a donné la fessée quand vous étiez enfant ?
- Personne. C'est venu plus tard. 
 
 
 
— Ça ne vous manque pas ? l’interrogea Iris, curieuse.
— « Ça » ? Vous voulez dire le sexe ?
— Oui, ce que vous avez fait au moins une fois dans votre vie puisque vous avez un enfant. Ça fait partie de l’existence.
— Ça faisait. Beaucoup même.
— Et ça ne vous donne pas envie de…
— Si, bien sûr, rétorqua sèchement Gwen. Ça me manque, comme vous dites, parce que Ronnie me manque, parce que je l’aimais. S’il était vivant, je l’accueillerais chaque soir dans un déshabillé de soie affriolant en prenant des poses qui feraient passer les cartes postales françaises pour des images pieuses. Je chercherais dans l’Enfer des bibliothèques des traités de techniques érotiques orientales dont je m’inspirerais chaque nuit, parce que, oui, ça me manque, car Ronnie était Ça avec une majuscule.  



Ah, encore une chose, dit Parham. Sur votre plaque il est écrit "Entrepreneurs".
- En effet.
- C'est un terme réservé aux hommes, non ?
- "Entrepreneuses" eût sonné ridicule, non ? rétorqua Sparks.
- Et "entreprenantes" eût prêté à confusion. Qui nous aurait prises au sérieux ? ajouta Mrs Bainbridge.
Le lieutenant Kinsey, debout derrière son chef, eut un sourire en coin.
- Eh bien, je n'aime pas ça, bougonna Parham.
Mrs Bainbridge baissa la tête et répondit humblement :
- Nous nous efforcerons de poursuivre notre activité sous le joug de votre désapprobation. Bonne journée, messieurs, et bonne chasse

jeudi 26 août 2021

La fraternité


 Résumé : 

Pour élucider malgré lui le mystère d’un crime dont il ignore tout, un jeune homme se fait introniser dans le club le plus select de Cambridge. Sur fond de campus novel et d’amours impossibles, un premier roman vertigineux.

Mon avis : 

La fraternité est un roman allemand qui nous emmène à Cambridge, en Angleterre. On y fait la connaissance de Hans, un jeune homme qui a la suite du décès de ses parents se retrouve dans un pensionnat. Après, ses études secondaires, sa tante maternelle, lui propose d’entrer à Cambridge et d’infiltrer un club très select où se sont passé plusieurs crimes.

J’ai beaucoup aimé tout le mystère qui plane autour de ce club. La construction du récit est intéressante car nous apprenons les faits en même temps que Hans. L’auteur nous force donc à enquêter, à analyser chaque petit détail disséminé au fil des pages. J’ai aussi apprécié les chapitres courts ou alternent les différents protagonistes.

L’ambiance universitaire est très bien décrite et le récit est vraiment plaisant. On ne devine rien avant la fin et j’ai été choqué par les faits et surtout tant d’années de silence. Le récit aborde des thèmes qui sont malheureusement très présents dans l’actualité : privilèges sociaux, pouvoir, masculinité toxique. Ces thèmes sont très bien traités et le roman sonne vraiment juste. Ce club élitiste fait tout simplement froid dans le dos.

Le personnage de Hans est vraiment très attachant. C’est un garçon qui n’a pas eu la vie facile mais qui a su rebondir. Sa relation avec Charlotte est vraiment touchante. C’est un personnage aussi très intéressant et qui au fil du récit grandit et se pose les bonnes questions sur la responsabilité envers sa famille et ses amis mais aussi la loyauté et ses limites.



Extraits : 

Chelsea, ce sont des fenêtres inondées de lumières, de hautes haies, des allées de gravier blanc. C’est presque comme si on n’était pas à Londres. Je crois que c’est pour cette raison que j’ai toujours aimé être ici.
Avant l’internat, j’ai vécu dans une villa du Somerset. Le silence dans la nuit, le parfum des fleurs au matin, l’attente du jour où l’on presserait le raisin. Telle a été mon enfance.
À une époque, Londres, son béton et sa sarabande de lumières me rendaient dépressif. Le métro est le péché de la civilisation, on y est coincé comme un porc en route pour l’abattoir, on respire les vapeurs d’inconnus, il fait toujours trop chaud et il y a toujours quelqu’un pour éternuer. C’est le moyen de transport le plus grossier qui soit. Quand je pense aux visages des gens qui sortent des bouches de métro, mon humeur tourne toujours à l’aigre.
On dit que les Londoniens sont désagréables envers les étrangers. Je crois au contraire que les Londoniens sont des gens foncièrement sympathiques – jusqu’à ce qu’ils mettent les pieds dans le métro le matin et perdent la boule.




Longtemps avant cette soirée, quand je faisais mes premiers pas en boxe, j’avais appris que ce n’étaient pas les coups qui faisaient mal – les os du crâne sont solides –, mais l’humiliation, et comme j’étais plutôt petit, comme personne ne pensait que je pouvais vaincre un type de cent kilos en blazer bleu pâle, j’allais forcément gagner. Bien boxer quand on a peur, c’est difficile.




« [...] Il n’y a que deux catégories de gens à Cambridge. Ceux qui sont riches jusqu’à l’absurde, et ceux qui essaient de paraître plus riches qu’ils ne le sont. Parfois, je me dis que je suis le seul à être normal, ici », a-t-il dit.





Dans la cour, devant son bureau, les pavés avaient l’air d’avoir été posés au Moyen Âge, ce qui devait même être le cas. Au cours des siècles, le cuir durci de milliers de semelles d’étudiants en avait poli et arrondi chaque aspérité. J’étais resté dehors pendant une demi-heure, appuyé contre un mur, et j’avais observé les étudiants, qui ressemblaient à mes camarades d’internat. En les regardant, je n’avais rien vu en eux qui les unisse ni les distingue. Il y avait des étudiants à la peau sombre, des Asiatiques, des Blancs, des jeunes gens en pantalon de coton informe, en jupe courte, en costume, avec des sacs à dos, des attachés-cases, des sacs en toile ou des livres à la main. Je m’étais tout d’abord dit qu’il n’y avait pas de profil type de l’étudiant de Cambridge, puis j’avais remarqué que certains, les hommes surtout, levaient le menton un peu plus haut que ce à quoi j’étais habitué : ils semblaient savoir un peu mieux que les autres qui ils étaient, c’était du moins l’impression qu’ils m’avaient donnée.





Deux semaines plus tard, assis dans un bureau qui donnait sur la cour de la chapelle du St John’s College, à Cambridge, j’observais, derrière Alex, un tableau accroché au mur. Je me demandais si les vieux tableaux s’assombrissaient au cours des siècles ou s’ils avaient été peints ainsi.





Mes parents me manquaient, la maison, l’odeur du vieux plancher, les meubles que mon père avait construits, chaque recoin de mur frais auquel je rattachais un souvenir. C’était un peu comme la faim que j’avais éprouvée avant un combat de boxe, quand j’avais dû jeûner pour perdre deux kilos et
atteindre le poids de ma catégorie. La faim faisait un trou au niveau du ventre. La solitude me faisait un trou dans tout le corps, comme s’il n’était resté de moi que l’enveloppe vide d’un être humain.

mercredi 25 août 2021

Premier sang


 Résumé : 

« Il ne faut pas sous-estimer la rage de survivre. » Amélie Nothomb


Mon avis : 

Une rentrée littéraire sans un nouveau roman d’Amelie Nothomb c’est comme un été sans soleil. Et comme chaque année, je suis au rendez-vous et ce roman m’a beaucoup plu.

Amélie se glisse dans la peau de son père pour lui rendre un très bel hommage. Elle nous raconte, a la première personne du singulier, son enfance, adolescence et ses premières années en tant que diplomate où il est pris en otage au Congo.

On parle souvent de l’humour britannique mais on oublie à quel point les Belges sont très forts dans ce domaine. Car ce roman, malgré la récente disparition de Patrick Nothomb, est truffé d’humour. On sourit et même parfois rit franchement des péripéties du jeune homme. On comprend aussi bien mieux le coté déjanté de l’auteure face a cette famille hors du commun.

Le style si particulier de l’auteure et les thèmes qui lui sont chers notamment l’enfance de Patrick tiennent une place très importante dans le livre. Elle analyse comment son père s’est forgé en tant qu’homme et diplomate et nous livrant cette enfance parfois, voir même souvent difficile.

En revanche, comme toujours le roman est beaucoup trop court. Lu en à peine deux heures, il va falloir à nouveau attendre aout 2022 pour un nouveau roman. 




Extraits : 

Chaque fois que je ne craignais pas de le déranger, je prenais André contre mon cœur. Le mystère renaissait à chaque étreinte : un gouffre d’amour, aussi vide que plein, me déchirait la poitrine. C’était une gigantesque interrogation : la paternité était ma vocation, je le sentais et, pourtant, je n’avais aucune idée de ce en quoi elle consistait.
Je comptais sur le bébé pour me l’enseigner.



Un diplomate ne part pas aussitôt à l’étranger. Il passe d’abord deux ans à travailler au ministère des Affaires étrangères, histoire d’apprendre qui seront ses interlocuteurs pendant les quarante années à venir.


Dans les années 50, ces milieux, en Belgique, étaient aussi codifiés que la cour de Henri III. Je dus attendre que Danièle ait dix-huit ans et « fasse son entrée dans le monde » pour la courtiser de manière officielle.


De ce que j’avais connu en six années et demie d’existence, ces vacances de Noël furent ce qui ressemblait le plus au bonheur. Les jours passés à patiner sur le lac blotti dans la forêt ou à fouler la neige des chemins m’éblouissaient sans relâche. Appartenir à une bande d’enfants ne cessait de m’exalter.


Les quatre heures de train me parurent féeriques. À mesure que nous nous enfoncions dans les Ardennes, l’épaisseur de la neige augmentait. La forêt supportait un tel poids de blancheur que certains arbres baissaient les bras, comme moi avec ma valise.


Deux années plus tôt, il avait épousé Claude, ma mère. C’était le grand amour comme on le vivait en cette Belgique des bons milieux qui évoque si singulièrement le dix-neuvième siècle : avec retenue et dignité. Les photos montrent un jeune couple se promenant à cheval en forêt. Mes parents sont très élégants, ils sont beaux et minces, ils s’aiment. On dirait des personnages de Barbey d’Aurevilly.

Un jour nous nous raconterons tout

 

Résumé : 

Saxe, Allemagne de l'Est. Au lendemain de la réunification, Maria Bergmann, 16 ans, a quitté la maison de sa mère divorcée pour venir vivre, à quelques kilomètres, dans la ferme familiale de son petit ami Johannes Brendel, qui a 2 ans de plus qu'elle. Peu à peu, elle se rend indispensable dans cette famille qui l'accueille à bras ouverts. Jusqu'au jour où, contre toute attente, Maria tombe éperdument amoureuse de Henner, fermier solitaire, aussi bourru qu'il est cultivé, de 20 ans son aîné.
Ils entretiennent une liaison secrète, passionnée et d'une intensité stupéfiante qui va transformer Maria, notamment par sa découverte du plaisir féminin. Cette liaison ne sera pas sans conséquences...

Mon avis : 

Un jour nous nous raconterons tout est un très beau roman initiatique ou le temps d’un été Maria va découvrir l’amour, devenir femme et grandir.

Concernant l’intrigue, il ne se passe pas grand-chose dans ces pages, c’est le quotidien banal de Maria qui vit dans une ferme rurale en Allemagne de l’est. Les journées se déroulent lentement, on travaille dur pour faire tourner la petite boutique, pour nourrir tout le monde. Maria vit un amour de jeunesse avec Johannes mais fait vite la connaissance de Henner, quarante ans qui va devenir bien plus pour elle.

Le lecteur passe par tous les sentiments pendant la lecture car c'est une histoire incroyablement poignante, dramatique, dérangeante, incompréhensible et émouvante. La relation entre Maria et Henner occupe une grande partie du roman. Celle-ci est discutable à plusieurs niveaux : d'une part il y a l'aspect de la grande différence d'âge, qui détermine le rapport de force entre les deux et qui est plus que mal vu aux yeux de la société. D'autre part, le lien entre cette jeune fille de 16 ans et cet homme de 40 ans est également caractérisé par la violence et la douleur. L'auteure laisse le choix de ce qui est répréhensible et de ce qui ne l'est pas aux personnes qui tiennent le livre entre leurs mains. D'un autre côté, j'ai trouvé l'obsession qui se développe entre Henner et Maria excitante à suivre : j’en avais mal pour eux deux. La différence d'âge, les actes sexuels sont brutaux et violent. Et pourtant, comme Maria, vous avez hâte que les deux se retrouvent.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance post chute du mur de Berlin et les descriptions de l’ouest et de l’est sont fascinantes. L'auteure donne, malgré tout, à la fois un aperçu de la vie du village est-allemand peu avant la réunification, les inquiétudes et les besoins de la population, mais aussi l'anticipation et le regard sur l'avenir incertain. Le contexte historique dans lequel se déroule l'histoire est intéressant, mais pas toujours assez développé pour les non-allemands.

Enfin cette fin a été une grosse claque que je n’avais absolument pas vu venir Est-ce que ca pouvait finir autrement, certainement pas mais ca reste d’une terrible tristesse.




Extraits : 

Je suis couchée dans l’herbe derrière la scierie. Les mots du livre dansent et se brouillent.
Voila que le sommeil me prend comme un voleur, il descend du ciel voilé et pèse lourdement sur mon corps saccagé par l’amour. Les mains de Henner sont là de nouveau – rudes, douces, brutales, exigeantes, et j’ai envie d’elles.


En entrant, je cours vers lui et me jette à son cou. Et là, je pleure au moins autant que ma mère. Je crois, même encore bien davantage. En ce moment, il est tout pour moi, un père, une mère, mon amant et mon ami, et aussi un peu mon ennemi.



Hartmut est assis à côté de Frieda et lui tient les mains. Cet instant leur appartient, à eux seuls. Dans ce geste muet, il y a toute la souffrance d’avoir cru le fils perdu et toute la joie qu’il soit revenu.

jeudi 19 août 2021

Le diable de la Tamise

 

Résumé : 

Londres, 1889. Quand une victime du choléra est retrouvée dans la Tamise, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de son état, est appelé pour confirmer les causes du décès. Toutes les précautions sont prises pour éviter une épidémie. Les choses auraient pu en rester là si les résultats intrigants de l'autopsie n'avaient poussé Kronberg à s'intéresser de pus près à cette affaire. Alors que Scotland Yard souhaite classer le cas, Kronberg se rapproche de Sherlock Holmes. Et il ne faut que peu de temps au célèbre détective pour percer le secret du médecin qui, en réalité, est... une femme. Un secret qui pourrait la mener droit en prison s'il venait à être révélé. Mais tous deux vont unir leurs forces pour débusquer un criminel aussi redoutable que Jack l'Eventreur...

Mon avis : 

Le diable sur la Tamise est un très bon policier historique que je suis contente d’avoir découvert. Il s’agit du premier tome d’un saga et c’est une bonne entrée en matière malgré quelques défauts.

On fait la connaissance d’un personnage atypique : Anna qui se travestie en homme et devient Anton, pour pouvoir exercer son métier de médecin. C’est une femme résolument moderne pour l’époque, elle exerce une profession masculine comme je le disais précédemment mais elle n’est pas mariée et entretient une aventure avec un homme. C’est le coté plus moralisateur qui m’a dérangé : l’auteure veut en effet, un personnage fort, qui se bat contre toutes les injustices du monde. Le manque de soin, de propreté, la famine et les conditions de vie difficiles dans les bas-fonds londonien, mais aussi le fait d’être une femme dans un monde d’hommes. Pourtant, j’ai souvent eu l’impression qu’Anna n’était pas aussi droite et parfaite. Elle a des réactions extrêmes, poussée par l’impulsivité. Son passé la hante beaucoup mais nous apprenons les détails qu’au compte-goutte.

Bien évidemment, l’intérêt du récit repose aussi sur la présence du Docteur Watson et surtout de Sherlock Holmes. Je n’ai pas l’habitude de retrouver ces deux personnages étant plus familière avec les Austenneries. J’ai été ravie de les retrouver mais j’ai trouvé Holmes un peu fade.

L’intrigue est intéressante, bien construite même si au départ, on se demande un peu ou l’on va puisque notre duo enquête en sous-main, loin des policiers. Le suspense grandit au fil des pages et le roman se dévore.

L’auteure dresse, par contre, un portrait saisissant de Londres a la fin du XIXe. On frémit, on tremble à l’évocation d’un simple coin de rue mal éclairé, on se révolte face aux inégalités, a la promiscuité et à la misère de l’époque. Les épidémies sont fréquentes et touchent toujours les plus démunies en priorité.

En parlant de maladie, le lecteur n’est pas épargné par les descriptions bien croustillantes d’autopsies notamment. Ames sensibles s’abstenir.

Enfin, je dirai que le livre est trop court et manque un peu de profondeur mais il s’agit uniquement d’un tome un et j’imagine que la suite doit apporter un plus en termes de personnages et d’intrigues.





Extraits : 

Watson commença à s’agiter.
- L’un d’entre vous pourrait-il avoir l’obligeance de m’expliquer pourquoi le Dr Kronberg est une femme, et pourquoi vous enquêtez sur une affaire ou, de toute évidence, aucun crime n’a été commis ?



Londres était un monstre aux nombreuses têtes, ou plutôt aux nombreux visages. On pouvait se promener dans une rue propre et animée et. En s’engageant par erreur dans un chemin de traverse, se perdre dans un dédale de ruelles sombres et crasseuses qui abritaient des millions de rats énormes. Les rongeurs étaient les seuls ou presque à prospérer dans les taudis, car c’étaient les seuls occupants à avoir toujours assez à manger, que ce soir du chou fermenté, des excréments, ou des cadavres d’humains ou d’animaux. Une personne étrangère a ces lieux risquait fort de ne pas en revenir vivante, ou a tout le moins de se faire agresser ou rouer de coups. Il était très difficile de s’y procurer de l’eau potable, de la nourriture, un logis, de quoi se chauffer pendant l’hiver, des vêtements, enfin tout ce qui rendait la vie tolérable. A l’autre extrémité de l’échelle se trouvaient les quartier propres et paisibles de la haute société. Des dames et des messieurs élégamment vêtus, aux manières distinguées, pouvaient flâner tranquillement dans des parcs sans être importunés par des pauvres malodorants. Même les arbres et les buissons avaient un aspect soigné. Ces gens-la mangeaient à leur faim, même si ce n’était pas toujours le cas de leur domestique.
Tous les jours, le trajet entre mon domicile et l’hôpital m’amenait à traverser ces quartiers si contrastés de Londres.


Comme cela se produisait avec une certaine fréquence, j’avais le plaisir de travailler à l’occasion avec les inspecteurs de la police métropolitaine. C’était un groupe d’hommes fort divers, a l’esprit aussi affuté qu’un couteau à beurre pour les meilleurs d’entre eux, et digne d’une prune pourrie pour les plus médiocres.



Amusée, je songeai a un proverbe irlandais : « Si on n’en guérit avec du beurre et du whisky, c’est qu’il n’y a pas de remède pour ça » ; je me dis que je devrais peut-être essayer ce nouveau traitement avec mes patients.



Une des premières choses que j'ai apprises en tant qu'adulte, c'est que, pour les gens qui ont toujours vécu dans la peur et les préjugés, la connaissance et les faits n'ont strictement aucune importance.